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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301421

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301421

mercredi 9 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL MARS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2023, Mme B E et M. C E, agissant tous deux en qualité de représentants légaux de leur fils, A E, représentés par Me Glasson, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les préjudices que leur enfant, A E subit des suite d'un accident survenu le 4 août 2020 près des garde-corps situés sur le haut des tribunes des arènes camarguaises d'Istres ;

2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre de tout sapiteur de son choix ;

3°) d'ordonner le dépôt d'un pré-rapport ;

4°) de condamner la mairie d'Istres à leur verser la somme provisionnelle de 5 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive des préjudices de M. A E ;

5°) de condamner la mairie d'Istres à verser à M. C E et Mme E la somme de 2 000 euros au titre de leur préjudice moral et la somme de 624, 32 euros au titre de leur préjudice financier ;

6°) de mettre à la charge de la mairie d'Istres la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que, suite à cet accident, M. A E a notamment perdu toute sensibilité au bout du doigt et parvient difficilement à effectuer certains gestes de la vie courante.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône, déclare ne pas s'opposer la demande d'expertise et demande au juge des référés de réserver ses droits.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2023, la commune d'Istres, représentée par Me Siffre, conclut au rejet de la demande d'expertise et demande au juge des référés de mettre à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande d'expertise est dépourvue d'utilité puisque la matérialité des faits n'est pas démontrée, tout comme le lien entre l'ouvrage et le préjudice ;

- il n'y a aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- la victime a commis une faute.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D, première vice-présidente pour statuer sur les demandes en référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2.Mme B E et M. C E demandent au juge des référés d'ordonner une expertise portant sur les préjudices que leur enfant, A E subit des suite d'un accident survenu le 4 août 2020 près des garde-corps situés sur le haut des tribunes des arènes camarguaises d'Istres. Pour s'opposer à l'expertise sollicitée, la commune d'Istres invoque l'absence de matérialité des faits et l'absence de causalité entre les blessures de A et l'ouvrage en cause. Toutefois il résulte de l'instruction que Mme B E et M. C E produisent plusieurs certificats médicaux et des attestations de témoins. Dans ces conditions, il ne résulte de l'instruction ni que la matérialité des faits ne serait pas manifestement établie, ni qu'il n'existerait manifestement pas de lien de causalité entre la chute de A et l'ouvrage de la commune Si la ville d'Istres soutient qu'aucun défaut d'entretien normal de cet ouvrage ne peut être établi par les consorts E et que la victime a commis une faute ainsi que ses parents, ces circonstances sont sans incidence sur l'utilité de la demande d'expertise, dès lors qu'il n'appartient pas au juge des référés expertise de se prononcer sur la responsabilité de la personne publique. Ainsi, la demande de Mme B E et M. C E qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. L'établissement d'un pré-rapport ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise. Il appartient donc à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Les conclusions de Mme B E et M. C E tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le concours d'un sapiteur :

4. Il ressort des dispositions de l'article R. 621-2 alinéa 2 du code de justice administrative qu'il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité de faire appel à un sapiteur et que l'autorisation d'y recourir est subordonnée à l'autorisation du président du tribunal. Par suite, les conclusions de Mme B E et M. C E, tendant à ce que le juge des référés dise que l'expert devra se faire assister d'un spécialiste de son choix ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande provision :

5.Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

6.Il résulte de ces dispositions, que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

7.Mme B E et M. C E sollicitent la condamnation de la commune d'Istres au versement d'une provision. Toutefois, en l'état de l'instruction, tant le principe que l'étendue d'une éventuelle responsabilité de la commune d'Istres n'est suffisamment établie. Dès lors, l'existence de l'obligation dont les intéressés se prévalent ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R.541-1 du code de justice administrative précitées. Par suite, les conclusions de Mme E et de M. E tendant au versement d'une provision, doivent être rejetées.

Sur les autres demandes :

8. Mme B E et M. C E demandent au juge des référés de mettre à la charge de la commune d'Istres la réparation de leur préjudice morale et financier. Cette demande, qui relève du seul juge du fond, doit être rejetée.

Sur les frais et dépens :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme B E, de M. C E et de la commune d'Istres relatives à l'application des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur F G, exerçant 3 chemin des Buisses à Meylan (38240), est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance à une expertise avec la mission suivante :

1°) examiner M. A E et se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) décrire l'état de santé de M. A E, les lésions constatées, les modalités de traitement et leur évolution ; dire si chacune des lésions constatées est la conséquence de l'accident survenu le 4 août 2020 ou d'un état antérieur ou postérieur ;

3°) évaluer les préjudices corporels de M. A E qui sont directement imputables à l'accident en cause en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total ;

4°) fixer la date de consolidation de son état physique ;

5°) indiquer le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de M. A E, l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ;

6°) donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par M. A E, en particulier les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures ;

7°) dire si l'état de M. A E est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration : dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lesquels il devra y être procédé ;

8°) d'une façon générale, fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme B E, M. C E, et de la commune d'Istres est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E, M. C E, à la commune d'Istres, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à l'expert, le Docteur F G.

Fait à Marseille, le 9 août 2023.

La juge des référés,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière

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