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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303657

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303657

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLATIMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril et 16 mai 2023, M. A C, représenté par Me Latimier-Theil, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2023, par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de 18 mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 au titre de l'aide juridictionnelle ;

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision a été prise en violation des articles L. 313-11 6° et L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'accord franco- algérien ;

- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de fait.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 avril 2023, le président de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis le dossier de la requête au tribunal administratif de Marseille compétent pour statuer sur celle-ci.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention des Nations-Unies sur les droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné Mme Fabre, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, première conseillère,

- les observations de Me André substituant Me Latimier-Theil représentant M. C, ainsi que celles de ce dernier ;

- la préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne, né le 24 septembre 1999, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 avril 2023, par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de 18 mois.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est le père d'un enfant né en France le 15 mars 2023, à Marseille de sa relation avec Mme B, ressortissante française avec laquelle il est marié depuis le 12 août 2022. Par les pièces versées au dossier et notamment les quittances de loyer aux deux noms, l'adresse de leur domicile indiquée sur l'acte de naissance de leur enfant et sur l'acte de mariage ainsi que l'attestation de son épouse, M. C établit la réalité de la communauté de vie en France avec Mme B et leur enfant depuis la naissance de ce dernier et jusqu'à, au moins, la date de l'arrêté attaqué. M. C établit également, notamment par la production d'une dizaine de factures d'achat de lait infantile, de vêtements et de mobilier pour son enfant, contribuer effectivement à l'éducation de son enfant et à son entretien dans la mesure de ses capacités financières. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que l'obligation qui lui a été faite par le préfet des Bouches-du-Rhône de quitter le territoire français méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 avril 2023, par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de dix-huit, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C, implique seulement que la préfète du Rhône, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, réexamine la situation de l'intéressé. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de M. C, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Latimier-Theil, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Latimier-Theil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 9 avril 2023 de la préfète du Rhône est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Latimier-Theil, avocat de M. C une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Latimier-Theil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Camille Latimier-Theil et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E. Fabre

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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