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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301013

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301013

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CABINET ROSENFELD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 janvier et 1er août 2023, Mme A B et M. D B, représentés par Me Heam, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le maire de Marseille a délivré un permis de construire à la société civile de construction vente (SCCV) Marseille Cours Gouffé pour la construction d'une résidence universitaire de 209 logements et de locaux commerciaux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent soutient que :

- ils disposent d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté a été signé par une personne incompétente ;

- le dossier est incomplet en méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît les articles L. 332-15 et L. 111-11 du code de l'urbanisme, le raccordement au réseau électrique nécessite une extension de 100 mètres sur la voie publique ;

- il méconnaît l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) compte tenu de la hauteur du projet ;

- il méconnaît l'article UA 9 du même règlement quant à l'insertion du projet ;

- il méconnaît l'article UA 11 du même règlement en l'absence de places de stationnement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars et 2 août 2023, la SCCV Marseille Cours Gouffé, représentée par Me Rosenfeld, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, au prononcé d'un sursis à statuer ou d'une annulation partielle et, en tout état de cause, demande que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en application de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir en application l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, la commune de Marseille, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Heam, représentant les requérants, celles de Me Cagnol, représentant la SCCV Marseille Cours Gouffé, et celles de M. C, représentant la commune de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré un permis de construire à la société civile de construction vente (SCCV) Marseille Cours Gouffé pour la construction, sur un îlot situé 34, 36 et 38 Cours Gouffé dans le 6ème arrondissement de Marseille, d'une résidence universitaire de 209 logements et de locaux commerciaux, ainsi que la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 26 juillet 2022 a été signé par Mme F E, 11ème adjointe au maire en charge de l'urbanisme et du développement harmonieux de la ville, qui disposait d'une délégation de signature consentie par le maire de Marseille par arrêté du 24 décembre 2020, régulièrement publié et affiché, à l'effet de signer, notamment les actes relatifs à l'urbanisme et au droit du sol. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. Si les requérants font valoir que le dossier ne permet pas de s'assurer de l'existence de dispositifs suffisants de lutte contre l'incendie, de l'importance de l'imperméabilité du terrain et de l'usage des terrasses, ils n'indiquent pas quelle disposition du code de l'urbanisme relative à la complétude du dossier serait méconnue de ce fait. Par ailleurs, le dossier de la demande de permis de construire déposée par la SCCV Marseille Cours Gouffé comporte une notice hydraulique mentionnant avec précision les raccordements aux réseaux publics du projet et le plan de masse projeté fait apparaître le système altimétrique de référence à savoir l'altimétrie NGF. Il comporte également des indications sur la présence d'un palmier et d'un mur végétalisé, alors que les requérants ne font pas valoir la présence d'autres végétaux sur le terrain d'assiette, ce qui ne ressort pas non plus des pièces du dossier. Dans ces conditions, le moyen tiré de la composition irrégulière du dossier de demande de permis, pris en ses différentes branches, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. Toutefois, en ce qui concerne le réseau électrique, le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition est redevable de la part de la contribution prévue au troisième alinéa du II de l'article 4 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 (1) relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité, correspondant au branchement et à la fraction de l'extension du réseau située sur le terrain d'assiette de l'opération, au sens de cette même loi et des textes pris pour son application. L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. () / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ".

7. Il résulte de ces dispositions que, pour l'alimentation en électricité, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'électricité, notamment les ouvrages d'extension ou de branchement en basse tension, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.

8. Selon l'avis d'ENEDIS du 9 février 2022, le projet nécessite la création de deux postes de distribution public et un allongement de la haute tension A (HTA) de deux fois

30 mètres sur le domaine public. Par suite, le raccordement du projet n'excède pas cent mètres. Par ailleurs, si le numéro du dossier de permis de construire figurant sur l'avis d'ENEDIS ne correspond pas à celui du permis en cause, la commune de Marseille fait valoir en défense, sans être contestée, qu'il s'agit d'une erreur matérielle et que l'avis ENEDIS porte bien sur le projet en litige.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 de la zone UA 1 du règlement du PLUi : " a) En UAp et en UA1, lorsque ni la hauteur totale* ni la hauteur de façade* ne sont définies par le règlement graphique (par une prescription de hauteur ou un polygone constructible), la hauteur de façade* des constructions projetée est fixée en harmonie avec les hauteurs de façade* observées sur les constructions de la séquence architecturale* ". Selon le lexique du PLUi, la séquence architecturale " constitue un ensemble de constructions implantées à proximité immédiate du terrain* d'assiette du projet. Elle constitue une référence, notamment en matière de volumétrie et d'implantation. Elle permet de favoriser l'intégration des projets dans leur environnement urbain en prenant bien en compte les particularités morphologiques et typologiques des tissus ". Selon les précisions apportées par " les modalités de calcul ", le périmètre de la séquence architecturale comporte les terrains faisant face au terrain assiette du projet ainsi que ceux situés sur le même alignement et à moins de 40 mètres des limites séparatives du terrain assiette du projet, de part et d'autre de ce terrain.

