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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303028

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303028

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFERCHICHI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a examiné la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant le refus du préfet des Bouches-du-Rhône d’autoriser le regroupement familial pour son épouse. Le tribunal a jugé que le recours devait être regardé comme dirigé tant contre la décision initiale de refus du 13 octobre 2022 que contre le rejet du recours gracieux du 6 février 2023. Sur le fond, il a appliqué l’article 4 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l’article R. 411-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour apprécier la suffisance des ressources de M. A sur la période de référence de douze mois précédant sa demande. La solution retenue n’est pas précisée dans l’extrait fourni, mais le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l’insuffisance de motivation et l’erreur d’appréciation des ressources.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2023 et le 13 mai 2024, M. B A, représenté par Me Ferchichi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 février 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours gracieux contre la décision du 13 octobre 2022 refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à sa demande dans un délai de quinze jours à compter du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Ferchichi en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire, en l'absence de mention de sa qualité ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses ressources au regard de l'article 4 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Simeray a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, a sollicité l'introduction en France de son épouse, une compatriote, au titre du regroupement familial. Par une décision du 13 octobre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande, au motif qu'il ne justifie pas de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, rejeté par une décision du 6 février 2023. Il demande au tribunal l'annulation de la décision du 6 février 2023.

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être regardées comme étant aussi dirigées contre la décision du 13 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont également applicables aux ressortissants algériens dès lors qu'elles sont compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ".

5. Le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance, au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé sa demande de regroupement familial le 21 avril 2022. Dès lors, le montant de ses ressources appréciées au titre de 4 de l'accord franco-algérien est égal à la moyenne mensuelle de ses ressources du 1er avril 2021 au 31 mars 2022. Le préfet fait valoir que le revenu mensuel moyen de l'intéressé, après réexamen à la suite de son recours gracieux, sur la période de référence, s'élève à 11 985 euros nets annuels, soit 998,75 euros nets mensuels, soit un revenu inférieur de 245,66 euros mensuels par rapport au salaire minimum interprofessionnel de croissance de référence au cours de ladite période, dont la moyenne s'élève à 1 244,41 euros. Toutefois, M. A justifie également percevoir une retraite de la caisse nationale des retraites algérienne dont le montant s'élève, au cours de la période de référence, à 3 525,92 euros annuels, portant ainsi le montant de ses revenus, sur cette période, à 15 540,44 euros, soit 1 287,54 euros nets mensuels, ce qui est supérieur à la moyenne mensuelle net du salaire minimum interprofessionnel de croissance de référence. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations précitées en rejetant la demande de regroupement familial de l'intéressé au motif qu'il ne justifiait pas, au cours de la période de référence des douze mois précédant le dépôt de sa demande, de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 février 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du- Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les autres conditions mentionnées à l'article 4 de l'accord franco-algérien ne seraient pas remplies, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à la demande de regroupement familial présenté par M. A, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ferchichi, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 200 euros à Me Ferchichi.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 13 octobre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. A et la décision rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'accorder le regroupement familial sollicité par M. A au profit de son épouse, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Ferchichi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Fatma Ferchichi, avocate de M. A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fatma Ferchichi et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

La rapporteure,

Signé

C. Simeray

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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