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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303828

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303828

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLESTRADE JOHANNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2023, M. B A, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet du Var l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la communication aux autorités turques du procès-verbal de son audition par les services de gendarmerie, constitue un élément nouveau justifiant le dépôt d'une nouvelle demande d'asile dès lors qu'il n'a eu connaissance de cette circonstance que postérieurement à son placement en rétention administrative ; la demande d'asile est justifiée au regard des tortures et autres mauvais traitements perpétrés en Turquie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/000015 du 16 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Balussou pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Balussou a lu son rapport au cours de l'audience publique.

M. A et le préfet du Var n'étaient ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 décembre 2022, le préfet du Var a obligé M. A, ressortissant turc né le 13 mars 1979, à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, il a prononcé le placement du requérant en rétention administrative. Celui-ci a déposé une demande d'asile le 15 décembre 2022. Par un arrêté du même jour, le préfet a décidé de son maintien en rétention. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 et d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

3. Par un arrêté n° 2022/17/MCI du 28 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs n° 78 du 28 avril 2022 de la préfecture du Var, le préfet a donné délégation à M. Giudicelli, secrétaire général, à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exclusion de certaines matières dont le droit à l'entrée et au séjour de étrangers ne fait pas partie. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 754-2 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. A a déposé une demande d'asile le 1er novembre 2003 rejetée le 23 décembre 2003 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 24 juin 2004 par la Cour nationale du droit d'asile, qu'il n'a introduit qu'une fois placé en rétention administrative une demande de réexamen dépourvue d'éléments nouveaux à faire valoir auprès de l'office dans le cadre d'une procédure accélérée et qu'il risque de se soustraire définitivement à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre au regard du caractère dilatoire de cette demande d'asile, de l'absence de documents d'identité en cours de validité et d'une résidence principale permanente. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En dernier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention, que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre.

6. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 10 décembre 2022, le préfet du Var a saisi les autorités consulaires turques afin qu'elles procèdent à l'identification de M. A en vue de la délivrance d'un laissez-passer consulaire et leur a communiqué le procès-verbal d'audition du requérant par les services de gendarmerie. Contrairement à ce que soutient le requérant, cette communication n'est pas de nature à justifier l'examen d'une nouvelle demande d'asile, en l'espèce en rétention administrative, dès lors que les informations portées à la connaissance des autorités consulaires turques par cette voie leur étaient déjà connues, soit l'origine kurde et la profession du requérant, du fait de son incarcération dans son pays d'origine après y avoir été reconduit en 2005. De plus, si le requérant soutient qu'il serait directement et personnellement menacé de peines ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie, il ne l'établit pas. Ainsi, en considérant que la demande d'asile formée en rétention administrative par M. A a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, le préfet du Var n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel M. A a été maintenu en rétention administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. A.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E-M. BalussouLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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