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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301775

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301775

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAHMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février 2023 et le 9 mai 2024, M. A B, représenté par Me Hayat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 31 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, d'autoriser le regroupement familial ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 11 août 2022 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait concernant la conformité de son logement ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses ressources ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire complémentaire, enregistré le 20 mai 2024 pour M. B, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Delzangles a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 27 décembre 2026, a présenté le 23 novembre 2021 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils. Par une décision du 11 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande. Le 3 octobre 2022, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Le 31 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a confirmé sa décision du 11 août 2022. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 11 août 2022, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux par le préfet des Bouches-du-Rhône.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle se prononce sur une demande de regroupement familial, l'autorité compétente doit, pour apprécier la condition de ressources, se fonder sur le montant des ressources du demandeur mais aussi sur leur stabilité.

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

5. En l'espèce, la période de référence pour apprécier le caractère suffisant des revenus de M. B, qui a introduit sa demande de regroupement familial le 23 novembre 2021, court du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que le requérant a déclaré un chiffre d'affaires au quatrième trimestre 2020 d'un montant de 777 euros au titre d'une activité artisanale soumise au régime micro-social simplifié, déduction faite des charges sociales. M. B a donc perçu 259 euros net mensuel pour les deux premiers mois de la période de référence. Il ressort ensuite de l'avis d'imposition du requérant établi en 2022 que son revenu imposable après déduction des charges sociales et application des abattements était de 21 071 euros, soit un revenu mensuel net moyen de 1 755 euros pour les dix autres mois de la période de référence. M. B doit donc être regardé comme justifiant d'un revenu net mensuel moyen de 1 506 euros pendant cette période, montant supérieur au montant mensuel moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance qui s'est élevé à 1 230 euros net pour la même période. Ainsi, M. B remplit la condition tenant aux ressources, posée par les dispositions précitées. Par suite, la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation sur ce point.

6. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : () / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Aux termes de l'article R. 434-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : () / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain ".

7. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser la demande de regroupement familial sollicitée par M. B, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est également fondé sur le motif tiré de ce que le logement de celui-ci ne répondait pas aux normes de confort et d'habilité précisées par le décret susvisé du 30 janvier 2002. Cependant, suite à la demande de réexamen du requérant, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu le 24 novembre 2022 un avis favorable concernant le logement de l'intéressé. Par suite, et le préfet des Bouches-du-Rhône ne le conteste pas en défense, le requérant est fondé à soutenir que le motif de refus de sa demande de regroupement familial tenant à son logement manque en fait.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions en litiges doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

10. En application de ces dispositions, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 11 août 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de regroupement familial de M. B est annulée, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'accorder à M. B le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de sa femme et de son fils, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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