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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302045

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302045

mercredi 8 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantNOÛS AVOCATS

Résumé IA

**Sujet principal** : La requête d'une fonctionnaire territoriale visant à obtenir réparation pour l'absence de reclassement pérenne après une inaptitude professionnelle et l'annulation du rejet de sa demande d'affectation adaptée. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Marseille (8ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette les conclusions indemnitaires de l'agent, considérant que la commune n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité en l'absence de préjudice direct et certain démontré. L'instruction révèle que l'administration a procédé à des affectations adaptées et respecté ses droits statutaires (avancement, bonification). **Textes appliqués** : Les lois statutaires de la fonction publique territoriale (loi n°84-53 du 26 janvier 1984) et les principes généraux de la responsabilité administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mars 2023 et 29 juillet 2024, Mme A... B..., représentée par Me Leturcq, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Martigues à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation des préjudices subis résultant de son absence de reclassement ;

2°) d’annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Martigues a implicitement rejeté sa demande du 3 novembre 2022 tendant à son affectation sur un poste correspondant à son grade et à son état de santé ;

2°) d’enjoindre à la commune de Martigues de l’affecter sur un poste correspondant à sa situation et son état de santé, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation administrative, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Martigues une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :


- la commune de Martigues a commis une faute en ne lui proposant pas un poste de reclassement pérenne et dans un délai raisonnable, et pour l’avoir placée dans une position statutaire illégale ;
- la composition du comité médical lors de sa consultation du 20 avril 2016 est irrégulière en ce qu’elle ne comprenait pas un spécialiste de sa pathologie, en l’espèce un psychiatre ;
- la commune ne l’a pas invitée à présenter une demande de reclassement ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier d’un congé de longue maladie ;
- elle a été victime de harcèlement moral ;
- la décision est entachée de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 avril et 30 août 2024, la commune de Martigues, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Clusener Godt, substituant Me Leturcq, représentant Mme B....

Considérant ce qui suit :

Mme B..., alors titulaire du grade d’adjointe technique principale de 2ème classe, employée par la commune de Martigues depuis 2005, a été victime le 12 avril 2012 d’un accident reconnu imputable au service. Elle a ensuite souffert d’une pathologie à l’épaule gauche qui a été reconnue comme étant une maladie professionnelle par décision du maire de la commune du 21 juillet 2014. Placée en congé de maladie imputable au service, elle a repris ses fonctions sur un poste aménagé le 25 mars 2015, puis a été victime d’une rechute le 22 juillet suivant et a été, de nouveau, placée en position de congé de maladie au titre de sa maladie professionnelle. A la suite d’une expertise médicale ayant conclu au reclassement de l’intéressée dans un emploi sans manutention, ni port de charges, Mme B... a sollicité de son employeur, le 7 octobre 2015, le bénéfice d’un reclassement professionnel. Par un avis du 24 novembre 2015, la commission de réforme a conclu à l’inaptitude absolue et définitive de l’agent à son « emploi statutaire » et s’est prononcée en faveur d’un reclassement professionnel, dès notification de cet avis. Dans le cadre de la procédure de reclassement engagée par son employeur en décembre 2015, la requérante a exercé successivement les fonctions d’agent d’animation au parc de Figuerolles à l’occasion d’un stage d’immersion, du 1er mars au 30 juin 2019, d’agent d’entretien dans une ferme pédagogique d’octobre 2019 à septembre 2021, puis de médiateur propreté au sein de la direction de la voirie et de la propreté urbaine, dans le prolongement d’un stage d’immersion effectué à compter du 7 mars 2022. Estimant avoir subi divers préjudices du fait de son absence de reclassement dans un emploi pérenne, la requérante a adressé à l’administration, le 3 novembre 2022, une demande indemnitaire préalable, sollicitant également son affectation sur un poste correspondant à son grade et à son état de santé. Ses demandes ont été expressément rejetées par une décision du maire de la commune du 3 janvier 2023. Mme B... demande la condamnation de la commune de Martigues à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation de ses préjudices et l’annulation de la décision refusant son affectation selon les conditions prévues dans sa demande du 3 novembre 2022.


Sur les conclusions indemnitaires :

La responsabilité des personnes publiques peut, en principe, être engagée en raison des fautes qu’elles ont commises, pour autant qu’il en soit résulté un préjudice direct et certain.

