mercredi 1 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2301662 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 22 février 2023, Mme D B, représentée par Me Gilbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 20 février 2023 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné, d'une part, son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil qui renoncera dans cette hypothèse à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que la décision de transfert :
- est insuffisamment motivée en fait ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant à naître ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, notamment médicale.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2023, le préfet des
Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :
- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;
- les observations de Me Gilbert, représentant Mme B, qui déclare retirer le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant à naître, mais reprend et développe les autres moyens et arguments articulés dans ses écritures. Elle insiste sur le défaut de motivation en fait de l'arrêté de transfert, alors que les services préfectoraux l'ont pris le même jour où sa cliente a, conformément à l'indication donnée par le formulaire qui lui avait été remis le 4 janvier, déposé ses observations sur la mesure de transfert envisagée, lesquelles ont donc été ignorées. Le défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ressort de l'absence de toute analyse de sa vulnérabilité, laquelle tient non seulement à la circonstance qu'elle vient d'un pays où plus de 90% des femmes sont excisées, mais surtout aux faits qu'elle est enceinte et connaît des problèmes d'ordre psychologique. Les pièces du dossier devaient conduire le préfet à traiter sa demande sur le fondement de l'article 17 §2 du règlement 604/2013. Elle précise également que si l'époux de Mme B n'est pas présent, c'est en raison d'un voyage qu'il a dû faire en Guinée pour s'occuper de sa grand-mère et elle remet au tribunal copie de trois documents (copie des billets aller-retour sur Conakry, lettre expliquant son absence de l'audience, attestation d'hébergement) ;
- les observations de Mme B, laquelle, avec l'aide de son conseil, indique en réponse aux questions du tribunal, qu'elle est partie de son pays à la fin de l'année 2021, est arrivée en Espagne en octobre 2022 et en France fin novembre 2022. Elle confirme que la vie commune avec M. A B, qu'elle a connu dans son enfance, remonte à trois mois à ce jour.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante guinéenne née le 28 août 1998, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône le 4 janvier 2023. Par deux arrêtés du 20 février 2023 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné, d'une part, son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de cette demande de protection internationale et, d'autre part, son assignation à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. // Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. //() ".
5. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. Ainsi, doit notamment être regardée comme suffisamment motivée, s'agissant d'un étranger en provenance d'un pays tiers ou d'un apatride ayant, au cours des douze mois ayant précédé le dépôt de sa demande d'asile, pénétré irrégulièrement au sein de l'espace Dublin par le biais d'un Etat membre autre que la France, la décision de transfert à fin de prise en charge qui, après avoir visé le règlement, fait référence à la consultation du fichier Eurodac sans autre précision, une telle motivation faisant apparaître que l'Etat responsable a été désigné en application du critère énoncé à l'article 13 du chapitre III du règlement.
6. L'arrêté prononçant le transfert de Mme B aux autorités espagnoles vise le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et fait état de la consultation du fichier Eurodac qui a permis de déterminer que les empreintes décadactylaires de Mme B avaient été prises en Espagne le 1er novembre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de transfert doit être écarté.
7. En deuxième lieu, pour soutenir que la décision de transfert n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de sa situation médicale personnelle, la requérante fait valoir que les motifs de l'arrêté ignorent, voire contredisent, les observations sur sa situation personnelle qu'elle a présentées aux services préfectoraux. Cependant, d'une part, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu notifier l'arrêté en litige le 20 février 2023 à 9h30, elle n'établit pas avoir remis ou déposé, comme elle l'affirme, ce même jour aux services préfectoraux le formulaire portant lesdites observations qu'elle verse au dossier, et qui diverge sensiblement de celui, vierge, versé par le préfet. En tout état de cause et d'autre part, si un certificat médical versé au dossier établit que Mme B est enceinte de treize semaines à la date du 22 février 2023, la mention de ce certificat selon laquelle " un retour en Espagne dans le cadre de la procédure Dublin occasionnerait une rupture de suivi et un risque grave pour la santé de la maman et de l'enfant à naître " ne peut suffire à avérer une grossesse pathologique que le préfet aurait dû prendre en compte dans le cadre de son examen. L'intéressée n'établit pas davantage la réalité d'un suivi psychologique ou psychiatrique au sein de la Maison des femmes Marseille Provence. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation médicale personnelle doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, qui protègent d'une atteinte disproportionnée le droit au respect de la vie privée et familiale, l'étranger qui invoque la protection due à ce droit doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Il est constant que Mme B est entrée en décembre 2022 en France, et comme il a été dit à l'audience, elle n'a pas vécu, avant son départ de la Guinée, avec le compagnon qu'elle prétend avoir rejoint dans les Bouches-du-Rhône, et qui y vivait depuis plusieurs années. Même si la vie commune avec cette personne, de nationalité guinéenne et titulaire d'un titre de séjour expirant le 22 septembre 2023, a débuté rapidement après son arrivée, elle ne peut excéder la durée de trois mois. Par suite, compte tenu de la courte durée tant de son séjour en France que de son concubinage, et quand bien même Mme B a débuté une grossesse, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ". Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Agée de 25 ans à son entrée en France en décembre 2022, Mme B ne se prévaut d'aucune autre attache personnelle ou familiale que celles, récentes, constitués avec le conjoint évoqué au point 7. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier, quand bien même Mme B a débuté une grossesse, que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de cette requête à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet des
Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.
La magistrate désignée,
Signé
H. C
Le greffier,
Signé
T. Marcon
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026