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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303418

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303418

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 11 avril et 2 mai 2023, la SASU Château l'Arc Resort, représentée par Me Baillargeon, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Fuveau en date du 6 avril 2023 portant arrêté interruptif de travaux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Fuveau la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- la commune de Fuveau a commis un vice substantiel en ne lui donnant pas l'opportunité de faire valoir ses observations orales comme elle l'avait sollicité ;

- la commune a commis des erreurs de fait en considérant que la requérante était auteur des travaux litigieux et commanditaires de ceux-ci et que ces travaux avaient été réalisés en lien avec le permis d'aménager du 5 août 2014 ;

- les travaux litigieux ont été achevés et le terrain remis en l'état à la date du 28 mars 2023, antérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté ;

- les dispositions des articles 1-N et 3 N du règlement du PLU n'ont pas été méconnues ;

S'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- l'arrêté en litige porte sur un projet d'une importance et d'une ampleur significative et emporte un grave préjudice financier pour elle en cas de décalage des travaux dans le temps ; il emporte également des risques graves pour la sécurité publique si les travaux devaient reprendre en période estivale.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, le préfet des Bouches du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que l'urgence n'est pas constituée.

Par des observations, enregistrées le 2 mai 2023, la commune de Fuveau, représentée par Me Burtez-Doucède, conclut au rejet de requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en faisant valoir qu'il n'y a pas de doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté interruptif de travaux.

Vu :

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2303417 par laquelle la société requérante demande l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Salvage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mai 2023 à 9 heures, en présence de Mme Bouchut, greffière d'audience :

- le rapport de M. Salvage, juge des référés ;

- les observations de Me Del Prete représentant la société requérante, qui persiste dans ses écritures ;

- les observations de M. A, représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui persiste dans ses écritures ;

- les observations de Me Reboul, représentant la commune de Fuveau, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU Château l'Arc Resort demande la suspension de l'arrêté interruptif de travaux pris par le maire de la commune de Fuveau le 6 avril 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il n'est pas contesté que l'arrêt des travaux entrepris par la société SASU château l'Arc resort engagés pour la mise en œuvre du permis d'aménager n°LT013004002L0003 emporte un important préjudice financier pour celle-ci. Si le préfet fait valoir que la requérante ne serait pas autorisée à poursuivre lesdits travaux en l'absence d'une régularisation, qui devrait lui être demandée, en l'état de l'instruction et à ce jour aucune décision n'a été prise en ce sens. Il s'ensuit que la condition d'urgence doit être tenue pour satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès verbal.() ".

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment d'un procès-verbal de constat en date du 28 mars 2023, que les travaux ayant donné lieu au procès-verbal d'infraction du 16 mars 2023, qui a, seul, fondé l'arrêté interruptif de travaux en litige, sur la parcelle AX 147, étaient achevés et que la dite parcelle a été remise en état. Il s'ensuit que le maire ne pouvait légalement prendre l'arrêté 6 avril 2023, postérieur à la fin de ces travaux précis.

7. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante, qui avait demandé à être reçue par le maire de la commune, avant que ne soit prise la décision en litige, ait été mise en mesure de présenter ses observations orales, l'urgence à prendre une telle décision n'étant pas avérée au vu de l'absence de poursuite des travaux.

8. En troisième lieu, il est constant que les travaux en cause ont été diligentés par une autre société que celle destinataire de la décision en litige et il n'est pas établi, en l'état de l'instruction, que ces travaux seraient en lien avec le permis d'aménager délivré à la requérante.

9. En l'état de l'instruction, ces trois moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 6 avril 2023.

10. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension des effets de la décision du maire de la commune de Fuveau en date du 6 avril 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la SASU Château l'Arc Resort, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune de Fuveau quelque somme que ce soit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En outre, lorsqu'il exerce le pouvoir d'interruption des travaux qui lui est attribué par l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, le maire agit en qualité d'autorité de l'Etat. Ainsi, la commune de Fuveau n'est pas partie à la présente instance au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune la somme que la société requérante demande à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des effets de l'arrêté du 6 avril 2023 du maire de la commune de Fuveau est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de cette décision.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Fuveau au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SASU Château l'Arc Resort et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et à la commune de Fuveau.

Fait à Marseille, le 3 mai 2023

Le juge des référés,

Signé

F. SALVAGE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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