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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303058

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303058

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BOREL & DEL PRETE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 29 mars, 19 avril et 20 avril 2023, l'association France Nature Environnement Bouches-du-Rhône (FNE 13), représentée par Me Victoria, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 9 août 2021 par laquelle le Préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté ses demandes préalables tendant à :

' mettre en demeure la SCA " Château l'Arc " et tous ayants-droits de déposer une demande de dérogation au titre de l'article L. 411-2 4° du code de l'environnement en vue de la réalisation de son projet de lotissement de 48 lots et 5 macro-lots au lieu-dit " Hameau de Château l'Arc ", sur la commune de Fuveau ;

' suspendre, en tant que de besoin, tous commencement de travaux afférents, jusqu'à ce qu'il soit statué sur cette demande de dérogation ;

2°) d'ordonner, à titre de mesure conservatoire et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond, la suspension de tous travaux liés à la réalisation du lotissement projeté par la SCA " Château l'Arc " et tous ayants-droits, y compris les travaux préparatoires (défrichement, etc) et interdire toute reprise de ces travaux ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la SCA " Château l'Arc " une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

Sur l'urgence :

- s'appuyant sur un rapport du bureau d'études ECO-MED de 2020, elle a demandé au préfet d'user des pouvoirs qui lui sont conférés par l'article L. 171-7 du code de l'environnement et de mettre en demeure la SCA " Château l'Arc " et/ou tous intervenants ou ayants-droits de déposer une demande de dérogation à la protection stricte des espèces ; cette demande visait à éviter que des espèces ou habitats d'espèces protégées ne soient détruits ou altérés, hors du cadre légal prévu par l'article L. 411-2 du code de l'environnement ; or, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à cette demande ; les travaux de réalisation du projet de lotissement ont débuté comme en attestent des photographies prises au mois de mars 2023 ainsi que le rapport en manquement de l'Etat du 13 avril 2023, causant un préjudice suffisamment grave et immédiat aux intérêts défendus par l'association FNE 13, dans la mesure où ils sont de nature à entraîner la destruction ou l'altération de l'habitat de plusieurs espèces protégées ; la circonstance que les travaux soient temporairement arrêtés est sans incidence dès lors qu'ils peuvent reprendre à tout moment et demeurent imminents ;

- il y a donc urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige et à ordonner provisoirement les mesures nécessaires afin de stopper les travaux et empêcher qu'ils reprennent dans l'attente de la décision au fond.

Sur l'existence d'un doute sérieux :

- à partir du moment où la réalisation de travaux ou l'exécution d'un aménagement est susceptible d'entraîner la destruction de spécimens, de nids, l'altération et/ou la destruction de l'habitat d'une espèce protégée, ces travaux ou aménagements sont soumis aux dispositions de l'article L. 411-2 4° du code de l'environnement et doivent faire l'objet d'une dérogation préalable pour pouvoir être autorisés et réalisés, quand bien même auraient-ils déjà fait l'objet d'une autre autorisation délivrée en vertu d'une législation indépendante (une autorisation de lotir en l'espèce) ;

- en l'espèce, ni la SCA " Château l'Arc ", qui considère que l'article L. 411-2 du code de l'environnement ne lui est pas opposable et ne produit aucune contre-expertise susceptible de contredire les constatations d'ECO-MED et celles du Groupe Chiroptères de Provence (GCP), ni le préfet ne justifient qu'une demande de dérogation à la protection stricte des espèces a été déposée et qu'une dérogation a été délivrée en vue de la réalisation de ce projet de lotissement ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône avait l'obligation, suite à la demande préalable de l'association FNE 13, de mettre en demeure la SCA " Château l'Arc " de déposer une demande de dérogation à la protection stricte des espèces visées (à tout le moins) dans le rapport d'ECO-MED ; en n'y procédant pas, le préfet a commis une erreur de droit et méconnu les dispositions des articles L. 171-7 et L. 411-1 du code de l'environnement ;

- en outre, en ne suspendant pas la réalisation des travaux d'aménagement du lotissement, alors que la présence d'espèces protégées est établie sur le site, jusqu'à ce qu'une dérogation soit délivrée, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 171-7 al. 2 et L 171-7 II du code de l'environnement.

Des pièces, produites par le préfet des Bouches-du-Rhône, enregistrées le 19 avril 2023, ont été communiquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, la SCA " Château l'Arc " conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est devenue sans objet ;

- la condition d'urgence n'est pas caractérisée ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2108891.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Laso, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 avril 2023 à 15 heures :

- le rapport de M. Laso, juge des référés ;

- les observations de Me Victoria, représentant l'association FNE 13 ;

- les observations de M. A et Mme B, pour le préfet des Bouches-du-Rhône ;

- et les observations de Me Del Prete, représentant la SCA " Château l'Arc ".

À l'issue de l'audience, le juge des référés a informé les parties de ce que, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est différée au 21 avril 2023 à 16 heures en vue de permettre au préfet des Bouches-du-Rhône de produire un mémoire en défense.

Des pièces produites pour la SCA " Château de l'Arc ", n'ont pas été communiquées.

