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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302935

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302935

mercredi 5 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJUAN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille a été saisi par le préfet des Bouches-du-Rhône d’un recours en excès de pouvoir visant à l’annulation partielle d’un permis de construire délivré par le maire de Mallemort à un exploitant agricole pour une maison individuelle et un garage en zone agricole. Le tribunal a rejeté les fins de non-recevoir soulevées par la commune, jugeant le recours recevable. Sur le fond, il a annulé le permis en tant qu’il autorisait la maison et le garage, au motif que ces constructions ne sont pas nécessaires à l’exploitation agricole et ne relèvent pas des exceptions prévues par les articles L. 151-11, L. 151-12 et R. 151-23 du code de l’urbanisme, ni des dispositions du règlement du plan local d’urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 28 mars 2023, et un mémoire complémentaire du 18 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 17 novembre 2022 en tant que le maire de Mallemort a accordé à M. B... A... un permis de construire n°PC013.053.22.P.0031 une maison individuelle et un garage.

Il soutient que l’arrêté en tant qu’il accorde un permis de construire une maison individuelle et un garage méconnait les dispositions de l’article R. 151-23 du code de l’urbanisme et les dispositions de l’article A2 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Mallemort.


Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, la commune de Mallemort, représentée par Me Juan, conclut au rejet du déféré et demande la mise à la charge de l’Etat de la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le préfet est irrecevable à agir contre la commune de Mallemort dès lors que son maire n’est pas l’auteur de l’arrêté non daté ;
- la requête tardive est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à M. B... A... les 29 mars, 18 avril et 25 juillet 2023, lequel n’a pas présenté d’observation.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Lopa-Dufrénot, présidente rapporteure,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- et les observations de Me Juan, représentant la commune de Mallemort.


Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 novembre 2022, le maire de Mallemort a accordé à M. B... A..., exploitant agricole, un permis de construire une maison individuelle d’une surface de plancher de 147 m², un garage de 25,5 m² ainsi qu’un hangar agricole de 650 m² abritant une chambre froide et deux bureaux sur une parcelle cadastrée section C n° 1391. Cet acte ayant été transmis au contrôle de légalité, le sous-préfet de l’arrondissement d’Aix-en-Provence a exercé auprès de la commune de Mallemort, le 21 décembre 2022, un recours gracieux, reçu le 23 décembre et implicitement rejeté. Le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 17 novembre 2022 en tant que le maire de Mallemort a accordé à M. A... un permis de construire une maison individuelle et un garage.


Sur la recevabilité :

2. D’une part, en dépit de l’erreur matérielle portant sur le numéro du permis de construire cité dans son déféré et dont la mention a été rectifiée par un mémoire complémentaire, le préfet, ainsi qu’il résulte tant des termes de sa requête que des pièces produites à l’instance, notamment l’arrêté du maire de Mallemort du 17 novembre 2022 et du dossier de la demande de permis de construire présentée par M. A..., demande l’annulation de cet arrêté. D’autre part, le délai de recours contentieux ayant couru à compter de la décision implicite du maire de Mallemort rejetant le recours gracieux du sous-préfet n’était pas expiré à la date d’enregistrement du déféré du préfet le 28 mars 2023. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être écartée.




Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. Aux termes de l’article L. 151-11 du code de l’urbanisme : « Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : 1° Autoriser les constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages ; 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site.(…)». Aux termes de l’article L. 151-12 du même code : « Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières et en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments d'habitation existants peuvent faire l'objet d'extensions ou d'annexes, dès lors que ces extensions ou annexes ne compromettent pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le règlement précise la zone d'implantation et les conditions de hauteur, d'emprise et de densité de ces extensions ou annexes permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. Les dispositions du règlement prévues au présent article sont soumises à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. ». Aux termes de l’article R. 151-22 du même code « Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ». Aux termes de l’article R. 151-23 du même code : « Peuvent être autorisées, en zone A : 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci ». En outre, aux termes de l’article A.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mallemort : « Dans la zone A, hors sous-secteur Ap et Ae, sont autorisées sous conditions, les occupations du sol suivantes : les constructions et installations nécessaires à l’exploitation agricole : les bâtiments techniques (hangars, remises…) et leur extension ; les constructions à usage d’habitation, sous réserve de démontrer la nécessité pour son occupant d’être logé sur l’exploitation agricole. Le logement ne devra pas dépasser 150 m² de surface de plancher et devra être implanté de manière à former un ensemble cohérent avec les autres bâtiments de l’exploitation ; […] »