10. En l'espèce, le projet porte sur la parcelle n° 3 d'une surface de 1 052 m2 en extrémité d'un îlot, jouxtant l'avenue de Toulon, la rue d'Austerlitz et le Cours Gouffé. Si la majorité des bâtiments de cet îlot sont de type " 3 fenêtres marseillais ", la séquence architecturale de 40 mètres, qui s'étend de part et d'autre du projet sur le Cours Gouffé et sur l'avenue de Toulon, et non uniquement du côté de l'îlot, est également composée de bâtiments qui ne sont pas de type " 3 fenêtres marseillais " mais des immeubles d'architecture moderne. Par ailleurs, la parcelle n° 3 fait immédiatement face, du côté du Cours Gouffé, de la rue d'Austerlitz et de l'avenue de Toulon, à des immeubles d'habitation collectifs et modernes en R+6 ou R+8. Par suite, en prévoyant une hauteur de façade comparable à celle de l'immeuble lui faisant face rue d'Austerlitz, laquelle décroit ensuite progressivement jusqu'en R+6 afin d'établir un lien avec les immeubles existants de l'îlot, le projet apparaît en harmonie avec les différentes façades de la séquence architecturale, conformément à l'article 5 de la zone UA 1 du règlement du PLUi.

11. En cinquième lieu, l'article 9 de la zone UA du règlement du PLUi : " a) Peuvent être interdits ou admis sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales, les constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier qui, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, à la valorisation du patrimoine ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / b) L'ensemble des dispositions de l'article 9 ne fait pas obstacle à la réalisation d'extensions de conception architecturale contemporaine, dès lors que sont mis en valeur les éléments d'intérêt de la construction initiale ".

12. Il ressort de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que le projet en litige s'insère dans une séquence architecturale diverse, marquée par quelques immeubles marseillais présents au sein de l'ilot dans lequel se situe le projet, mais aussi par des immeubles modernes et imposants en R+8, qui font face à trois des façades du projet. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secteur d'implantation du projet présente une unité et un intérêt architectural notable. Le projet contesté consiste en l'édification d'un bâtiment en palier, allant d'un niveau R+6 au droit des immeubles marseillais en R+4 à un niveau R+9 à l'extrémité de l'îlot, donnant sur des immeubles de taille comparable et d'architecture moderne. Le projet, compte tenu de sa construction en pallier, présente des niveaux comparables aux différents bâtiments qui l'entourent, permettant son articulation avec les diverses constructions voisines. Par ailleurs, les multiples saillies et éléments de verdure du projet ne font pas apparaître de mur aveugle imposant, et permettent, compte tenu de la taille du bâtiment, une aération du tissu urbain. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions mentionnées ci-dessus.

13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 11 de la zone UA du règlement du PLUi : " Le nombre de places de stationnement à comptabiliser sur le terrain* ou dans son environnement immédiat (environ 500 mètres à pied) est déterminé dans les tableaux suivants selon : / - les destinations et sous-destinations des constructions ; / - et la localisation du terrain, dans ou en dehors des Zones de Bonne Desserte (ZBD) (). / Toutefois, le stationnement des véhicules doit correspondre aux besoins des constructions dans des conditions normales d'utilisation. Par conséquent, le nombre minimal de place fixé par le règlement peut donc être augmenté en fonction de la consistance précise du projet et du contexte dans lequel il se trouve, sans pour autant être supérieur aux plafonds définis par le présent règlement ". Pour les activités de commerce en zone de bonne desserte, l'article 11 précise, pour les zones de bonne desserte : " Lorsque la somme des surfaces de plancher, existantes et à créer, après travaux, est inférieure ou égale à 500 m² alors elles sont exemptées de cette obligation : aucune place n'est donc exigée ". Par ailleurs, l'article 3.6 des dispositions générales du règlement du PLUi prévoit l'absence d'obligation de création de places de stationnement, pour les résidences universitaires, au sein des zones de bonne desserte.

14. D'une part, les requérants ne contestent pas la bonne desserte du site de l'immeuble projeté. Par suite, il ne nécessitait pas, en ce qui concerne la création d'une résidence universitaire, la création de places de stationnement. D'autre part, il ressort du formulaire Cerfa du permis de construire que le terrain assiette du projet comporte un bâtiment existant de 807 m2 destiné à une activité commerciale. Le projet prévoit la suppression de 765 m2 de surface commerciale pour ne conserver qu'une surface de 263 m2 destinée à deux commerces. Par suite, la surface de plancher après travaux étant inférieure à 500 m2, aucune place de stationnement n'était imposée pour ces commerces. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11 de la zone UA du règlement du PLUi doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme solidaire de 500 euros à verser à la SCCV Marseille Cours Gouffé au titre des frais de même nature.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B et autre est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront à la SCCV Marseille Cours Gouffé la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et M. D B, à la SCCV Marseille Cours Gouffé et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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