Un mémoire, présenté pour l'association FNE 13, enregistré le 21 avril 2023, n'a pas été communiqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas caractérisée ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté municipal du 5 août 2014, la SCA " Château l'Arc " a obtenu de la commune de Fuveau l'autorisation d'aménager un lotissement de 48 lots et 5 macro-lots sur une emprise de 20 hectares située au hameau de Château l'Arc, sur la commune de Fuveau. Ce projet vise à la construction de 150 logements, dotés d'un garage privatif, avec un accès traité en béton bitumineux, pour une emprise privative totale de près de 18 hectares et une surface de plancher de 35 000 m². Un rapport établi en 2020 par le bureau d'études ECO-MED ayant révélé que l'emprise du projet présentait une richesse écologique importante, avec un total de 27 espèces protégées recensées dans le périmètre de l'opération projetée, l'association FNE 13 a, par courrier du 31 mai 2021, saisi la SCA " Château l'Arc " afin de lui demander si elle avait déposé une demande de dérogation à la protection stricte des espèces au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. En réponse, par un courrier du 25 juin 2021, la SCA " Château l'Arc " lui a indiqué n'être pas soumise aux dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement dans la mesure où cet article n'existait pas lors du dépôt de sa demande de permis de lotir. Parallèlement, par un courrier du 1er juin 2021, reçu le 9 juin suivant, l'association FNE 13 a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône afin de savoir si une demande de dérogation à la protection stricte des espèces avait été déposée par la SCA " Château l'Arc " en vue de la réalisation de ce lotissement et, dans le cas contraire, de demander au préfet de faire usage des pouvoirs prévus à l'article L. 171-7 du code de l'environnement en mettant en demeure la SCA de déposer une demande de dérogation. Par ce même courrier, l'association requérante a demandé au préfet de suspendre, en tant que de besoin, l'exécution des travaux de réalisation du lotissement jusqu'à ce qu'il soit statué sur cette demande de dérogation à la protection stricte des espèces. En l'absence de réponse apportée par l'autorité préfectorale, une décision implicite de rejet est née le 9 août 2021. Par la présente requête, l'association FNE 13 demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision implicite de rejet et d'ordonner, à titre de mesure conservatoire et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond, la suspension de tous travaux liés à la réalisation du lotissement projeté par la SCA " Château l'Arc ", y compris les travaux préparatoires, et d'interdire toute reprise desdits travaux.

2. La circonstance que, depuis le 16 décembre 2022, le permis d'aménager a été transféré à la SASU " Château de l'Arc Resort " et que la SCA " Château l'Arc " n'est plus en charge de la réalisation du lotissement, ne peut avoir pour effet de priver d'objet la demande de suspension présentée par l'association FNE 13 dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la SCA " Château l'Arc " ne serait plus propriétaire des parcelles du projet. Par ailleurs, si la SCA " Château L'Arc " fait valoir que les travaux de débroussaillement ont été exécutés, il ne résulte pas de l'instruction que les travaux d'aménagement du projet ont été entièrement exécutés. Les conclusions à fin de non-lieu présentées par la SCA " Château l'Arc " ne peuvent dès lors qu'être écartées.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour justifier l'urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, l'association requérante soutient qu'il y a urgence à suspendre la décision en litige dès lors que les travaux de réalisation du projet de lotissement ont débuté en mars 2023. Toutefois, il résulte des écritures du préfet des Bouches-du-Rhône et il n'est pas sérieusement contesté par l'association requérante que, le 6 avril 2023, le maire de Fuveau a pris un arrêté interruptif de travaux. Par ailleurs, si la demande de mise en demeure sollicitée par l'association requérante a donné lieu à un refus implicite du préfet le 9 août 2021, il résulte de l'instruction que cette autorité a adressé deux courriers au pétitionnaire, les 6 juillet 2021 et 27 mars 2023, l'invitant à réaliser les prospections du site permettant de recenser la présence d'espèces protégées. En outre, le préfet a saisi l'Office Français de la Biodiversité (OFB) à fin de réaliser un contrôle sur place, lequel a été effectué le 24 mars 2023. Les constatations effectuées ont conduit l'OFB à saisir le procureur de la République puis à l'ouverture d'une enquête judiciaire, qui est en cours. Enfin, un rapport de manquement administratif a été établi par les services de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) le 13 avril 2023. Ce rapport a été transmis le lendemain pour observations au maître d'ouvrage du projet. Sous réserve des observations éventuellement fournies par ce dernier, le rapport prévoit qu'une mise en demeure sera adressée au maître d'ouvrage du projet de réaliser des inventaires naturalistes et de présenter, le cas échéant, des mesures pour éviter et réduire l'impact de l'aménagement sur les espèces protégées. Dans ces conditions, l'association FNE 13 ne justifie pas d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative qui imposerait l'intervention du juge des référés dans l'attente du jugement du tribunal sur le fond alors que cette affaire est en état d'être jugée et que son examen devrait probablement intervenir avant la fin de l'année. Par suite, dès lors que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être en l'espèce regardée comme remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, de rejeter la requête de l'association FNE 13, en toutes ses conclusions.

6. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société SCA " Château L'Arc " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association France Nature Environnement Bouches-du-Rhône est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la SCA " Château L'Arc " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association France Nature Environnement Bouches-du-Rhône (FNE 13), au préfet des Bouches-du-Rhône et à la SCA Château l'Arc.

Fait à Marseille, le 24 avril 2023.

Le vice-président désigné,

Juge des référés

signé

J-M. LASO

La greffière,

signé

A. SERBELLONE

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

N° 2303408

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