mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2302157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PAPAPOLYCHRONIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mars et 5 avril 2023, M. A C, représenté par Me Lazaud demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnait le droit d'être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée ce qui révèle un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2023, le préfet des
Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 avril 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :
- le rapport de M. Secchi, magistrat désigné,
- les observation de Me Lazaud pour M. C, assisté de Mme F, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant turc né le 22 décembre 1994, qui déclare être entré sur le territoire français le 4 janvier 2020, a demandé l'asile auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône le 13 janvier 2020. Sa demande d'asile a été rejetée le 14 septembre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er mars 2021. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité, à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Elle disposait d'une délégation de signature reçue par arrêté n°13-2023-02-07-00006 du 7 février 2023 et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2023-037 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision fixant le pays de destination manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. M. C soutient être présent sur le territoire national depuis le 4 janvier 2020, avoir entamé une relation avec une ressortissante française en 2021 avec qui il vît depuis l'année 2022. Cependant, par les pièces qu'il verse à l'instance, le requérant ne démontre ni sa présence habituelle sur le territoire national depuis son arrivée, ni qu'il aurait fixé le centre de sa vie privée et familiale en France, ni ne justifie de la teneur de cette dernière alors que son épouse et ses deux enfants résident toujours en Turquie. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
5. En dernier lieu, aux termes de l'articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Or, il n'est pas contesté que la décision en litige n'a pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, mais seulement de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être qu'écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par M. C à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône l'obligeant à quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder un délai de départ doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
9. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été auditionné par les services de police le 2 mars 2023 au cours de laquelle audition il lui a été loisible faire valoir ses observations et de préciser sa situation ou de faire état d'éléments nouveaux. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu garanti par le principe général du droit de l'Union et l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou que le préfet aurait méconnu le principe du contradictoire. Dans ces conditions, le moyen soulevé sur ce fondement ne peut qu'être écarté.
11. En troisième lieu, la décision du 2 mars 2023 la réglementation applicable à la situation de M. C, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la circonstance qu'il existe un risque que le requérant se soustraie à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision lui refusant un délai de départ volontaire est suffisamment motivé et le moyen doit être écarté.
12. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté litigieux, que le préfet des
Bouches-du-Rhône, qui n'est pas tenu de faire figurer l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles il a fondé sa décision, aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle alors que le préfet ne disposait pas à la date de la décision en litige des pièces produites à l'instance sur son statut d'opposant politique en Turquie.
13. En dernier lieu, M. C soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'était pas informé qu'une précédente mesure d'éloignement avait été prise à son encontre et que le risque de fuite n'est pas caractérisé puisqu'il présente des garanties de représentation. Il ressort cependant des pièces du dossier d'une part que l'obligation de quitter le territoire du 1er mars 2021 doit être regardée comme ayant été valablement notifié le 3 mars 2021 dès lors que M. C ne démontre pas qu'il avait informé la préfecture préalablement à l'adoption de cette décision d'un changement d'adresse. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 4, M. C ne démontre pas résider de façon habituelle à une adresse précise et ne peut dès lors soutenir qu'il présente des garanties de représentation. Les circonstances qu'il dispose d'un livret A créditeur et d'un contrat de travail étant également insuffisantes à cet égard. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par M. C à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône l'obligeant à quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'une mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un étranger un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne, soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités du pays de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée
16. M. C soutient appartenir à la communauté kurde, avoir participé à des réunions organisées notamment par le Parti Démocratique des Peuples (HDP) et par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et avoir critiqué le régime politique turc sur les réseaux sociaux. Si ce risque n'a pas été retenu comme avéré tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) qui ont rejeté sa demande d'asile par deux décisions des 14 septembre 2020 et 1er mars 2021, M. C soutient, dans le cadre de la présente instance, avoir été placé en garde à vue en raison de son engagement politique, avoir fait l'objet de violences et de menaces, qu'un mandat d'arrêt du 26 décembre 2019 portant sur des délits politique a été pris à son encontre par les autorités turques et qu'il risque en ce sens d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans ce pays. Il produit pour en attester, une copie d'un mandat d'arrêt émis par le bureau du procureur général de Kahramanmaras ainsi qu'une attestation du maire de proximité du quartier Namik Kemal situé sur le territoire de la ville de Kahramanmaras, documents traduits en français par un interprète habilité, qui précisent que le requérant est notamment accusé d'être membre des organisations terroristes armées du PKK et du Parti de l'union démocratique (PYD), qu'il se livre à de la propagande terroriste sur des réseaux sociaux, qu'il insulte les dirigeants de l'Etat et que les forces de police se présentent régulièrement à son adresse où résident encore ses parents, sa femme et ses enfants pour faire pression sur eux pour le retrouver. Ces documents, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils auraient été portés à la connaissance de l'OFPRA ou de la CNDA, ainsi que l'allègue au surplus le requérant à l'audience, font état d'éléments précis reprochés à M. C. En produisant ces documents, qu'aucun indice ne permet en l'état de l'instruction de considérer comme des faux ou produits pour les besoins de l'espèce et que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'était ni présent ou représenté lors de l'audience publique du 6 avril 2023, n'a pas utilement contredit, le requérant apporte un élément démontrant de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine du fait des autorités publiques turques à raison de son seul militantisme politique, en méconnaissance des stipulations et des dispositions précitées.
17. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 en tant seulement qu'il désigne le pays dont il a la nationalité comme pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
19. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
20. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. C de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet a retenu que l'intéressé avait déclaré être entré en France depuis 2020 et ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il pourra poursuivre sa vie de famille en Turquie ou résident sa femme et ses deux enfants, qu'il ne justifiait pas de la réalité et de l'ancienneté de sa relation amoureuse en France et qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement. Pour contester cette décision, le requérant soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et que cette décision, dès lors que la ville de Kahramanmaras a été victime d'un violent séisme récemment, le prive de la possibilité de venir travailler en France pour aider ses proches se trouvant sur place. Il ressort cependant des pièces du dossier que d'une part le trouble à l'ordre public ne constitue un motif qui fonde la décision d'interdiction de retour, cette circonstance étant dès lors sans incidence sur la légalité de la décision en litige et d'autre part que cette décision n'a ni pour effet ni pour objet de l'empêcher de travailler hors du territoire national afin de subvenir aux besoin de ses proches. Le requérant n'est ainsi fondé ni à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
21. L'annulation de la seule décision fixant le pays de destination n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent ainsi être rejetées.
Sur les frais du litige :
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, le versement de la somme que M. C demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 mars 2023, en tant seulement qu'il désigne le pays dont M. C a la nationalité comme pays de destination, est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des
Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
L. B
La greffière,
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour une expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026