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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302488

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302488

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, Mme C A, assignée à résidence, représentée par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les deux arrêtés du 13 mars 2023 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités suisses et l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté de transfert aux autorités suisses est entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de l'article 17 du règlement le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Alesanco, avocate, substituant Me Gilbert et représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, que la requérante a besoin de soins journaliers et ne peut dès lors s'absenter du territoire français, que les informations transmises par les autorités françaises aux autorités suisses quant aux soins médicaux de la requérante sont peu précises et les autorités suisses n'en ont pas accusé réception et que le transfert de la requérante auprès des autorités suisses a déjà fait l'objet d'une annulation par le tribunal.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise de 43 ans, serait entré en décembre 2022 sur le territoire français. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile le 16 janvier 2023. Par deux arrêtés du 13 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités suisses et l'a assignée à résidence. Mme A demande au tribunal de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, d'annuler les deux arrêtés du 13 mars 2023 et d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de la tardiveté de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision de transfert est notifiée avec une décision d'assignation à résidence édictée en application de l'article L. 751-2, ou une décision de placement en rétention édictée en application de l'article L. 751-9, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la décision ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la partie de l'arrêté de transfert attaqué comportant les voies et délais de recours a été notifiée à Mme A le 13 mars 2023 à 10 heures 10. La requête ayant été enregistrée le 15 mars 2023 à 10 heures 03, la requérante a saisi le tribunal dans le respect du délai prévu par l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à faire valoir que la requête est tardive. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a constaté le 23 janvier 2023 que, d'une part, Mme A souffrait du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et était en rupture de traitement et, d'autre part, souffrait également de la maladie de Basedow. Elle a commencé à bénéficier d'un traitement quotidien contre le VIH à compter du 24 janvier 2023 et la maladie de Basedow a été confirmée lors d'une consultation au sein du service d'immuno-hématologie clinique des Hôpitaux universitaires de Marseille (AP-HM) le 26 janvier 2023. Si l'arrêté de transfert attaqué mentionne que les autorités suisses ont été informées le 3 mars 2023 que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale spécifique, cette indication à elle seule n'établit pas que l'administration a éliminé tout doute sérieux concernant l'impact du transfert sur l'état de santé de la requérante et il ne résulte par ailleurs d'aucune pièce au dossier que l'administration aurait procédé à un examen particulier de la situation de Mme A à ce titre. Par ailleurs, aucun élément ne garantit que son transfert puisse avoir lieu dans des conditions permettant de préserver de manière appropriée et suffisante son état de santé et que le suivi médical dont elle fait l'objet ne sera pas interrompu par la mesure de transfert en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé du transfert de Mme A aux autorités suisses doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du même jour, privée de base légale, portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ".

9. Le présent jugement, qui annule l'arrêté de transfert attaqué implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une attestation de demandeur d'asile à compter de la notification de ce jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme A étant admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Gilbert, avocate de Mme A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les deux arrêtés du 13 mars 2023 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé du transfert de Mme A aux autorités suisses et l'a assignée à résidence sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une attestation de demandeur d'asile à compter de la notification de ce jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Gilbert, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Flora Gilbert et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. BLa greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière,

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