mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2302147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ATGER Lucie |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er et 31 mars 2023, M. C D, de nationalité turque, représenté par Me Atger, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la date de sa notification et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;
- son droit à être entendu a été méconnu ;
- le rejet de sa demande d'asile ne lui a pas été notifié, de sorte qu'il détenait le droit de se maintenir sur le territoire français ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par décision du 20 septembre 2022, la présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2023 :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Clerc, substituant Me Atger, représentant M. D, qui fait valoir d'une part que le fils ainé de ce dernier est présent sur le territoire français et demandeur d'asile, qu'il a présenté un recours devant la CNDA contre l'ordonnance d'irrecevabilité, qu'il n'a jamais été entendu par l'OFPRA et n'a pas eu connaissance de la première décision de l'OFPRA notifiée le 24 octobre 2022, d'autre part que l'enregistrement de la demande de réexamen du 13 février 2023 est à l'origine de l'arrêté du même jour contesté dans la présente instance et enfin qu'il renonce au moyen relatif à l'absence de preuve de la notification de la décision du rejet de la demande d'asile ;
- et les observations de M. D, assisté de M. A, interprète en langue turque.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, de nationalité turque et d'origine kurde, qui déclare être entré en France le 15 juin 2022, a fait l'objet d'un arrêté en date du 13 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la date de sa notification et a fixé le pays de destination. Il demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
4. Il ressort du relevé " TelemOfpra " produit en défense, que M. D, convoqué à un entretien dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile devant avoir lieu le 14 octobre 2022, n'a pas été entendu par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), qui a rejeté sa demande d'asile par une décision du 17 octobre suivant. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le requérant, qui a soutenu à l'audience publique sans être contredit n'avoir reçu aucune convocation pour un tel entretien, aurait ensuite été interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour en France, ni sur sa situation personnelle ni même qu'il aurait été informé de ce qu'une procédure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre. Il n'a pas ainsi été mis en mesure de faire connaître ses observations et d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles, notamment en ce qui concerne la décision d'éloignement contestée. Il ne ressort pas, par ailleurs, des pièces du dossier que M. D, qui a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, n'aurait eu aucun élément à faire valoir. Par suite, M. D est fondé à soutenir que l'arrêté dont il demande l'annulation est intervenu à la suite d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu tel qu'il ressort des termes de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne cités au point 3.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le préfet a seulement visé dans son arrêté la décision du 17 octobre 2022, par laquelle l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de M. D. Or il ressort de l'attestation " TelemOfpra " produite en défense que le requérant a formulé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 13 février 2023, soit le même jour que l'arrêté contesté, procédure qui n'a pas été mentionnée dans la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, et quand bien même cette demande a été rejetée pour irrecevabilité par l'Office précité le 17 février 2023, M. D est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant fixation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de M. D au regard des circonstances de droit et de fait existant à la date de cette nouvelle instruction. Il y a lieu d'enjoindre à ce qu'il soit procédé à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve de la renonciation de Me Atger à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Atger en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à l'intéressé.
DECIDE :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 13 février 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve de la renonciation de Me Atger à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Atger la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Me Atger, la même somme lui sera versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Lucie Atger.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 avril 2023.
La magistrate désignée,
Signé
E. BLa greffière,
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026