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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301985

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301985

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301985
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2023, M. B A, représenté par Me Leonhardt, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien lui permettant de travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, révélant un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- la décision est également entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa présence continue sur le territoire depuis plus de dix ans en méconnaissance de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa durée de présence en France et de l'ancienneté de ses attaches sur le territoire ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses attaches familiales en France en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, a sollicité, le 1er septembre 2021, son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 14 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté à destination du pays dont il a la nationalité et d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. M. A en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

3. M. A produit devant le tribunal pour les années 2012 et 2013, des diverses pièces chaque année, telles que quelques opérations et relevés bancaires, des pièces médicales et des pièces relatives à une procédure engagée devant le tribunal. Il présente également un grand nombre de pièces médicales et de relevés bancaires indiquant des mouvements pour chacune des années de 2014 à 2022, pièces auxquelles s'ajoutent des pièces de nature diverse, à valeur probante. La majorité des pièces qu'il produit sont établies à son nom et indiquent une adresse qui est celle de son père, ressortissant algérien de quatre-vingt-quatre ans, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2029, chez qui il vit depuis 2013. La circonstance que quelques pièces produites en 2012 indiquent deux adresses différentes, ne présente pas, eu égard au nombre de pièces produites, un caractère déterminant. L'ensemble de ces éléments permet ainsi au requérant de justifier de sa résidence habituelle en France depuis au moins l'année 2012. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un certificat de résidence.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation par le présent jugement de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à M. A un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, par application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à Me Leonhardt, avocate du requérant, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " à M. A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Leonhardt renonce au bénéfice de la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Anaïs Leonhardt, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Anaïs Leonhardt et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. NiquetLe président-rapporteur,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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