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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303755

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303755

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Touboul-Elbez, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les préjudices qu'elle subit des suites d'une chute sur la voie publique dont elle expose avoir été victime, le 17 novembre 2022, alors qu'elle circulait en voiture au niveau du boulevard Gueidon à Marseille ;

2°) de mettre à la charge de la métropole-Aix-Marseille Provence, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une indemnité provisionnelle de 4 000 euros à valoir sur l'indemnisation de son préjudice corporel ;

3°) de mettre à la charge de la métropole-Aix-Marseille Provence, la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que cet accident lui occasionnée des douleurs cervicales et un traitement médicamenteux.

Par un mémoire enregistré le 10 mai 2023, la métropole-Aix-Marseille Provence, représentée par Me Pontier, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de rejeter la demande d'expertise ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener l'indemnité provisionnelle à de plus juste proportions ;

3°) de mettre à la charge de Mme B les frais d'expertise.

Elle soutient que :

- le lien de causalité entre l'ouvrage et l'accident, ainsi que la matérialité des faits, n'est pas démontrée ;

- aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ne lui est imputable ;

- cet accident laisse supposer une faute d'inattention de la victime.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente pour statuer sur les demandes en référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2.Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par Mme B porte sur les préjudices qu'elle subit des suites d'un accident de circulation du à la défectuosité d'une plaque d'égout dont elle expose avoir été victime, le 17 novembre 2022, alors qu'elle circulait en voiture au niveau du boulevard Gueidon à Marseille. Pour s'opposer à l'expertise sollicitée, la métropole-Aix-Marseille Provence soutient que Mme B n'établit ni la réalité de la cause de l'accident, ni le lien de causalité entre l'existence de la bouche d'égout et l'accident de voiture. Toutefois il résulte de l'instruction que Mme B produit une attestation d'intervention du bataillon de marins-pompiers de Marseille, celle d'un témoin de l'accident, des photos du lieu de l'accident, le jour de l'accident et du lendemain de celui-ci, des pièces médicales. Dans ces conditions, il ne résulte de l'instruction, ni que la matérialité des faits ne serait pas manifestement établie, ni qu'il n'existerait manifestement pas de lien de causalité entre la plaque d'égout incriminée et l'accident de véhicule. De plus, si la métropole-Aix-Marseille Provence soutient qu'aucun défaut d'entretien normal ne peut être établi par Mme B cette circonstance est sans incidence sur l'utilité de la demande d'expertise, dès lors qu'il n'appartient pas au juge des référés expertise de se prononcer sur la responsabilité de la personne publique. Ainsi, la demande de Mme B qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande provision :

3.Il résulte des dispositions des titres II et IV du livre V du code de justice administrative, et notamment des articles L. 521-3 et R. 541-1, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles différentes de celles applicables aux demandes présentées sur le fondement de l'article R. 541-1. Par suite, elles ne peuvent pas être présentées simultanément dans une même requête. En outre, en l'état de l'instruction, tant le principe que l'étendue d'une éventuelle responsabilité de la métropole-Aix-Marseille Provence n'est suffisamment établie. Dès lors, l'existence de l'obligation dont l'intéressée se prévaut ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R.541-1 du code de justice administrative précitées. Par suite, pour ces deux motifs, les conclusions de Mme B, tendant au versement d'une provision, doivent être rejetées.

Sur les frais et dépens :

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions Mme B et de la métropole-Aix-Marseille Provence relatives à l'application des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur E D, 161 chemin de Gibbes à Marseille (13014) est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance à une expertise avec la mission suivante :

1°) examiner Mme B et se faire communiquer tous documents et pièces qu'elle estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) décrire l'état de santé de Mme B, les lésions constatées, les modalités de traitement et leur évolution ; dire si chacune des lésions constatées est la conséquence de l'accident survenu le 17 novembre 2022 ou d'un état antérieur ou postérieur ;

3°) évaluer les préjudices corporels de Mme B qui sont directement imputables au sinistre en cause en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total ;

4°) fixer la date de consolidation de son état physique ;

5°) indiquer le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de Mme B, l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ;

6°) donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par Mme B, en particulier les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures, évaluer le besoin de véhicule adapté ou d'assistance à tierce personne ;

7°) dire si l'état de Mme B est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration : dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lesquels il devra y être procédé ;

8°) d'une façon générale, fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la Métropole-Aix-Marseille Provence et à la Caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et au docteur D, expert.

Fait à Marseille, le 30 août 2023.

La juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière

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