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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302055

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302055

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 février et 17 mars 2023, M. C B, de nationalité burundaise, représenté par Me Mora, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la date de sa notification et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail pendant la durée de l'instruction de cette demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

- l'arrêté comporte des erreurs de fait ;

- il a présenté une demande de titre de séjour à la suite de l'obtention de son diplôme avant la décision en litige ;

- les conditions prévues par l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas réunies ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention europe´enne de sauvegarde des droits de l'Homme ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention europe´enne de sauvegarde des droits de l'Homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par décision du 20 septembre 2022, la présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2023 :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Mora, représentant M. B.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité burundaise, est entré en France le 24 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour à titre étudiant, afin de mener des études supérieures en informatique. Après deux ans de séjour en cette qualité, il a demandé l'asile en France en octobre 2019. Il a fait l'objet d'un arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la date de sa notification et a fixé le pays de destination. Il demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 422-8 du même code : " La carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. "

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. B a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 octobre 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 24 octobre 2022. Il ressort de ces mêmes pièces que concomitamment à sa réussite au diplôme de master 2 en informatique, attestée par le document du 10 février 2023 émanant de " Supinfo " produit à l'instance, M. B a déposé un dossier de demande d'admission au séjour au titre de " recherche d'emploi et création d'entreprise ", dont la sous-préfecture d'Aix-en-Provence a accusé réception le 6 février 2023. S'il est constant que M. B était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code précité en conséquence du rejet de sa demande d'asile, intervenu trois mois avant la décision attaquée, il appartenait au préfet, avant de prendre la mesure d'éloignement, d'examiner et de tenir compte des éléments qui lui avaient été soumis antérieurement, et notamment ceux contenus dans la demande de titre de séjour présentée en février 2023 par M. B. Dans ces conditions particulières, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste est intervenue sans examen réel et sérieux de sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement, qui est dépourvue de base légale, doit également être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède à un nouvel examen de la situation de M. B et lui délivre dans l'attente, conformément aux dispositions de l'article L. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le document provisoire de séjour prévu par ces dispositions, qui l'autorise à travailler conformément au 2° de l'article R. 431-14 du même code. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à verser à Me Mora, sous réserve pour cette dernière, le cas échéant, de renoncer à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à l'intéressé.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 10 février 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Mora à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mora la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la même somme lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Mora.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E. A

La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière

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