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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301416

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301416

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023, M. D A, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de réexaminer sa situation et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- il viole l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du même code ;

- la décision fixant le pays de sa destination méconnait l'article L. 721-4 du même code et viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en raison de son orientation sexuelle ;

- il est intégré en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante n'a pas produit de mémoire complémentaire ;

- les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Gilbert, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sierra-léonais, né le 10 avril 1994, a déclaré être entré en France le 9 janvier 2021 dans des conditions indéterminées. Le 22 septembre 2021, il a sollicité l'asile. Le 13 juin 2022, l'office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 9 novembre 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application et qui en constitue le fondement, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet précise en outre que M. A est entré irrégulièrement en France le 9 janvier 2021, que sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet par l'OFPRA et la CNDA, qu'il est célibataire sans enfant sur le territoire français et qu'il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour, qu'il ne justifie pas de circonstances justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et enfin qu'une interdiction de retour d'un an sur le territoire n'est pas disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale. Par suite, et alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de l'intéressé, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'une insuffisance de motivation et d'erreurs de fait doivent être écarté.

4. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressée à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'elle puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressée à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

6. En l'espèce, le requérant a été entendu par l'OFPRA puis par la CNDA dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et pouvait faire valoir à tout moment auprès de la préfecture les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle. L'intéressé n'établit pas qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de présenter des observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement litigieuse. Par suite, le préfet, qui n'était pas tenu d'inviter M. A à formuler des observations avant l'édiction des mesures visées, ne l'a pas privé de son droit d'être entendu, principe garanti par les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ainsi, le moyen soulevé à ce titre ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

8. Si la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de tenir compte des justifications apportées devant lui, dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision critiquée, même si ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle ne se prononce.

9. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des certificats médicaux établis à compter du 21 aout 2022, que M. A souffre d'une hépatite B ainsi que des symptômes d'une anxiété généralisée, d'une hernie ombilicale, de phobies et de lombalgies. Si, dans ces conditions, le requérant établit que le défaut de prise en charge médicale est susceptible d'entraîner des conséquences d'une particulière gravité, il n'établit pas, par les seules attestations médicales, non étayées sur ce point, qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il entre dans le cadre des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. M. A soutient qu'il a rompu les liens avec sa famille dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle et qu'il est intégré en France dans la mesure où il vit une relation amoureuse et est investi au sein d'associations LGBT. A l'appui de ces allégations, il produit une attestation d'un responsable associatif témoignant de son investissement dans la cause LGBT, des photographies et une attestation de sn compagnon. Toutefois, ces éléments épars ne suffisent pas à remettre en cause les décisions de l'OFPRA caractérisant les allégations de l'intéressé quant à son homosexualité comme peu sérieuses, non pertinentes et peu consistantes. Par suite, le requérant ne démontre pas que le préfet des Alpes de Hautes-Provence a méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les anciennes dispositions de l'article L. 513-2 du code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. L'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur d'appréciation des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu de sa situation et des éléments nouveaux au dossier dès lors qu'il n'établit ni les allégations invoquées quant aux possibilités de traitement dans son pays d'origine ni quant à son orientation sexuelle. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. Il résulte des dispositions précitées que le préfet, sauf circonstances humanitaires, assortit l'obligation de quitter sans délai le territoire français d'une interdiction de retour d'une durée maximale de trois ans, et que, pour fixer cette durée, il tient compte de la durée du séjour en France de l'étranger, de la nature et de l'ancienneté de ses liens, d'une précédente mesure d'éloignement et d'une menace pour l'ordre public éventuelles.

16. Ainsi qu'il a déjà été dit, M. A ne démontre ni qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ni l'effectivité de son orientation sexuelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir invoquée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées afin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

F. C

Le greffier,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef

Le greffier

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