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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301987

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301987

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. A B, représenté par Me Gilbert, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-Rhône de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet et rigoureux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mars 2023 :

- le rapport de Mme Charpy, magistrate désignée,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant nigérian, né le 16 décembre 1989, a présenté une demande d'asile le 6 novembre 2017, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 5 août 2019, rejet qui a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 novembre 2021. Sa demande de réexamen d'asile présentée le 23 février 2022 ayant été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 3 mars 2022 et la CNDA ayant rejeté son recours le 23 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a, par arrêté du 3 février 2023, prononcé à l'encontre de l'intéressé, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. M. B demande au Tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige indique les dispositions normatives applicables, notamment le 4° de l'article L. 611 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les circonstances de faits relatives à la situation de M. B qui le fondent, notamment les conditions d'entrée et de séjour de celui-ci, le fait que sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet par l'OFPRA le 5 août 2019 confirmée par la CNDA le 24 novembre 2021, et que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 3 mars 2022 et que la CNDA a rejeté son recours le 23 août 2022. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure le requérant de discuter les motifs de l'arrêté, alors que le préfet n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment au regard des éléments énoncés au point précédent, que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision et notamment des déclarations de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. B fait valoir dans ses écritures qu'il est entré en France pour la première fois cinq ans avant la décision attaquée, accompagné de sa conjointe avec laquelle il a une fille née en 2018. Toutefois, la seule circonstance invoquée que l'enfant soit née et scolarisée en France, est insuffisante pour démontrer que le requérant disposerait sur le territoire national, comme il l'allègue, du centre de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et alors que M. B ne produit aucune pièce permettant d'établir une intégration socio-professionnelle notable de lui-même ou de sa conjointe, compatriote en situation irrégulière, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant les décisions attaquées le préfet des Bouches-du-Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont a été prises. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. M. B et sa conjointe, comme leur fille, se trouvant ensemble en situation irrégulière en France et ayant vocation à en être éloignés ensemble, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas, par elle-même, pour effet de provoquer une séparation. Par ailleurs si le requérant fait valoir qu'un retour au Nigéria exposerait l'enfant à des risques de mutilation génitale, ses déclarations non circonstanciées ne sont toutefois accompagnées d'aucun élément de nature à établir la réalité des risques encourus allégués, alors que l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont refusé de lui reconnaître la qualité de réfugiée. Enfin, la seule citation d'un extrait d'une étude du 28 janvier 2020 menée par la faculté des lettres et des sciences humaines de l'université de Shebroke et pointant les lacunes des infrastructures d'enseignement primaire au Nigeria n'est pas de nature à permettre d'établir que la fille de M. B ne pourra pas être scolarisée dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 février 2023 qu'il conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par le requérant au titre de ces dispositions et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. C

La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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