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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301613

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301613

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVIALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2023, M. B A D, représenté par Me Viale, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication de son dossier détenu par l'administration ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour en France pour une durée de deux ans ;

4°) d'annuler l'inscription au fichier SIS ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros au bénéfice de son avocat, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées au regard de sa situation privée et personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, qu'il dispose d'un hébergement stable et effectif et ne présente aucune risque de soustraction ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'inscription au fichier SIS méconnaissent l'article L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;

- les observations de Me Viale, représentant M. A D, qui reprend et développe les moyens et arguments articulés dans les écritures ; il fait valoir que M. A D a travaillé dans le bâtiment et la restauration, qu'il a des frères en France et que la durée d'interdiction de retour sur le territoire français est excessive et constitue une rupture d'égalité au regard des décisions prises par le préfet du Var dans un contexte identique ;

- les observations de M. A D, qui, en réponse aux questions du tribunal, expose que les faits que le préfet lui reproche sont une altercation due au comportement de l'autre personne qui est venue le harceler jusque chez lui.

Le préfet du Var n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A D, ressortissant tunisien né le 18 septembre 1977, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire pour ce faire, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la communication du dossier préfectoral :

4. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'arrêté pris dans son ensemble :

5. L'arrêté contesté expose, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. A D, sur lesquelles se fonde chacune des décisions qu'il contient. Elles lui permettent d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, comme au juge d'en contrôler les motifs. Par suite, et alors que le préfet n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments qui peuvent caractériser la situation personnelle de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, qui protègent d'une atteinte disproportionnée le droit au respect de la vie privée et familiale, l'étranger qui invoque la protection due à ce droit doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si le requérant fait valoir qu'il résiderait sur le territoire français depuis plus de dix ans et que deux de ses frères vivraient sur le territoire français depuis plusieurs années, les quelques pièces versées au dossier ne suffisent pas à avérer ces affirmations. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine qu'il a quitté, selon ses propres dires, à l'âge de trente-deux ans. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que, comme l'indique le préfet dans l'arrêté attaqué, M. A D ne justifie ni être entré régulièrement sur le territoire français ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet a pu à bon droit, au regard des articles précités L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que M. A D présentait un risque de se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement. Dès lors, il n'est pas fondé à prétendre que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur de droit. Par ailleurs, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A D ne dispose pas d'un document de voyage en cours de validité, les circonstances qu'il justifie disposer d'un hébergement stable et ne s'est pas soustrait à une mesure d'éloignement antérieure sont insuffisantes à établir qu'en lui refusant un délai de départ volontaire, le préfet du Var aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans :

10. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () "

11. Il est constant que, d'une part, M. A D n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement antérieure à celle en litige, d'autre part, il a bénéficié de titres de séjour en Italie, dont le dernier a été valable jusqu'au 16 janvier 2019. Si, par ailleurs, M. A D a été signalé auprès des services de police le 16 février 2023, la veille de sa mise en rétention, pour des faits de violences avec usage ou menace d'une arme, le préfet du Var ne pouvait se fonder sur cette seule circonstance pour fixer à l'interdiction de retour sur le territoire français une durée de deux ans, sans entacher cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du requérant tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est accordé à titre provisoire à M. A D.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Var en date du 17 février 2023 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Me Cédric Viale et au préfet du Var.

Délibéré le 23 février 2023 et rendu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

H. C

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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