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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301867

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301867

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301867
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2023, M. D C, représenté par

Me Gilbert, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de le convoquer afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de carte de résident et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé dans un délai de 3 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- nonobstant la reconnaissance du statut de réfugié par la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA) le 29 décembre 2020 à la mère de ses enfants, Mme B C, protection en droit étendue à leurs deux enfants mineurs, il s'est vu notifier le 9 août 2022 un arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours ;

- après l'exercice d'un recours contentieux, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté du 13 septembre 2022 retirant l'arrêté précité ;

- par suite, soit le 8 octobre 2022, il a de nouveau sollicité un titre de séjour en sa qualité de père d'un enfant reconnu réfugié, via la plateforme dématérialisée du site internet de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) ;

- malgré les différentes relances opérées tant par son conseil que par l'association La Cimade, par courriels adressés au service compétent de la préfecture, aucune solution ne lui a été apportée ; il demeure à ce jour dans l'incapacité de voir sa demande de titre effectivement enregistrée.

Sur l'urgence :

- sa situation caractérise une situation d'extrême urgence dès lors que l'absence de délivrance de document d'identité lui permettant d'attester de la régularité de son séjour l'expose, à tout moment, à un placement abusif en rétention administrative et à un éloignement vers le Nigéria, en violation de son droit à la vie privée et familiale, étant entendu que ses enfants résident de manière régulière en France où ils sont protégés au regard de la protection internationale accordée à leur mère ;

- le refus d'enregistrement de sa demande de titre entraîne également l'absence de bénéfice du droit au travail, la violation de sa liberté d'aller et venir et son maintien dans une situation de vulnérabilité physique et psychologique dès lors que sa situation administrative ne peut connaître aucune évolution.

Sur l'atteinte grave aux libertés fondamentales :

- en refusant de faire enregistrer sa demande de titre de séjour, le préfet a commis une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile de ses enfants qui ne sauraient obtenir une protection intégrale de la part de l'Etat français en l'absence de droit au séjour de leur père, à son droit d'aller et venir, à son droit au travail et à l'emploi, à son droit de mener une vie privée et familiale sur le territoire français et à l'intérêt supérieur de ses enfants qui nécessitent de pouvoir évoluer aux côtés de leurs deux parents.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Laso, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2022 à 14 heures en présence de Mme Sibille, greffière d'audience :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Gilbert, représentant M. C.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé du requérant, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. M. D C, ressortissant nigérian né le 26 janvier 1996, est le père de l'enfant Yazid C né le 30 novembre 2020 à Avignon et qu'il a reconnu le 14 juin 2021. La mère de cet enfant, M ; Anita C, a été reconnue réfugiée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 29 décembre 2020. Le 8 octobre 2022, M. C a sollicité un titre de séjour en sa qualité de père d'un enfant reconnu réfugié, via le site de l'ANEF. En l'absence de réponse apportée à sa demande, il sollicite du juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de le convoquer afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de carte de résident et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé dans un délai de 3 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

4. Selon le 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 est délivrée aux parents de l'étranger mineur reconnu réfugié. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. ". Et aux termes de l'article R. 431-10 dudit code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. /La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () " Enfin aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " La délivrance ou le renouvellement du titre de séjour à un étranger est subordonné à la collecte, lors de la présentation de sa demande, des informations le concernant qui doivent être mentionnées sur le titre de séjour selon le modèle prévu à l'article R. 431-1, ainsi qu'au relevé d'images numérisées de sa photographie et, sauf impossibilité physique, des empreintes digitales de ses dix doigts aux fins d'enregistrement dans le traitement automatisé mentionné à l'article R. 142-11. " Il résulte de ces dispositions que le récépissé d'une demande de titre de séjour est délivré de plein droit, sur le champ ou à très bref délai, dès lors que le dossier de demande de titre de séjour est complet et a été régulièrement déposé.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du document intitulé " confirmation du dépôt d'une première demande de titre de séjour ", produit en pièce jointe n°12 de la requête, que M. C, père d'un enfant mineur reconnu réfugié, a déposé le 8 octobre 2022 une demande de titre de séjour en cette qualité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande, déposée " avec succès ", aurait été incomplète. Dans ces conditions, et en l'absence d'objection quant à la complétude du dossier, le préfet des Bouches-du-Rhône n'ayant pas produit en défense, M. C avait droit à un récépissé, sur le champ ou à très bref délai, compte tenu du temps nécessaire à la vérification de la complétude du dossier. L'absence d'une telle délivrance à la date de la présente ordonnance est manifestement illégale.

6. En privant l'intéressé depuis plusieurs mois de tout document lui permettant d'établir la régularité de sa situation, l'administration a porté une atteinte grave et, comme il vient d'être dit, manifestement illégale à plusieurs libertés fondamentales reconnues aux étrangers en situation régulière et notamment à sa liberté d'aller et venir. La gravité de cette atteinte justifiant également de la condition d'urgence, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer

M. C en préfecture, dans le délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance, afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de carte de résident et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de sa demande, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Comme mentionné au point 1, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gilbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et sous réserve de l'admission définitive de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gilbert, conseil de M. C, de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée directement au requérant.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer M. C en préfecture, dans le délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance, afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de carte de résident et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de sa demande.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 (huit cents) euros à Me Gilbert en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous les réserves énoncées au point 7 de la présente décision. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C, la somme de 800 euros lui sera versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Me Gilbert et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Marseille, le 1er mars 2023.

Le vice-président désigné,

Juge des référés

Signé

J-M. A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

4

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