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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302743

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302743

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLANTELME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, M. D A, représenté par Me Lantelme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 400 euros à Me Lantelme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne la menace grave à l'ordre public qu'il représenterait ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Simeray a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a expulsé du territoire français M. A, ressortissant ivoirien, et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C B, directeur des migrations, de l'intégration et de la nationalité, titulaire d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment les notifications des procédures d'expulsion, consentie par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les articles L. 631-1, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait état des faits justifiant l'expulsion de M. A du territoire français ainsi que des éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Il comporte ainsi, et de manière suffisamment précise, les considérations de droit et de fait constituant son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".

5. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 20 septembre 2018 par la cour d'assises de l'Essonne à neuf ans d'emprisonnement ainsi qu'un suivi socio-judiciaire pendant trois ans pour des faits de viols commis à deux reprises le 29 juillet 2016 et le 26 novembre 2017 sur deux femmes. Le requérant, incarcéré depuis 2016, se prévaut de la mesure de suivi socio-judiciaire qui a été ordonnée à sa sortie de prison, mais ne produit aucun document permettant d'attester qu'il aurait débuté un parcours de soins en prison ni aucun élément relatif à des garanties de réinsertion sociale à sa sortie, ce qui a d'ailleurs été relevé par la commission départementale d'expulsion dans l'avis émis le 12 janvier 2023, favorable à son expulsion. Dans ces conditions, et compte tenu de la gravité des faits commis en 2016, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. A sur le sol français constituait une menace grave pour l'ordre public.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A, né en 1977, se prévaut de sa présence en France depuis 2002, au demeurant non établie, ainsi que de celle de ses trois enfants français mineurs nés respectivement en 2007, 2015 et 2017, de deux mères différentes. Toutefois, le requérant, célibataire, ne démontre pas qu'il contribuerait à l'éducation ou l'entretien de ces enfants, lesquels résident en région parisienne, ni même qu'il entretiendrait des liens avec eux, le dernier étant d'ailleurs né alors qu'il était incarcéré. Le requérant, qui justifie seulement avoir travaillé entre 2014 et 2016, avant son incarcération, ne présente pas de garantie sérieuse de réinsertion professionnelle ou sociale. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en côte d'Ivoire et où il a vécu jusque l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, compte tenu de la menace qu'il représente pour l'ordre public, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.

La rapporteure,

Signé

C. SimerayLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

Le greffier,

Signé

L. Bardoux-Jarrin

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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