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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301354

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301354

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP D'AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 février 2023, M. C A, représenté par Me Abdoulaye Younsa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile et a décidé de le réacheminer vers l'Algérie ou tout pays vers lequel il sera légalement admissible ;

3°) d'enjoindre au ministre de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celui-renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le ministre a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- sa décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle viole le principe du non-refoulement.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2023, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. B pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 213-9, L. 512-1, L. 556-1 et L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Abdoulaye Younsa représentant M. A ;

- le ministre de l'intérieur n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 3 septembre 1990, est entré en France à l'aéroport de Marseille-Provence le 4 février 2023 en provenance d'Alger en possession d'un passeport sénégalais valide comportant un visa Schengen valide, où il a immédiatement déposé une demande d'asile ; après avoir consulté l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 février 2023 qui a émis un avis de non-admission le 7 février 2023, le ministre de l'intérieur a considéré sa demande comme infondée et a rejeté sa demande d'asile par une décision du 7 février 2023 qui le renvoie en Algérie, pays d'où il est arrivé en France. Par sa requête M. A en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le litige :

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige du 7 février 2023 a été notifiée le 8 février 2023 à l'intéressé qui a formé un recours le 10 février à 0 h 28, soit dans le délai de recours qui lui était imparti, qui a été communiqué le jour même au ministre de l'intérieur, alors que M. A a été éloigné par avion le 10 février à 16 h 42.

4. Si le conseil du requérant estime que les droits de la défense sont bafoués dès lors qu'il a été éloigné trop rapidement et ne peut donc assister à l'audience publique, il ressort cependant des pièces du dossier que le conseil du requérant a pu produire deux mémoires à fin d'annulation de la décision du ministre avant la tenue de l'audience, à laquelle était présent le conseil du requérant permettant ainsi au magistrat désigné de se prononcer sur la légalité de la décision en litige et non sur son exécution.

Sur les conclusions en annulation :

5. Aux termes de l'article L. 222-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui arrive en France par la voie ferroviaire, maritime ou aérienne et qui n'est pas autorisé à entrer sur le territoire français peut être maintenu dans une zone d'attente située dans une gare ferroviaire ouverte au trafic international figurant sur une liste définie par voie réglementaire, dans un port ou à proximité du lieu de débarquement ou dans un aéroport, pendant le temps strictement nécessaire à son départ. / Le présent titre s'applique également à l'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile, le temps strictement nécessaire pour vérifier si l'examen de sa demande relève de la compétence d'un autre Etat en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement, si sa demande n'est pas irrecevable ou si elle n'est pas manifestement infondée. / () ". En vertu de l'article L. 213-8-1 du même code, la décision de refuser l'entrée en France à l'étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile est prise par le ministre chargé de l'immigration.

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 221-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le ministre chargé de l'immigration peut rejeter la demande d'asile présentée par un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque ses déclarations, et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er A. (2) de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés.

7. Le requérant soutient qu'il a quitté son pays en raison de son homosexualité qui s'est révélée en 2015, soit à l'âge de 25 ans, s'étant aperçu qu'il était attiré par un homme. Sa mère l'ayant surpris dans sa chambre en 2016 l'a obligé à se marier avec une cousine et M. A en a informé son frère juste avant de prendre l'avion en février 2023. Ainsi que l'a relevé l'office français de protection des réfugiés et apatrides dans son avis, les déclarations de M. A sont dénuées de tout élément crédible, rapportées de façon vague et insuffisamment détaillée, il ne fournit aucune information réellement personnalisée au sujet de son compagnon ou de leur relation d'une durée de sept ans, il présente de manière convenue et peu circonstanciée les conditions dans lesquelles il aurait été surpris à deux reprises dans des situations compromettantes avec son compagnon si bien que compte tenu de ce qui précède, il ne saurait être considéré comme plausible que l'intéressé soit victime de mauvais traitements en cas de retour dans son pays.

8. En l'état de ces éléments, et alors que le requérant n'a produit aucune pièce à l'appui de son récit, le ministre de l'intérieur n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en considérant que la demande d'entrée sur le territoire français formulée au titre de l'asile par M. A était manifestement infondée.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ". Il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus que les risques invoqués par M. A en cas de réacheminement vers le Sénégal ne sont aucunement établis et alors surtout que M. A a été réacheminé vers l'Algérie d'où il provenait. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Me Abdoulaye Younsa, conseil de M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré le 13 février 2023 et lu en audience publique le même jour.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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