Mme B... se prévaut d’un préjudice de carrière, d’un préjudice moral et de troubles dans les conditions d’existence, estimant qu’elle aurait été maintenue pendant près de dix ans sous un statut juridique inexistant et qu’elle n’aurait aucune certitude quant à l’étendue de ses droits, notamment en matière d’avancement, ni information quant à ses garanties statutaires, ses droits à congé, son régime indemnitaire et son déroulement de carrière.

Toutefois, il résulte de l’instruction, notamment de l’arrêté du 30 octobre 2019 du maire de Martigues portant avancement d’échelon et de l’arrêté du 12 mai 2022 lui accordant une bonification d’ancienneté d’un an, que la requérante, après avoir été placée en congé de maladie imputable au service, a été affectée à compter du mois de mars 2019 sur des emplois compatibles avec son état de santé tout en étant maintenue dans le cadre d’emplois des adjoints techniques territoriaux. Elle a ainsi bénéficié des droits et garanties attachés à son statut, se voyant accorder notamment des avancements d’échelon et même un avancement au grade d’adjointe technique principale de 1ère classe, à compter du 1er janvier 2024, et a perçu les indemnités auxquelles elle avait droit. Elle n’établit pas que des formations lui auraient été refusées à la suite de son affectation sur les emplois d’agent d’animation, d’agent d’entretien et de médiateur propreté. Elle ne justifie pas davantage les avancements auxquels elle aurait pu prétendre si elle avait été détachée dans un autre cadre d’emplois et dont elle aurait été privée depuis la reprise de ses fonctions en mars 2019. Le préjudice de carrière dont Mme B... se prévaut et qui résulterait directement des conditions dans lesquelles la commune a cherché à la reclasser n’est ainsi pas établi.

En outre, il résulte de l’instruction que l’intéressée, qui a conservé sa qualité d’agent titulaire, a occupé à compter d’octobre 2019 un emploi d’agent d’entretien dans une ferme pédagogique, pendant une durée de deux ans, avant d’occuper durablement un emploi de médiateur propreté, à compter de mars 2022, ces postes comportant l’exercice de missions pérennes. Si elle se prévaut d’avoir postulé, en vain, sur de nombreux emplois vacants, elle ne soutient ni même n’allègue avoir candidaté à des emplois avant l’année 2021 ni que les postes sur lesquels elle a fait acte de candidature ensuite correspondaient à ses qualifications ou qu’ils étaient compatibles avec les restrictions médicales dont elle fait l’objet. Enfin, la requérante ne saurait se prévaloir de l’incertitude dans laquelle elle se serait trouvée quant à sa situation statutaire et à l’étendue de ses droits dès lors qu’il résulte de l’instruction, notamment des comptes rendus d’entretien professionnel produits à l’instance, qu’elle a été maintenue dans le cadre d’emplois des adjoints techniques territoriaux. Il résulte de ce qui précède que l’intéressée n’établit pas le préjudice moral et les troubles dans ses conditions d’existence qu’elle soutient avoir subis.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.



Sur les conclusions à fin d’annulation et d’injonction :

Mme B... demande d’annuler la décision née le 3 janvier 2023 du silence gardé par l’administration sur sa demande du 3 novembre 2022, en tant qu’elle refuse de procéder à son affectation sur un emploi répondant aux critères qu’elle y a exposés, c’est-à-dire sur un poste correspondant tant à son grade d’adjointe technique principale de 2ème classe qu’à son état de santé. Toutefois, elle ne conteste pas que par un avis du 24 novembre 2015, la commission de réforme l’a déclarée définitivement inapte à tout emploi relevant de son cadre d’emplois, en l’espèce celui des adjoints techniques territoriaux. Mme B... ne peut donc utilement soutenir qu’elle aurait dû être affectée sur un emploi vacant correspondant à son grade dans ce cadre d’emplois. Par suite, le moyen est inopérant.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées à fin d’injonction.

Sur les frais liés à l’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par Mme B... soit mise à la charge de la commune de Martigues, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme B... la somme que réclame la commune sur ce même fondement.




D E C I D E :



Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Martigues sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à la commune de Martigues.



Délibéré après l'audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.


La rapporteure,


Signé


F. Gaspard-Truc


La présidente,


Signé


E. Felmy
La greffière



Signé


S. Gonzales


La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,


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