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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301291

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301291

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAIAHELOUDJOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7, 8 et 16 février 2023, Mme G, détenue au centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Elle soutient que :

- la requête est recevable et n'est pas tardive compte tenu des modalités de notification de l'arrêté en détention ;

- l'arrêté en litige lui a été notifié en français, dans une langue qu'elle ne comprend pas ;

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été pris par une autorité habilitée ;

- cet arrêté, et en particulier la décision portant obligation de quitter le territoire français, est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023 pour le préfet des Bouches-du-Rhône, n'a pas été communiqué.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Chaiaheloudjou pour Mme F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la notification de la mesure d'éloignement a été réalisée sans interprète de sorte qu'elle n'a pas pu prendre ses dispositions pour contester cet arrêté ; que la décision est insuffisamment motivée, que cette motivation est stéréotypée sans étude quant à la situation personnelle de la requérante ; que l'intéressée a tiré enseignement de son séjour en prison, qu'elle souhaite vivre et travailler honnêtement en France ; qu'elle dispose d'un droit au séjour en Allemagne ; que la décision est sévère à l'égard de la requérante compte tenu du fait qu'elle a dû voler pour subsister à ses besoins,

- et celles de Mme F, assistée de Mme D, interprète en langue italienne, qui expose qu'elle souhaite rester en France, qu'elle n'a pas de famille en Serbie, pays dont elle a seulement la nationalité mais aucune attache, qu'elle veut vivre et travailler en France,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante serbe née en 1994, Mme F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme F, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Mme F ne saurait utilement se prévaloir de ce que la notification des décisions querellées n'aurait pas été effectuée dans une langue qu'elle comprenait, cet élément étant seulement de nature à préserver les voies et délais de recours dont disposait l'intéressée à l'encontre de l'arrêté en litige.

4. La décision contestée a été signée par Mme B E, cheffe de la section " éloignement " du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à qui le préfet des Bouches-du-Rhône a délégué sa signature, par un arrêté du 30 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, aux fins de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit par conséquent être écarté.

5. La décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

6. La seule circonstance que le préfet des Bouches-du-Rhône n'ait pas fait mention du document allemand qu'elle présente comme un titre de séjour, compte tenu en particulier des termes circonstanciés de l'arrêté en litige, ne suffit pas pour considérer que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de Mme F.

7. Pour contester l'obligation de quitter le territoire français en litige, Mme F se prévaut de sa volonté d'insertion en France, de ce qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'elle a pris conscience de ses erreurs en prison, qu'elle souhaite s'insérer dans la société française par le travail. Mme F soutient également qu'elle a " de la famille " en France et qu'elle est dépourvue de famille en Serbie, pays dont elle n'aurait que la nationalité. Toutefois, la requérante n'établit pas les circonstances qu'elle allègue, en particulier concernant la présence en France de ses proches, alors notamment que sa fiche pénale mentionne le contact de son père avec un numéro de téléphone italien. Par ailleurs, si Mme F produit un document présenté comme un titre de séjour allemand, il ressort des mentions de cette pièce non traduite qu'il ne s'agit pas d'un permis de séjour, et que les informations qu'elle contient sont communiquées par l'intéressée. Enfin, si Mme F soutient que son comportement ne constitue pas un trouble à l'ordre public dès lors qu'elle n'a été condamnée qu'une fois, il ressort des pièces du dossier qu'elle a été condamnée, par le tribunal correctionnel de Grasse le 28 novembre 2022, à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Dès lors, ces circonstances ne suffisent pas pour considérer qu'en adoptant l'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressée.

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Pour contester le refus de lui accorder un délai de départ volontaire, Mme F se prévaut de la méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises aux articles L. 612-1 et suivants précités de ce code, et soutient que les faits de l'espèce n'étaient pas suffisants pour caractériser un risque de fuite de l'intéressée. Toutefois, il est constant que l'intéressée n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ni ne peut justifier d'une résidence effective et permanente. Au surplus, ainsi qu'il a été dit au point 7, la condamnation en novembre 2022 à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de vol par ruse ou effraction peut être de nature à faire regarder le comportement de Mme F comme un trouble à l'ordre public. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir qu'en édictant la décision en litige, le préfet aurait méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. Si Mme F soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle ne précise pas quels membres de sa famille résideraient en France ni dans quelles conditions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Si Mme F soutient que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, alors qu'elle ne soutient ni même n'allègue être soumise à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

D E C I D E :

Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La magistrate désignée

Signé

A. C

Le greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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