mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2302346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CAVIGLIOLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2023 et 21 février 2024, M. F A et Mme G C, représentés par le cabinet Berenger-Burtez-Blanc-Doucede, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PC 013005 22 00115 du 26 octobre 2022 par lequel le maire de la commune d'Aubagne a délivré à M. B un permis de construire trois maisons individuelles valant division sur des parcelles cadastrées section AY nos 6 et 7 situées 570 chemin de la Louve ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Aubagne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;
- les prescriptions dont le permis de construire est assorti sont entachées d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit dès lors qu'elles sont trop imprécises ;
- le maire devait surseoir à statuer sur la demande dès lors que le projet est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucun plan ne permet de déterminer l'emprise au sol des bâtiments et la surface des espaces verts, que le document graphique joint au dossier de demande de permis de construire est insuffisant pour apprécier l'insertion paysagère du projet et qu'il ne comprenait pas de photographie de l'environnement proche ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne comprend pas de plan de division et de projet de constitution d'une association syndicale ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le lot n° 4, qui accueille une construction, n'a pas vocation à être bâti ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la largeur du chemin de la Louve est insuffisant pour permettre une desserte satisfaisante du projet ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 4 de ce règlement dès lors que rien n'est prévu pour assurer la gestion des eaux pluviales sur le terrain ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 5 dès lors que le projet ne prévoit pas de planter d'arbres de haute tige ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 7 de ce règlement dès lors que le bâtiment implanté sur le lot n°1 porte atteinte aux conditions d'éclairement de leur propriété ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 8 dès lors que la distance entre les constructions situées sur les lots n°s 2 et 3 est inférieure à 8 mètres ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 9 de ce règlement dès lors que la superficie déclarée des lots est entachée d'incohérence et que les piscines n'ont pas été prises en compte pour le calcul de l'emprise au sol ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 10 de ce règlement dès lors que les façades Ouest des constructions situées sur les lots n°s 1 et 2 sont d'une hauteur supérieure à 7 m et que leur hauteur totale dépasse 9 mètres ;
- il méconnaît les dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UD 11 de ce règlement dès lors que le projet ne s'insère pas dans son environnement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 12 de ce règlement dès lors que le projet ne prévoit que cinq places de stationnement, dont aucune n'apparaît sur le lot n° 4 ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 dès lors que le chemin de la Louve est d'une largeur insuffisante et que le projet, qui est soumis à un risque d'incendie, ne mentionne pas la disponibilité des points d'eau nécessaires aux services de lutte contre l'incendie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2023 et 23 juillet 2024, la commune d'Aubagne, représentée par Me Caviglioli, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A et Mme C une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A et Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2024, M. B représenté par Me Gougot, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de M. A et Mme C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A et Mme C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 janvier 2025, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cabal, rapporteur,
- les conclusions de M. Trébuchet rapporteur public,
- et les observations de Me Claveau, représentant M. A et Mme C, et de Me Caviglioli, représentant la commune d'Aubagne.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 26 octobre 2022, le maire d'Aubagne a délivré à M. B un permis de construire trois maisons individuelles valant division sur des parcelles cadastrées section AY nos 6 et 7 situées 570 chemin de la Louve. Par un courrier reçu le 20 décembre 2022, M. F A et Mme G C ont sollicité le retrait de cet arrêté. Leur recours gracieux a été rejeté par une décision du 12 janvier 2023. M. A et Mme C demandent au tribunal d'annuler cet arrêté, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, adjoint au maire d'Aubagne, a reçu, par arrêté du 30 juillet 2020 reçu le même jour en préfecture, délégation du maire pour signer la décision attaquée. Le maire d'Aubagne a attesté du caractère exécutoire de cet arrêté compte tenu de son affichage le 30 juillet 2020 et de sa publication au recueil des actes administratifs de la commune. Ces mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, non rapportée en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. () / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ". En outre, aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée. ". L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
4. Les motifs d'une décision accordant un permis de construire assorti de prescriptions, peuvent résulter directement du contenu même de ces prescriptions. Il résulte de l'arrêté en litige qu'il assortit, en son article 2, l'autorisation d'urbanisme de prescriptions par lesquelles le maire s'est approprié les avis rendus par l'Eau des Collines, gestionnaire des réseaux d'eau et d'assainissement, et d'ENEDIS annexés au permis de construire et a prescrit la réalisation d'un " ouvrage de rétention des eaux pluviales sur le terrain de la demande ". La motivation exigée par les dispositions de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme résulte directement du contenu de ces prescriptions qui présentent, contrairement à ce que soutiennent M. A et Mme C, un caractère précis et limité. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ()". Aux termes de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". Il résulte de ces dispositions qu'un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir, et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.
