jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2303134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | RUDLOFF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 mars et 12 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Rudloff, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail et de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'irrégularité dès lors qu'elle remplit les conditions justifiant la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
La décision portant délai de départ volontaire :
- est illégale dès lors que sa situation justifie qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La décision fixant le pays de destination :
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet des Alpes-de-Haute-Provence qui n'a pas présenté d'observations en défense.
En réponse à la demande de pièces qui lui a été adressée par le greffe le 18 avril 2023, l'Office français de l'intégration et de l'immigration a transmis au tribunal, le 21 avril 2023, l'avis émis le 21 février 2023 par le collège de médecins ainsi que l'entier dossier médical de la requérante.
Par une décision du 12 mai 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Rudloff, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1961, déclare être entrée en France le 19 octobre 2016 et s'y être maintenue continuellement depuis. Après avoir obtenu un titre de séjour à raison de son état de santé valable du 9 mars 2020 au 8 mars 2021, elle a fait l'objet d'un arrêté portant refus de renouvellement de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français pris à son encontre par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence le 30 juillet 2021. Le 8 novembre 2022, Mme B a de nouveau demandé la délivrance d'un titre de séjour à raison de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 février 2023, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions contestées :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Paul-François Schira, secrétaire général de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, qui bénéficiait d'une délégation du préfet, en vertu d'un arrêté n° 2022-235-019 du 23 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture et librement accessible tant au juge qu'aux parties, à l'effet de signer tous les actes, arrêtés, décisions, documents, ou correspondances administratives relevant de l'exercice des attributions du représentant de l'État dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision contestée vise notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle que, par un avis du 21 février 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) a considéré que si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le préfet, qui n'était pas tenu de faire état de manière détaillée de l'ensemble des circonstances caractérisant la situation de l'intéressée, expose également les éléments déterminants de la situation personnelle de Mme B qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". L'article R. 425-13 du même code énonce : " () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. "
5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'une maladie chronique caractérisée par des uvéites antérieures aiguës récidivantes évoluant avec une cécité séquellaire de l'œil droit sur un décollement de rétine. Pour rejeter sa demande de titre de séjour, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a retenu, en s'appropriant les termes de l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII du 21 février 2023, que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
7. Pour contester cette appréciation, Mme B soutient que son traitement, constitué par la prise quotidienne de comprimés de Salazopyrine, n'est pas disponible pour elle au Maroc dès lors que l'accès aux traitements pour les maladies rares est compliqué et que la prise en charge de ce traitement par le régime marocain de sécurité sociale serait partielle et exclusivement réservée aux salariés. Si la requérante produit plusieurs comptes-rendus et certificats médicaux, faisant état de la nécessité de poursuivre un suivi médical spécialisé et régulier, ces éléments ne permettent pas d'établir qu'elle ne pourrait pas disposer des ressources suffisantes pour accéder au traitement dont elle a besoin dans son pays d'origine. Il n'est pas davantage établi qu'elle ne pourrait pas se voir prescrire une autre molécule ou un autre médicament équivalent disponible au Maroc et remboursé par le système d'assurance maladie de ce pays. Il ressort par ailleurs du rapport médical confidentiel établi le 14 février 2023 par le médecin du service médical de l'OFII après examen médical de la requérante et des documents fournis, que celle-ci n'est pas en attente d'une intervention chirurgicale programmée, qu'elle bénéficie d'une surveillance simple et que son état de santé est en cours de stabilisation. Les certificats médicaux versés dans l'instance par Mme B ne se prononcent pas sur la nécessité d'une nouvelle greffe de cornée. Ainsi, les éléments produits par la requérante ne sont pas de nature à remettre utilement en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'avait pas à lui communiquer son entier dossier médical ni l'avis du collège des médecins de l'OFII, aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance par la décision portant refus de titre de séjour des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis six ans et demi, qu'elle y a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux et qu'elle y bénéficie d'une parfaite intégration. Toutefois, elle est célibataire, sans enfant, et n'établit pas, en dépit du décès de ses parents, être dépourvue de toute attache familiale au Maroc. Enfin, si la requérante soutient avoir effectué des travaux de ménage chez des particuliers, justifiés par deux bulletins de salaire des mois de juillet et août 2022, participer à des ateliers de langue française, depuis mai 2021, ainsi qu'à des activités du centre social municipal de Manosque, ces seules circonstances ne suffisent pas à justifier d'une insertion sociale et professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation de l'intéressée.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 qu'aucun des moyens soulevés par Mme B à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône rejetant sa demande de titre de séjour n'est fondé. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et celui tiré de l'erreur de droit ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, Mme B ne démontre pas que l'offre de soin et les caractéristiques du système de santé du Maroc ne lui permettraient pas d'y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de la requérante.
Sur la décision portant délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 13 qu'aucun des moyens soulevés par Mme B à l'encontre de la décision du préfet des Alpes-de-Haute-Provence l'obligeant à quitter le territoire français n'est fondé. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire ne peut, dès lors, qu'être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
16. Il résulte de ces dispositions que le délai de trente jours, accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français correspond au délai de droit commun. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait demandé à bénéficier d'un délai de départ supérieur à trente jours. Par ailleurs, si Mme B se prévaut de son état de santé et de la circonstance qu'elle a fait l'objet d'une greffe de la cornée en septembre 2022, elle n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité d'exécuter la mesure d'éloignement dans le délai de droit commun de trente jours. Le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-de-Haute-Provence aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire plus long doit donc être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 13 qu'aucun des moyens soulevés par Mme B à l'encontre de la décision du préfet des Alpes-de-Haute-Provence l'obligeant à quitter le territoire français n'est fondé. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut, dès lors, qu'être écarté.
18. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
19. Dès lors que la requérante n'établit pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :
20. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
21. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que celui-ci comprend une motivation en droit et en fait de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à l'égard de Mme B. Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a retenu que l'intéressée pouvait bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine, qu'elle ne justifiait pas de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, et qu'elle n'avait pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre. En se bornant à soutenir qu'elle n'a jamais constitué un quelconque trouble à l'ordre public et que son état de santé caractérise des considérations humanitaires, Mme B n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
22. Il résulte de ce tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Constance Rudloff et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Hameline, présidente,
- Mme Felmy, première conseillère,
- Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
E. Felmy La présidente-rapporteure,
M-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026