Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mars 2023, M. A... B..., représenté par Me Balladur, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Carry-le-Rouet l’a placé en disponibilité d’office à compter du 27 octobre 2022 dans l’attente de sa réintégration ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Carry-le-Rouet la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune devait le réintégrer au plus tard le 10 mai 2012, date de la déclaration d’une troisième vacance de poste, en application de l’article 72 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ; alors qu’il se trouvait déjà en situation de disponibilité lorsque le maire de Carry-le-Rouet a pris l’arrêté en litige, l’autorité territoriale n’était pas compétente pour le « maintenir en disponibilité » ;
- compte tenu de la réintégration à laquelle il avait droit à compter du 10 mai 2012 et dont il n’a pas bénéficié, l’arrêté attaqué est illégal en ce qu’il prévoit l’absence de rémunération.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, la commune de Carry-le-Rouet, représentée par Me Walgenwitz, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B... la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n’y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que par un arrêté du 20 juin 2023, l’agent a été réintégré dans les effectifs de la commune à compter du 1er juillet suivant ;
- l’autorité de la chose jugée s’oppose à ce que le tribunal statue de nouveau sur la réintégration de M. B... ;
- les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Ginesy, représentant la commune de Carry-le-Rouet.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 31 mai 2007, M. B..., agent administratif au sein des services de la commune de Carry-le-Rouet, a été placé à sa demande en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 15 juin 2007 pour une durée d’un an qui a été renouvelée deux fois. Par une lettre du 14 novembre 2009, il a demandé à être réintégré dans les effectifs de la commune au 15 juin 2010. Par une lettre du 20 novembre 2009, la commune l’a informé que son droit à réintégration dans un emploi correspondant à son grade s’exercerait à l’une des trois premières vacances d’emploi. En l’absence de réintégration au 15 juin 2010, M. B... a été placé en disponibilité par un arrêté du 21 juin 2010 et maintenu dans cette position. Par une lettre du 2 septembre 2019, il a renouvelé sa demande de réintégration. Par une lettre du 27 octobre 2022, M. B... a de nouveau sollicité sa réintégration dans les effectifs de la commune, ainsi que la réparation des préjudices subis au cours de la période allant du 1er août 2019 au 30 septembre 2022. Par un arrêté du 16 janvier 2023, le maire de la commune de Carry-le-Rouet l’a placé en disponibilité d’office à compter du 27 octobre 2022 dans l’attente de sa réintégration. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur l’étendue du litige :
Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l’introduction de la requête, par un arrêté du 20 juin 2023 intervenu en cours d’instance, le maire de la commune de Carry-le-Rouet a procédé à la réintégration de M. B... au 1er juillet 2023. Toutefois, l’acte attaqué, abrogé par une décision prise en cours d’instance, a reçu exécution pendant la période durant laquelle il était en vigueur. Par suite, l’exception de non-lieu à statuer opposée en défense ne peut qu’être écartée.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
Aux termes de l’article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur et dans sa rédaction version applicable au litige : « La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d’origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l’avancement et à la retraite. / (…) / Le fonctionnaire mis en disponibilité, soit d’office à l’expiration des congés institués par les 2°, 3° et 4° de l’article 57 de la présente loi, soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l’expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l’article 67 de la présente loi. Dans les autres cas, si la durée de la disponibilité n’a pas excédé trois années, une des trois premières vacances dans la collectivité ou l’établissement d’origine doit être proposée au fonctionnaire ».
Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu’il a été dit, M. B... a été placé en disponibilité à compter du 15 juin 2010 par un arrêté du 21 juin 2010. Le placement dans cette position par un arrêté, sans limitation dans le temps, faisait suite à sa demande de réintégration du 14 novembre 2009, rejetée par l’administration. Par l’arrêté attaqué, M. B... a été, à compter du 27 octobre 2022, « maintenu en disponibilité d’office dans l’attente d’une réintégration dans un emploi de son grade ».
En premier lieu, M. B... soutient qu’alors qu’il se trouvait déjà en situation de disponibilité lorsque le maire de Carry-le-Rouet a pris l’arrêté en litige, l’autorité territoriale n’était pas compétente pour le « maintenir en disponibilité ». Toutefois, ce moyen n’est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d’en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, en application de l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, le maire est l’autorité compétente pour prendre l’ensemble des actes de gestion du personnel de la commune, sous réserve de déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. Le maire était ainsi compétent pour édicter l’arrêté contesté et le moyen doit être écarté.
En second lieu, le requérant soutient que l’arrêté attaqué serait illégal dans la mesure où il prévoit qu’il ne percevra pas de rémunération pendant son maintien en disponibilité d’office. Or, dès lors que seuls les agents en position d’activité ont droit, après service fait, à une rémunération, ce moyen ne peut, en tout état de cause, qu’être écarté.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par M. B... soit mise à la charge de la commune de Carry-le-Rouet, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. B... la somme que réclame la commune sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Carry-le-Rouet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la commune de Carry-le-Rouet.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
E. FelmyLa greffière,
Signé
S. Gonzales
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,