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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301359

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301359

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2023, M. F D, représenté par Me Chemmam, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays vers lequel il devait être renvoyé, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information " Schengen " (SIS) ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'a pas été en mesure d'exercer son recours dans le délai prévu par la loi dès lors que la décision ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend, avec le concours d'un interprète ;

- il appartient à l'administration d'établir que le signataire de l'acte détenait une délégation de signature ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et l'inscrivant au fichier SIS est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Pouliquen, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, qu'une partie du jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. D dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le SIS dès lors que l'information d'un tel signalement dont M. D a fait l'objet, ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

- les observations de Me Chemmam, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, précise que le requérant demande l'annulation de l'ensemble des décisions prises dans l'arrêté du 17 janvier 2023 et soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, que M. D n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement auparavant, qu'il a purgé sa peine qui était très courte, que sa demande de titre de séjour " étranger malade " n'a pas été prise en compte et qu'un proche peut l'héberger.

- et les observations de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui précise qu'il souhaite sortir du centre de rétention administrative pour retrouver sa famille, dont sa femme qui est enceinte.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

Des pièces ont été produites après l'audience, qui n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 20 juin 2002 à Souk Ahras, retenu au centre de rétention de Marseille, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays vers lequel il devait être renvoyé, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information " Schengen ".

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, responsable de la section éloignement au bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à la préfecture des Bouches-du-Rhône, compétente pour signer l'arrêté contesté en application de l'arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs le 1er septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français. S'il soutient être en concubinage avec une ressortissante française qui serait enceinte, il ne l'établit pas. Il ne démontre pas non plus qu'il est hébergé chez un proche et ne fait état d'aucune autre attache familiale, sociale ou professionnelle en France. De plus, il a été condamné le 19 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Marseille à trois mois de prison pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Enfin, il n'établit pas avoir introduit une demande de titre de séjour " étranger malade ", n'allègue pas être atteinte d'une pathologie quelconque et a indiqué à l'administration, le 17 janvier 2023 n'avoir " aucun problème de santé ". Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur le fait que M. D déclare être entré en France en juin 2022 et ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est sans enfant et ne justifie pas de la réalité et de l'ancienneté de sa relation de concubinage et que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné pour trafic de stupéfiants. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à contester sérieusement les motifs de la décision, celui-ci ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire, ni de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France où il ne peut se prévaloir d'aucune intégration sociale et professionnelle, ni d'aucune perspective ou projet sérieux d'insertion. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est disproportionnée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D aux fins d'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 16 février 2023, et lu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

G. E

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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