mercredi 10 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2301561 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MERCERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 février et 1er septembre 2023, Mme A E et M. C D, représentés par la SCP Bérenger Blanc Burtez et associés, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 aout 2022 par lequel le maire de la commune de Manosque a délivré un permis de construire six logements à la SCI JEANNO, ainsi que la décision portant rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Manosque une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt à agir ;
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article A. 424-3 de ce code et est entaché d'erreur de droit compte tenu du caractère imprécis d'une prescription ;
- il méconnaît l'article R. 425-2 du même code compte tenu de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ;
- il méconnaît les dispositions des articles P1.3 et P1-2.4 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) de Manosque.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mars et 20 septembre 2023, la commune de Manosque conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré les 22 novembre 2023, la SCI Jeanno, représentée par Me Merceron, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer et, en tout état de cause, à la mise à la charge des requérants d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arniaud,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- les observations de Me Claveau, représentant les requérants, et celles de Me Merceron, représentant la SCI Jeanno.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E et M. D, propriétaires d'une maison située 9 ter rue de l'Île à Manosque, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel le maire de la commune de Manosque a délivré un permis de construire à la SCI Jeanno portant démolition d'un bâtiment existant et construction de six logements sur un terrain situé 11 rue de l'Île.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B F, adjoint délégué à l'urbanisme, avait reçu délégation du maire de la commune de Manosque le
21 janvier 2021 pour signer tous documents et actes relevant notamment, en urbanisme, du droit des sols. Cet arrêté a été notifié à la préfecture le 9 février 2021, affiché et publié au recueil des actes administratifs. Par suite, à le supposer effectivement soulevé, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, selon l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. Le dossier de la demande de permis de construire déposée par la SCI Jeanno comporte un document graphique d'insertion du projet parmi les maisons du centre-ville où il sera implanté. Ce dossier comporte également un plan cadastral du centre de la ville indiquant le lieu du projet. Ces documents ont permis à l'autorité administrative d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement, notamment par rapport aux constructions avoisinantes, et ainsi la conformité du projet à la réglementation applicable. Le moyen tiré de la composition irrégulière du dossier de demande de permis doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, l'article P1-2.4 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) mentionne : " Tout projet nécessite un relevé préalable de la composition des espaces, avec les espaces végétales ". Il ressort de cette disposition que, si tout projet doit être accompagné d'un tel relevé de la composition des espaces avec les espaces végétales, ce document n'est pas exigé pour les demandes de permis de construire dont la composition du dossier est limitativement énumérée à l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, les photographies présentes au dossier permettent d'exposer l'état du végétal de la parcelle, lequel apparait en l'espèce très limité. Compte tenu de la rédaction de ces dispositions, et alors que les requérants n'expliquent pas en quoi l'absence de relevé préalable des végétaux aurait vicié l'appréciation de l'autorité compétente, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 632-2 du code de l'urbanisme : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. () En cas de silence de l'architecte des Bâtiments de France, cet accord est réputé donné. () ". Aux termes de l'article R. 425-2 du même code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine ".
8. Le 28 juin 2022, l'architecte des bâtiments de France a estimé que le projet se situait dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, qu'en l'état il n'était pas conforme aux règles applicables, mais qu'il pouvait y être remédié et " donne par conséquent son accord assorti de prescriptions ". Dans ces conditions, les requérants ne sauraient soutenir que cet avis était défavorable au projet et que le maire était dès lors tenu de s'y opposer. Le moyen tiré de l'absence d'accord de l'architecte des bâtiments de France manque en fait et doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de L 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions () ". Selon l'article A. 424-3 du même code : " L'arrêté indique, selon les cas ; / a) Si le permis est accordé ; () Il indique en outre, s'il y a lieu : / d) Si la décision est assortie de prescriptions ; () ". L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
10. L'article 2 de l'arrêté en litige mentionne les prescriptions devant être respectées et reproduit expressément les observations émises par l'architecte des bâtiments de France relatives aux matériaux, aspects et teintes à utiliser pour les toitures, les façades, les menuiseries et les volets. Ces prescriptions sont dès lors motivées, formulées avec précision, limitées à l'aspect extérieur du bâtiment et ne nécessitent pas le dépôt d'un nouveau projet, conformément aux articles L. 424-3 et A. 424-3 du code de l'urbanisme. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de ces deux articles doivent être écartés.
11. En dernier lieu, l'article P1-3 du règlement de l'AVAP prévoit que les constructions neuves " doivent participer à la qualité des espaces publics et s'intégrer dans la trame urbaine, sans déroger à la qualité architecturale des bâtiments protégés ". Si les requérants font valoir que le projet, de par son architecture, ses dimensions et son aspect extérieur, ne participe pas à la qualité des espaces publics et ne s'intègre nullement dans la trame urbaine, ils n'apportent aucun élément étayé en ce sens, alors que l'architecte des bâtiments de France a donné son accord au projet, sous réserve de prescriptions précises en lien avec l'aspect extérieur du bâtiment, lesquelles ont été reprises à l'article 2 de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article P1-3 du règlement de l'AVAP doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Manosque, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser à la SCI Jeanno au titre des frais de même nature.
14. Dès lors que la commune de Manosque n'a pas eu recours au ministère d'un avocat et ne justifie pas de frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme E et M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Manosque tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Les requérants verseront une somme de 1 500 euros à la SCI Jeanno sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et M. C D, à la SCI Jeanno et à la commune de Manosque.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Arniaud, première conseillère,
Mme Ridings, conseillère,
Assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.
La rapporteure,
signé
C. Arniaud
La présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026