lundi 13 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2302109 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 6 mars 2023, M. D A, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 1er mars 2023 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé sa remise aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté portant remise aux autorités italiennes est insuffisamment motivé en fait, et résulte d'un défaut d'examen de sa situation, faute d'avoir pris en considération sa situation familiale et son état de santé ;
- cet arrêté méconnaît l'article 10 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article 17, paragraphe 1 du règlement du 26 juin 2013 dès lors que la France aurait dû se déclarer responsable de la demande d'asile ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2023, dont l'avocate de M. A a pu prendre connaissance avant l'audience, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les arrêtés attaqués et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Gilbert pour M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que M. A a épousé Mme C en Tunisie il y a deux ans, que tant M. A que son épouse ont fait état de ce mariage, qu'il a reconnu l'enfant à naître par un acte du 3 mars 2023, et qu'il y a un risque d'atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de renvoi vers l'Italie, ce qui aurait pour effet de rompre la cellule familiale ; elle expose également que l'impact du transfert en Italie n'a pas été correctement appréhendé et résulte d'un défaut d'examen de la situation du requérant, qu'il a fait état de son état de santé et il a d'ailleurs été orienté vers le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration puis vers la permanence d'accès aux soins de santé, que sa demande d'asile devrait être examinée en France dès lors qu'en Italie, il n'a pas eu accès aux soins,
- et celles de M. A, qui expose qu'en Italie, son état de santé s'est dégradé, et que malgré ses demandes de soins, lui a seulement été prescrit du paracétamol ; qu'il avait perdu le contact avec son épouse mais l'a retrouvée à Marseille par le biais de la communauté guinéenne, et qu'ils souhaitent désormais rester ensemble,
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant guinéen né en 1985, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 1er mars 2023 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de sa remise aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans le département des Bouches-du-Rhône pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. A l'appui de sa contestation, M. A soutient que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en fait et résulte d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors d'une part qu'il ne mentionne pas son état de santé, et d'autre part qu'il relève, de façon erronée, que son épouse n'est pas présente sur le territoire français. Toutefois, si M. A se prévaut désormais de la présence en France de Mme C, qu'il présente comme son épouse sans toutefois en justifier, il est constant qu'il n'en a pas fait état lors de son entretien individuel ni dans les observations qu'il a formulées le 12 décembre 2022 devant les services de la préfecture. Par ailleurs, s'il faisait état, dans ces observations, de ce que son état de santé s'était dégradé en Italie et qu'il n'avait alors pas été correctement pris en charge, l'absence de mention, dans l'arrêté en litige, de ces éléments, les seuls portés à la connaissance du préfet des Bouches-du-Rhône, sans autre précision, n'est pas de nature à considérer que le préfet aurait insuffisamment motivé son arrêté en fait ou aurait négligé de procéder à un examen complet de la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens soulevés doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article 10 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ".
5. M. A se prévaut de la présence en France de son épouse, enceinte de trois mois et demi à la date de la décision attaquée. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, il n'établit pas la réalité et la stabilité de ce mariage, alors notamment qu'il ne produit aucun acte d'état civil, et qu'il indique à l'audience avoir retrouvé son épouse à Marseille après une longue période de séparation. Par ailleurs, M. A ainsi que Mme C ont présenté à l'audience deux attestations datées du 7 mars 2023, selon lesquelles M. A souhaite demeurer en France avec son épouse, être soigné pour ses problèmes de santé et dès lors qu'il est le père de l'enfant à naître, et Mme C souhaite que son époux reste à ses côtés. Toutefois, si la décision portant remise de Mme C aux autorités italiennes a été annulée par le tribunal dans une décision du 15 février 2023, ce jugement n'enjoignait au préfet que de réexaminer la situation de l'intéressée, et le préfet des Bouches-du-Rhône expose d'une part qu'il a interjeté appel de ce jugement, et d'autre part que le réexamen de la situation n'a pas conduit à l'édiction d'une décision différente. Par suite, dès lors que la demande de protection internationale de Mme C, à supposer cette dernière mariée avec M. A, n'est pas présentée en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'article 10 précité du règlement du 26 juin 2013 a été méconnu.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Pour soutenir que l'arrêté portant remise aux autorités italiennes porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A se prévaut de la présence en France de Mme C, qu'il présente comme son épouse, et dont il a reconnu, par un acte du 3 mars 2023, l'enfant à naître, et fait valoir qu'il est atteint de l'hépatite B et ne pourra pas être soigné correctement en Italie. Toutefois, il est constant que l'Italie a expressément accepté la prise en charge de M. A pour l'examen de sa demande d'asile par une décision du 16 janvier 2023, de sorte que la prise en charge de son état de santé, qui n'est pas détaillée dans le certificat médical du 16 février 2023 établi pour que l'intéressé puisse bénéficier, malgré son statut de demandeur d'asile ne justifiant pas d'une résidence en France depuis plus de trois mois, de l'aide médicale d'Etat, pourra être poursuivie dans ce pays. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, les circonstances dont le requérant fait état ne suffisent pas pour considérer que l'arrêté de remise aux autorités italiennes qu'il conteste a été pris en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les éléments avancés ne permettent pas davantage de considérer que la décision critiquée résulte d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. L'Italie étant membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cette présomption n'est toutefois pas irréfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités italiennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
10. M. A soutient qu'en raison des conditions d'hébergement et d'accès aux soins des demandeurs d'asile en Italie, la procédure de remise ne pouvait pas être engagée. Toutefois, en se bornant à soutenir, sans apporter aucune preuve ni aucune précision, qu'il n'a pas fait l'objet d'un traitement médical approprié lors de son séjour en Italie, qu'il bénéficie désormais d'un hébergement en France depuis le 26 janvier 2023, et que son épouse est en situation de grande vulnérabilité, il n'établit pas l'existence de défaillances systémiques dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays, alors au demeurant que les autorités italiennes ont expressément accepté sa prise en charge pour l'examen de sa demande d'asile par une décision du 16 janvier 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 8 doit être écarté.
11. Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".
12. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5, 7 et 10, M. A n'établit pas davantage que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 1er mars 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône portant remise aux autorités italiennes est illégal et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles qu'il présente au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2023.
La magistrate désignée
Signé
A. B
La greffière
Signé
H. Ben Hammouda
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026