6. Il est constant qu'à la date à laquelle a été délivré le permis de construire en litige, le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables avait eu lieu et que les travaux d'élaboration du plan local d'urbanisme d'Aubagne étaient suffisamment avancés. Il est également constant que le terrain en litige devait être classé en zone UD correspondant à une zone d'habitat pavillonnaire, identique au classement en vigueur à la date de l'arrêté du 26 octobre 2022. Les circonstances que le règlement du futur plan local d'urbanisme impose une emprise au sol limitée à 10 % de la surface du terrain et 70 % d'espaces verts, alors que le projet prévoit une emprise au sol de 23 % et une surface d'espaces verts de 51 %, ne sont pas de nature, à elles seules, en raison de leur impact limité, à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme ou à le rendre plus onéreux. En outre, les requérants n'assortissent leur allégation tirée de ce que le projet ferait obstacle à la mise en œuvre de l'orientation d'aménagement et de programmation " cycle de l'eau " d'aucune précision de nature à permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le maire d'Aubagne a pu décider de délivrer le permis de construire en litige sans surseoir à statuer.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ;d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le plan de masse joint à la demande de permis de construire, qui est coté et à l'échelle, permet d'apprécier l'emprise au sol des constructions projetées ainsi que la surface des espaces verts.
9. D'autre part, le document graphique permet de prendre connaissance de l'insertion du projet dans son environnement. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier joint à la demande comprend une photographie de l'environnement proche.
10. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doivent être écartés.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. " Aux termes de l'article R. 442-1 du code de l'urbanisme : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : () / d) Les divisions de terrains effectuées conformément à un permis de construire prévu à l'article R*431-24 ; () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet doit faire l'objet d'une division en quatre lots et que sont prévus une voie et un bassin de rétention communs.
13. D'une part, la circonstance que l'un des quatre lots dont la division a été autorisée par le permis de construire en litige ne soit pas destiné à être construit dès lors que s'y implante une maison existante est sans incidence sur la légalité du permis de construire en litige.
14. D'autre part, si un plan de division a bien été joint à la demande de permis de construire, cette demande ne comprenait pas le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs, alors qu'il n'est pas allégué que les espaces communs doivent être soumis au statut de la copropriété ou que la société pétitionnaire avait conclu avec la commune d'Aubagne ou l'établissement public de coopération intercommunal compétent une convention prévoyant son transfert dans le domaine de cette collectivité après achèvement des travaux. Aucun document joint à la demande de permis de construire ne permet de pallier cette insuffisance. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme doit être accueilli.
15. En sixième lieu, aux termes les dispositions de l'article 3 applicable en zone UD du PLU d'Aubagne : " Les accès doivent être adaptés aux usages et aux besoins de l'opération, de la construction ou de l'aménagement desservi ainsi qu'au trafic sur la voie de desserte. / Les accès doivent permettre l'entrecroisement des véhicules. Les accès ne doivent pas présenter de risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès, notamment au regard de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () ".
16. Dès lors que ces dispositions règlementent les seules caractéristiques des accès au projet, et non de la voie de desserte, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le chemin de la Louve serait insuffisant pour permettre une desserte satisfaisante du projet.
17. En septième lieu, aux termes de l'article 4 applicable en zone UD du PLU d'Aubagne : " " Dans le cadre des aménagements, il convient : / d'éviter le rejet direct des eaux de toitures, cours et terrasses, ou plus globalement de projets, sur le domaine public ou dans tout réseau pluvial ; / de favoriser le ralentissement et l'étalement des eaux de ruissellement des surfaces imperméabilisées ou couvertes ; / de favoriser la mise en place de techniques alternatives d'aménagements destinées à réduire le taux d'imperméabilisation global du projet (trottoirs enherbés, structures alvéolaires,) ; / d'envisager la mise en place de dispositifs de récupération des eaux de pluie (cuve en descente de toiture, bassin en fond de jardin, puits drainant,). / En complément de ces dispositions, les règles de dimensionnement des ouvrages peuvent être imposées, selon les zones, par les services compétents. ".
18. Il ressort des pièces du dossier qu'a été jointe à la demande de permis de construire une notice hydraulique précisant les modalités de traitement des eaux pluviales. M. A et Mme C, qui se bornent à soutenir que " le projet ne prévoit rien sur le terrain d'assiette concernant la gestion des eaux pluviales ", n'établissent pas que cette notice serait insuffisante. Au demeurant, les dispositions précitées ne revêtent pas un caractère impératif mais constituent des recommandations, susceptibles le cas échéant de donner lieu à des prescriptions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
19. En huitième lieu, aux termes de l'article 5 applicable en zone UD du PLU d'Aubagne : " Les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations équivalentes. Il est en outre exigé, au minimum, la présence d'un arbre de haute tige pour 100 m2 d'espaces libres du terrain d'assiette du projet. Les arbres existants conservés, transplantés ou remplacés sont pris en compte dans ce calcul. () ". Le lexique de ce règlement précise que : Pour les arbres à conserver ou compenser, un arbre de haute tige est un arbre d'une hauteur minimum de 3 mètres de haut, avec un ou plusieurs troncs de 0,20 mètre de circonférence à 1 mètre du collet de l'arbre ".
20. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice architecturale jointe à la demande de permis de construire, que les arbres présents sur le terrain, dont il n'est pas utilement contesté qu'ils sont des arbres de haute tige, ont vocation à être maintenus. Dans ces conditions, alors qu'il existe plus d'un arbre par tranche de 100 m² d'espaces libres, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article 5 applicable en zone UD sont méconnues.
21. En neuvième lieu, aux termes de l'article 7 applicable en zone UD du PLU d'Aubagne : " Nonobstant les dispositions du présent article, les constructions en limite séparative peuvent être refusées si elles ont pour effet de porter atteinte aux conditions d'éclairement d'une construction voisine ou à l'aspect du paysage urbain, notamment à leur insertion dans le bâti environnant. ".
22. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le bâtiment implanté sur lot n° 1 ne s'implante pas en limite séparative de leur propriété. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.
23. En dixième lieu, aux termes de l'article 8 applicable en zone UD du PLU d'Aubagne relatif à l'implantation des constructions sur une même propriété : " Les constructions non contigües doivent être édifiées de telle manière que la distance horizontale de tout point d'un bâtiment au point le plus proche de l'autre bâtiment soit au moins égale à 8 mètres. / Cette disposition ne s'impose pas aux constructions techniques et annexes liées à la construction initiale. ". Le lexique du règlement dispose que constitue une construction annexe une " Construction ayant un caractère accessoire au regard de la destination de la construction principale et lui étant accolée ou non, telle que : garage, abris de jardin, cellier, pool-house "
24. Il ressort des pièces du dossier que, conformément à ces dispositions, la distance entre le bâtiment implanté sur le lot n° 2 et celui implanté sur le lot n° 3 doit être mesurée à partir de la construction principale et non du garage qui lui est accolé. Dans ces conditions, la distance entre les deux constructions projetées est supérieure à 8 mètres. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
25. En onzième lieu, aux termes de l'article 9 applicable en zone UDdu PLU d'Aubagne : " 9.1 - L'emprise au sol des constructions est limitée à : () / 30% en UD2 ; () ". Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme précise que les bassins des piscines sont exclus du calcul de l'emprise au sol.
26. D'une part, dès lors que les piscines sont explicitement exclues du calcul de l'emprise au sol par les dispositions précitées, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'elles n'ont pas été prises en compte.
27. D'autre part, à supposer même que la surface cadastrale de l'unité foncière soit de 2 205 m² et non de 2 210 m², cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'autorisation en litige dès lors que les requérants ne contestent pas utilement que 1 904,60 m² se situent en zone UD constructible, de sorte que la totalité des constructions, existantes et projetées, seront d'une emprise au sol de 443,20 m², soit 23 % de cette surface.
28. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 applicable en zone UD doit être écarté.
29. En douzième lieu, aux termes de l'article 10 applicable en zone UD du PLU d'Aubagne : " La hauteur des constructions se mesure à partir du terrain naturel, en tout point de la construction jusqu'à l'égout du toit ou jusqu'au sommet de l'acrotère. / 10.2 - Sauf prescriptions graphiques de hauteur spécifiques indiquées sur les documents graphiques, la hauteur de façade (HF) des constructions ne peut excéder 7 mètres et la hauteur maximale des constructions ne peut excéder 9 mètres. () ". Il résulte de ces dispositions que la hauteur de la construction doit être mesurée, non en se bornant à constater la hauteur totale de la construction, mais de manière glissante, en tenant compte des retraits éventuels de la façade.
30. En l'espèce, les constructions prévues sur les lots nos 1 et 2, qui s'implantent dans un terrain en forte pente, présentent plusieurs retraits successifs de leurs façades. S'il ressort des pièces du dossier qu'entre chaque élément de façade et le terrain naturel, les hauteurs de façade et totale du bâtiment prévu sur le lot n° 2 sont respectivement inférieures à 7 mètres et à 9 mètres, tel n'est pas le cas en ce qui concerne le bâtiment prévu sur le lot n° 1 dès lors que la demande ne comprend pas de plan de coupe faisant apparaître l'état initial du terrain avant sa modification en ce qui concerne cette construction. Il suit de là que, en l'état des pièces du dossier, le moyen tiré de la méconnaissance les dispositions de l'article 10 applicables en zone UD doit être accueilli.
