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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303760

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303760

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantARCHENOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 avril 2023 et le 17 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Archenoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le rejet de son recours gracieux :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi le collège des médecins de l'OFII malgré les éléments nouveaux d'ordre médical présentés à sa connaissance ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus d'asile :

- la décision n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'est pas de nationalité arménienne mais de nationalité géorgienne ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- cette décision est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière après violation du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'est pas de nationalité arménienne mais de nationalité géorgienne ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa fille réside en France avec elle ;

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Garron pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2023, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Garron, magistrat désigné,

- et les observations de Me Archenoul, représentant Mme B, présente à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante géorgienne née le 13 janvier 1964, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La requérante fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il mentionne à tort qu'elle serait de nationalité arménienne. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la carte d'identité qu'elle produit, que Mme B, née à Tbilissi en 1964, est de nationalité géorgienne comme elle le soutient. Si le préfet fait valoir en défense que l'intéressée a elle-même déclaré être de nationalité arménienne, il ressort tant de sa déclaration de domiciliation auprès de la structure de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA) de Marseille que de son récit de vie destiné à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qu'elle a déclaré, au contraire, être de nationalité géorgienne et que ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine étaient justement fondées, notamment, sur ses origines arméniennes et sur les agissements racistes dont elle ferait l'objet en Géorgie. Si le préfet soutient que la requérante pourrait posséder la nationalité arménienne en sus de sa nationalité géorgienne, cette circonstance ne ressort d'aucun élément du dossier. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait substantielle et que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de Mme B, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais d'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros à verser au conseil de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Alice Archenoul, conseil de Mme B, une somme de 1 100 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Alice Archenoul et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Garron

La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

2

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