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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302876

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302876

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, M. E, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il ne présente aucune menace pour l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Laso a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant nigérian né en 1980, a sollicité le 3 octobre 2022 un titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié. Cette demande a fait l'objet d'un arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. E demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E. En particulier, il rappelle les circonstances de l'entrée et du séjour de l'intéressé en France, ainsi que sa situation personnelle et familiale. Dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation du requérant, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

5. M. E ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français en litige, dès lors que l'administration, qui a suffisamment motivé la décision relative au séjour était, de ce seul fait, dispensée de la motiver de manière distincte, en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : / () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. En l'espèce, M. E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour rejeter cette demande, le préfet des Bouches-du-Rhône a relevé que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné, le 16 janvier 2019, par le tribunal correctionnel de Nice, à 18 mois d'emprisonnement pour transport et détention non autorisée de stupéfiants, détention de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant) sans document justificatif régulier, importation en contrebande de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant) et, le 7 juin 2022, par le tribunal correctionnel de Marseille à 5 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant 2 ans pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours. Eu égard au caractère récent des infractions commises et à leur gravité, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu à bon droit estimer que le comportement de M. E constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, quand bien même le requérant remplirait les conditions de délivrance de la carte de résident en qualité de parent d'enfant reconnu réfugié, le préfet était fondé à lui refuser, pour ce seul motif, la délivrance d'un tel titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France le 18 septembre 2017 accompagné de son ancienne épouse, Mme A B, avec laquelle il a eu trois enfants, D né le 16 décembre 2014 au Nigéria, C née le 26 avril 2018 à Marseille et Prosper né le 20 octobre 2020 à Marseille. Les demandes d'asile déposées par M. E ont été rejetées par l'OFPRA les 17 septembre 2019 et 7 août 2020, ainsi que par la CNDA les 26 novembre 2019 et 27 mars 2021. La fille du requérant, C, s'est en revanche vue reconnaître la qualité de réfugiée, par une décision de la CNDA du 30 mars 2021, du fait d'un risque de persécution en cas de retour au Nigéria en raison de son appartenance au groupe social des filles non excisées. A la suite de cette décision, la mère de la jeune C a obtenu la délivrance d'une carte de résident en qualité de parent d'enfant reconnu réfugié. Si M. E soutient que ses attaches personnelles et familiales sont désormais fixées en France, les deux seules attestations datées du 10 février 2023 et du 17 mars 2023, établies respectivement par son ex-conjointe et par deux travailleurs sociaux, indiquant qu'il s'occupe de ses enfants en les accompagnant à la crèche, à l'école, au parc et en leur achetant des habits et de la nourriture, sont toutefois insuffisantes pour établir l'étroitesse et la régularité des relations ainsi entretenues. En outre, M. E ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, le Nigéria, où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Enfin, le requérant ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française alors qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 29 juin 2021 et a été condamné pénalement. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions qui les concernent.

11. Compte tenu des éléments relatifs à la vie privée et familiale de M. E exposés au point 9 et alors que l'arrêté attaqué n'a pas pour effet d'empêcher le requérant de revenir séjourner en France auprès de ses enfants en sollicitant la délivrance d'un visa, le moyen tiré de l'atteinte portée aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à la condamnation de l'État sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de Mme Serbellone, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

J-M. LASOL'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. NIQUET

La greffière,

Signé

A. SERBELLONE

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière

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