4. Le lien de nécessité exigé par les dispositions du plan local d’urbanisme de Mallemort, exposées ci-dessus, qui doit faire l’objet d’un examen au cas par cas, s’apprécie entre, d’une part, la nature et le fonctionnement des activités de l’exploitation agricole et, d’autre part, la destination de la construction ou de l’installation projetée. Lorsque la construction envisagée est à usage d’habitation, il convient d’apprécier le caractère indispensable de la présence permanente de l’exploitant sur l’exploitation au regard de la nature et du fonctionnement des activités de l’exploitation agricole.

5. Il résulte des pièces du dossier que le projet, objet du permis déféré consiste notamment en la construction d’une maison individuelle de 147 m² et d’un garage de 25,5 m², outre un hangar agricole de 650 m² abritant une chambre froide et deux bureaux sur un terrain classé en zone agricole où l’exploitation représente 13,6 hectares. M. A... y poursuit une activité, dont la nature agricole n’est pas contestée, de maraichage, avec la culture de légumes, de melons, de racines et de tubercules. D’une part, les circonstances invoquées par la commune, tenant à la grande taille de l’exploitation agricole de M. A..., laquelle comporte un espace de vente directe aux consommateurs, au fonctionnement du système d’arrosage, au rythme des récoltes et à la livraison des fournitures nécessaires à l’exploitation, ne sauraient cependant suffire à démontrer que la présence permanente et rapprochée de l’intéressé sur son exploitation, laquelle est une exploitation maraichère, présente un caractère indispensable de nature à justifier la construction d’une maison d’habitation et d’un garage à proximité immédiate de l’exploitation. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l’habitation actuelle de M. A... se situe à 1,4 kilomètres de son exploitation agricole. D’autre part, si la commune de Mallemort se prévaut de l’avis favorable de la commission départementale de préservation des espaces naturels agricoles et forestiers, il ressort des dispositions de l’article L. 151-12 du code de l’urbanisme précité que cet avis porte sur le règlement du plan local d’urbanisme qui précise les zones d’implantation des bâtiments dans les espaces précités et non sur les demandes d’autorisation d’urbanisme. Aussi, alors même que la commission du conseil pour l’habitat agricole en méditerranée Provence (CHAMP) a émis un avis favorable le 31 octobre 2022 à la demande d’autorisation en litige, en délivrant à M. A... un permis de construire une maison individuelle et un garage, le maire de Mallemort a entaché d’illégalité l’arrêté en litige.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Bouches-du-Rhône est fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué en tant qu’il autorise la construction d’une maison d’habitation et d’un garage.


Sur les frais liés à l’instance :

7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Mallemort demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en ce compris les droits de plaidoirie.








D É C I D E :








Article 1er : L’arrêté du maire de Mallemort du 17 novembre 2022 est annulé en tant qu’il a autorisé M. B... A... à procéder à la construction d’une maison d’habitation et d’un garage.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mallemort tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, à la commune de Mallemort et à M. B... A....

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa-Dufrénot, présidente rapporteure,
Mme Coppin, première conseillère,
Mme Ridings, conseillère,
Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 5 novembre 2025.

La présidente rapporteure,
signé
M. Lopa Dufrénot
L’assesseure la plus ancienne,
signé
C. Coppin

Le greffier,

signé

Brémond

La République mande et ordonne à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.

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