mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2301502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | RUDLOFF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2023, M. D A, représenté par Me Rudloff, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023, par lequel le Préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil qui renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État due au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'erreur de fait caractérisant un défaut d'examen sérieux de la situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le principe de non refoulement du demandeur d'asile en application de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 33 de la convention de Genève ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation ;
- les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues ;
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet, qui s'est estimé lié par la décision de l'OFPRA puis de celle de la CNDA a commis une erreur de droit ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 février 2023, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulon a transmis le dossier de la requête de M. A au tribunal administratif de Marseille.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- la convention internationale sur les droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme Fabre, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabre, première conseillère,
- les observations de Me Rudloff, représentant M. A, qui confirme et développe les conclusions et moyens exposés dans la requête et soulève un moyen nouveau tiré du non-respect du droit de M. A à être entendu alors que le préfet ne produit pas le procès-verbal de son audition à l'instance, ainsi que celles de M. A, assisté de M. B, interprète en langue anglaise,
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant du Nigéria, né en 1992, a présenté une demande d'asile en France le 14 septembre 2017. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 septembre 2021, rejet qui a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 février 2022. A la suite du rejet de sa demande d'asile, le préfet du Var, par un arrêté du 24 janvier 2023, a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à M. A l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions précitées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a déclaré être entré en France en 2017. Il soutient avoir une relation de couple avec Mme F E, mère de leur enfant commun Joanna A née le 6 juin 2021, dont le refus de demande d'asile opposé par l'OFPRA fait actuellement l'objet d'un recours devant la CNDA. Mme E est titulaire d'un titre de séjour temporaire valable jusqu'au 6 novembre 2023 et fait l'objet d'un contrat d'aide à un jeune majeur dont le dernier a été conclu pour la période du 1er décembre 2022 au 30 juin 2023. Mme E est scolarisée en 2ème année de CAP Métier du Pressing dont l'obtention du diplôme est prévue en juin 2023 et est hébergée en appartement mère-enfant pris en charge par le conseil départemental. M. C, éducateur spécialisé en relation avec Mme E, elle-même présente à l'audience, atteste que M. A et celle-ci entretiennent une relation de couple, que M. A rend visite à sa fille et à sa compagne le week-end et qu'ils ont un projet de vie commune dès que leurs ressources financières le leur permettront, ce que confirme M. A à l'audience ainsi que l'attestation de Mme E versée au dossier. L'intensité de leurs liens est notamment corroborée par la présence de M. A le jour de l'accouchement de Mme E, démontrée par une photographie datée produite au dossier, ainsi que par une photographie du couple prise durant la grossesse de Mme E. Il ressort également des explications données à l'audience par M. A et son conseil, ainsi que de l'attestation de M. C précitée, que le requérant a procédé à des achats de vêtements et de nourriture pour sa fille et qu'il a soutenu financièrement sa compagne durant sa grossesse, en argent liquide, alors qu'il travaillait dans le bâtiment, Mme E ne disposant pas de compte bancaire. Dans ces conditions, et dans les circonstances particulières de l'espèce, alors que le préfet du Var ne contredit pas utilement les éléments et pièces versées au dossier par le requérant, M. A est fondé à soutenir que celui-ci a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et qu'il a entaché d'une erreur manifeste l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ainsi que par voie de conséquence, la décision lui ayant accordé un délai de départ volontaire de trente jours, ainsi que celle ayant fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rudloff, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rudloff de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 24 janvier 2023 est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rudloff renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1000 euros à Me Rudloff, avocate de M. A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La magistrate désignée,
Signé
E. FABRE
Le greffier,
Signé
T. MARCON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026