31. En treizième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article 11 applicable en zone UD du PLU d'Aubagne : " Tout projet doit respecter des prescriptions spéciales pour les constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier qui, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions, ou leur aspect extérieur, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Tout projet doit prendre en compte les spécificités qualifiant le paysage et le tissu urbain environnant, dans son implantation, son orientation et sa volumétrie et proposer une réponse aux enjeux climatiques (protection contre le vent et optimisation de l'ensoleillement). D'une manière générale, l'artificialisation des sols est limitée, dans un souci d'économie de l'espace et d'écoulement naturel des eaux de ruissellement. () ". Ces dispositions du plan local d'urbanisme ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que le juge doit apprécier, au terme d'un contrôle normal, la légalité de la décision contestée.
32. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.
33. Il résulte du règlement du plan local d'urbanisme d'Aubagne que la zone UD " est consacrée aux quartiers d'habitat pavillonnaire et privilégie l'habitat individuel " et que la sous-zone UD2 admet " des densités différentes " et peut " accueillir des projets d'habitation de formes diverses ". Il ressort des pièces du dossier que les abords immédiats du projet sont composés de maisons individuelles, implantées est en ordre disparate, qui ne présentent pas d'intérêt architectural particulier. Le projet contesté, composé de trois maisons individuelles d'architecture moderne, est d'une hauteur limitée. En outre, le traitement de ses façades et sa toiture en " tuiles de types canal d'aspect vieilli " rappelle l'aspect des constructions avoisinantes. Par suite, dès lors que les requérants se bornent à soutenir que le projet ne s'insère pas dans son environnement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme doivent être écartés.
34. En quatorzième lieu, aux termes de l'article UD 12 du règlement du plan local d'urbanisme d'Aubagne : " 12.2 - Modalités de calcul des places de stationnement / Dès lors que la norme de stationnement est exprimée par tranche (surface de plancher) ou par place, la place de stationnement est comptabilisée par tranche complète ou par place. Pour le calcul du nombre de places de stationnement réglementairement exigé, il convient d'arrondir au nombre supérieur dès que la première décimale est supérieure ou égale à 0,5. () / 12.3 - Normes de stationnement pour les véhicules / Constructions à destination d'habitation : 1 place/50 m² de surface de plancher ; () ".
35. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création de 410,90 m² de surface plancher et devait donc comprendre, en application des dispositions précitées, huit places de stationnement. Il ressort de ces mêmes pièces, et notamment de la notice jointe à la demande de permis de construire, que onze places sont prévues. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 12 manque en fait et doit être écarté.
36. En quinzième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
37. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet est desservi par le chemin de la Louve, voie rectiligne à double sens de circulation dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il présenterait des problématiques de visibilité. En outre, la construction de trois maisons individuelles n'entraînera qu'une augmentation modérée de la circulation sur ce chemin.
38. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il résulte du " plan incendie " joint à la demande de permis de construire qu'une borne d'incendie se trouve à proximité du projet. Dans ces conditions, les requérants, qui n'assortissent leurs moyens d'aucune précision, n'établissent pas que le projet est susceptible d'entraîner un risque pour la sécurité publique au seul motif qu'il s'implante dans une zone soumise à un aléa d'incendie moyen à faible.
39. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
Sur la mise en œuvre de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
40. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
41. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à soutenir que le projet autorisé méconnaît les dispositions des articles 431-24 du code de l'urbanisme et UD 10 du plan local d'urbanisme, pour les motifs énoncés aux points 14 et 30.
42. Ces vices, qui n'impliquent pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, étant susceptibles d'être régularisés, il y a lieu en conséquence, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 en tant seulement qu'il méconnaît les dispositions des articles 431-24 du code de l'urbanisme et UD 10 du plan local d'urbanisme.
43. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à six mois le délai imparti pour la régularisation du permis de construire délivré par la commune d'Aubagne à M. B.
Sur les frais liés au litige :
44. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Aubagne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de M. A et Mme C. Ces derniers ne présentant pas la qualité de parties perdantes, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à leur charge.
D E C I D E :
Article 1er : Le permis de construire n° PC 013005 22 00115 du 26 octobre 2022 est annulé en tant qu'il méconnaît les dispositions des articles 431-24 du code de l'urbanisme et UD 10 du plan local d'urbanisme.
Article 2 : Un délai de six mois est imparti à M. B pour la régularisation de son permis de construire.
Article 3 : La commune d'Aubagne versera à M. F A et à Mme G C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Aubagne et par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Mme G C, à la commune d'Aubagne et à M. E B.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Trottier, président,
M. Cabal, premier conseiller,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
P.Y. CABAL
Le président,
Signé
T. TROTTIER
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026