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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301992

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301992

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2023, M. D B, représenté par Me Mora, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de trois ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses deux enfants résident en France, qu'il est hébergé chez son frère et bénéficie d'une promesse d'embauche.

Le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a reçu communication de la requête, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,

- et les observations de Me Mora pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et à ce que l'aide juridictionnelle lui soit accordée à titre provisoire, et expose oralement les moyens de la requête, en faisant valoir, en outre, que le requérant est entré en France en 2016, qu'il a deux enfants âgés de trois et quatre ans dont il s'occupe, que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été reportée au 28 mars 2023 à 12 heures.

Une mémoire produit pour M. B, a été enregistré le 27 mars 2023 à 22h35, aux termes duquel il conclut :

1°) à ce que lui soit accordé l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) à l'annulation de l'arrêté du 24 février 2023 ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Une note en délibéré, enregistrée le 29 mars 2023, a été présentée pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 3 août 1992, serait entré en France au cours de l'année 2016, selon ses déclarations. Alors qu'il est incarcéré au centre de détention de Tarascon, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre, le 24 février 2023, un arrêté l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, lui interdisant de retourner sur le territoire national pendant une durée de trois ans et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 24 février 2023.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. La décision contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 611-1 ainsi que les stipulations conventionnelles dont elle fait application et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique les motifs justifiant l'application d'une mesure d'éloignement et tenant à ce que M. B n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Elle fait également état de la situation personnelle de l'intéressé. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, si M. B soutient que, faute d'avoir été entendu, il n'a pas pu faire valoir ses observations, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée, que le préfet a pris en compte la situation personnelle et familiale de M. B et l'intéressé n'établit pas qu'il disposait d'autres informations tenant à sa situation qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration et qui aurait pu avoir une influence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. M. B soutient qu'il réside en France depuis 2016, qu'il a mené une vie commune avec Mme A pendant deux ans, de laquelle il est séparé, et que de cette union sont nées deux enfants. Si l'intéressé soutient participer à l'entretien de ses enfants en versant une somme de cinquante euros par mois, il n'en justifie pas. Il n'apporte aucun élément permettant d'établir l'intensité de ses liens avec ses enfants. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en juin 2018 et mars 2021 et il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Il ne justifie pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet des Bouches-du-Rhône en obligeant M. B à quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de ce dernier une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure d'éloignement a été prise. Pour les mêmes motifs, la décision contestée ne peut pas être regardée comme ayant été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par M. B à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône l'obligeant à quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant l'interdiction faite à l'intéressé de retourner sur le territoire français. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de lui interdire de retourner sur le territoire français.

13. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que le droit d'être entendu du requérant aurait été méconnu doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du jugement.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. B de retourner en France pendant une durée de trois ans, le préfet a retenu que l'intéressé avait déclaré être entré en France depuis 2016, qu'il ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de sa relation de concubinage, qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants, qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations, le 14 janvier 2019, le 18 décembre 2020, le 8 février 2021 et le 30 mai 2021, à des peines d'emprisonnement, dont certaines avec sursis, pour des faits de vol, de destruction de biens par un moyen dangereux, d'appels téléphoniques malveillants ou de menace de mort. Si l'intéressé soutient que la décision contestée aurait pour conséquence de le séparer de ses enfants, il ne justifie pas de l'intensité de ses liens avec ses enfants et notamment ne justifie pas participer à leur éducation. Par suite, et compte tenu notamment de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé sur le territoire français et de ce que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public, il n'est pas établi que le préfet des

Bouches-du-Rhône aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 14 du jugement, en interdisant à M. B de retourner sur le territoire français. Compte tenu des circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas non plus commis une erreur d'appréciation en fixant la durée de cette interdiction à trois ans.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 février 2023. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

S. C

La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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