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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301803

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301803

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMHATELI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2023, M. A B demande au Tribunal :

1°) de désigner un avocat commis d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient que :

- il n'a aucune attache en Autriche alors que de nombreux membres de sa famille résident en France ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire, dans les circonstances de l'espèce, application des dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2023, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le Règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le Règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Charpy, conseillère, en application des dispositions des articles L. 572-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. En l'absence d'adresse, le requérant a reçu convocation à l'audience par sms envoyé du téléphone de service du greffe des urgences le 23 février 2023 à 17 heures, doublé d'un message vocal indiquant, à l'instar du sms, le numéro de dossier, l'adresse du tribunal administratif de Marseille, la date et l'heure d'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 février 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Charpy, magistrate désignée,

- les observations de Me Mhateli, avocate commise d'office représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 13 octobre 1993 entré en France le 10 décembre 2022, a sollicité l'asile le 6 janvier 2023 auprès de la préfecture des

Bouches-du-Rhône. Le relevé de ses empreintes digitales réalisé le jour même a révélé que l'intéressé a sollicité la protection internationale auprès des autorités autrichiennes le 20 novembre 2022. Les autorités autrichiennes, saisies le 11 janvier 2023 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18.1 b du règlement UE n° 604/2013 susvisé, ayant donné leur accord explicite le 26 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé, par arrêté du 22 février 2023, le transfert de l'intéressé aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un autre arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir desdits arrêtés.

2. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Si M. B, célibataire et sans enfant arrivé en France le 10 décembre 2022, fait valoir qu'il n'a pas d'attaches personnelles en Autriche alors que plusieurs membres de sa famille résident en France, il ne produit toutefois aucune pièce à l'appui de cette affirmation et n'établit pas, par suite, que son transfert aux autorités autrichiennes pour l'examen de sa demande d'asile porterait, au regard des buts poursuivis et compte tenu des effets d'une telle mesure, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, l'intéressé ne pas fait état d'une quelconque vulnérabilité incompatible avec un transfert vers l'Autriche. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation des décisions du 22 février 2023 portant transfert aux autorités autrichiennes et l'assignant à résidence doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. CharpyLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Le greffier

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