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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301723

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301723

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à M. G B et à Mme C H B de quitter les lieux, en dans le délai d'un mois, le logement situé au CADA Foyer Saint Exupéry, Rue des Calanques Quartier de la Carraire, à Miramas (13140) mis à disposition par l'association Habitat Pluriel ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'association Habitat Pluriel afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B G et Mme. F Blessing à défaut pour ceux-ci, d'avoir emporté leurs effets personnels.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir dès lors qu'il lui appartient de décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un hébergement en CADA ;

- la demande d'expulsion, qui trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par M. G B et Mme C H B et que par un courrier du 25 janvier 2023 notifié le 10 février 2023, ils ont été mis en demeure de quitter l'appartement qu'ils occupent ;

- il y a urgence et utilité au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors que le département des Bouches-du-Rhône dispose, au 31 décembre 2022, de 3450 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, alors que 866 demandeurs d'asile sont en attente d'hébergement dans le département, dont certains présentent un besoin prioritaire ;

- M. G B et Mme C H B, avertis du caractère temporaire de leur prise en charge, se maintiennent indûment dans un logement destiné à des personnes dont la demande d'asile est en cours d'instruction. Au surplus, ils n'ont pas déféré à la mise en demeure l'enjoignant de libérer les lieux avec leurs enfants.

Par un mémoire, enregistré le 20 mars 2023, M. G B et Mme C H B, représentés par Me Gilbert, concluent à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- compte tenu du jeune âge de leurs deux enfants, la mesure sollicitée méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la situation de vulnérabilité de la famille fait obstacle à la mesure demandée ;

- en raison du principe de l'accueil inconditionnel, il ne peut être procédé à leur expulsion de leur logement sans que ne leur soit proposé une solution de relogement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 mars 2023 à 14heures, en présence de Mme Saint-Etienne, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu Mme D, représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et informe le Tribunal du rejet du recours formé par M. G B et Mme C H B contre les arrêtés leur faisant obligation de quitter le territoire national, par un jugement du 9 mars 2023 et de la circonstance que le rejet de la demande d'asile concernant la jeune E B, a été déposée sur l'espace numérique de cette enfant le 9 mars 2023.

M. G B et Mme C H B n'étaient ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. G B et Mme C H B provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ".

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen " ; aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " ; aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. M. G B et Mme C H B de nationalité nigériane, ont été définitivement déboutés de leur demande d'asile par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date respectivement du 8 février 2022 notifiée le 17 février 2022 et du 8 février 2022 notifiée le 15 février 2022. Ils font l'objet tout deux d'une obligation de quitter le territoire français, en date du 11 janvier 2023, dans un délai de 30 jours dont le recours a été rejeté par un jugement du tribunal n° 2301027 et 2301028 du 9 mars 2023. Le préfet des Bouches-du-Rhône a mis en demeure les intéressés de quitter le centre d'accueil dans un délai de sept jours, par lettre du 25 janvier 2023, notifiée le 10 février 2023. Cette mise en demeure est restée infructueuse. Ainsi, M. G B et Mme C H B occupent sans droit ni titre le logement au CADA Foyer Saint Exupéry, Rue des Calanques Quartier de la Carraire, à Miramas (13140), qui ne prive pas ceux-ci du droit à un hébergement d'urgence, n'a pas pour effet de séparer les demandeurs d'asile de leur famille ni les parents de leurs enfants. Les stipulations des articles 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne fait, ainsi, pas obstacle à l'expulsion d'un occupant sans droit ni titre d'une structure d'hébergement de primo demandeurs d'asile.

8. La circonstance que les intéressés se trouveraient dans une situation de très grande précarité, se retrouvant à la rue avec deux très jeunes enfants ne suffit pas à faire obstacle à l'expulsion d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile, indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles invoqués de l'article L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Si les intéressés estiment être susceptibles de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et de la famille, il leur appartient de mettre en œuvre ces dispositions, sans qu'il puisse être exigé de l'Etat, qu'il suspende la mesure d'expulsion sollicitée sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à leur relogement.

9. Les intéressés ne pouvaient ignorer depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de leurs demandes en date respectivement du 8 février 2022 notifiée le 17 février 2022 et du 8 février 2022 notifié le 15 février 2022, qu'ils n'avaient plus le droit d'occuper un lieu d'hébergement destiné à l'accueil de demandeurs d'asile, leur expulsion ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse. Dès lors, la demande du préfet des Bouches-du-Rhône tendant à ce que soit prononcée une mesure d'expulsion à l'égard de M. G B et Mme C H B ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

10. En outre, l'évacuation des intéressés de ce logement présente un caractère d'urgence et d'utilité eu égard à la circonstance que le maintien indu en centre d'accueil d'une personne dont la demande d'asile a été rejetée lèse le droit d'un demandeur d'asile en le privant notamment de l'accès à un hébergement en centre d'accueil et de l'accompagnement social et administratif durant le déroulement de la procédure d'asile, compte tenu, notamment, du nombre limité de places d'accueil dans le département et du nombre de demandeurs d'asile et compromet le fonctionnement normal de ce centre d'accueil.

11. Il résulte de ce qui précède qu'y a lieu d'enjoindre à M. G B et à Mme C H B de libérer, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement, situé au CADA Foyer Saint Exupéry, Rue des Calanques Quartier de la Carraire, à Miramas (13140) mis à disposition par l'association Habitat Pluriel et dire qu'à défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet des Bouches-du-Rhône à donner toutes instructions utiles à l'association Habitat Pluriel afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. G B et Mme C H B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser quelque somme que ce soit à M. G B et à Mme C F ou à son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. G B et Mme C H B sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. G B et à Mme C H B de quitter, dans un délai d'un mois, à compter de la notification de la présente ordonnance, le CADA Foyer Saint Exupéry, Rue des Calanques Quartier de la Carraire, à Miramas (13140) mis à disposition par l'association Habitat Pluriel. A défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le préfet des Bouches-du-Rhône est autorisé à donner toutes instructions utiles à l'association Habitat Pluriel afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. G B et Mme C H B à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer, à M. G B et à Mme C H B.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône

Fait à Marseille, le 22 mars 2023.

La juge des référés,

Signé

Muriel A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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