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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303903

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303903

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEMAISTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2023, M. A D, représenté par Me Lemaistre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication de son dossier détenu par l'administration ;

3°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour en France pour une durée de deux ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros au bénéfice de son avocat, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est signée d'une autorité incompétente, sauf si l'administration justifie d'une délégation ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, alors que son identité est connue de l'administration ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est disproportionnée et méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dans sa rédaction issue du troisième avenant signé le 11 juillet 2001 et publié par le décret nº 2002-1500 du 20 décembre 2002 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 avril 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Busidan, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lemaistre, représentant M. D, qui reprend les moyens et arguments articulés dans les écritures, et ajoute le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation personnelle;

- les observations de M. D, qui, en réponse aux questions du tribunal, expose qu'il a été incarcéré durant les dix mois qui ont précédé le 24 avril 2023, et que le motif de cette détention est une bagarre.

Le préfet du Var n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 15 juillet 2003, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023, par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la communication du dossier préfectoral :

4. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

5. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/17/MCI du 22 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 055 du 22 mars 2023, M. B E, signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture du Var, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

7. D'une part, l'arrêté vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et l'accord-franco-algérien modifié du 27 décembre 1968. D'autre part, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant, il mentionne que ce dernier est de nationalité algérienne, qu'il ne justifie pas de la date de son entrée sur le territoire français et a déclaré n'avoir effectué aucune démarche administrative pour régulariser sa situation. L'arrêté ajoute que l'intéressé a déclaré être célibataire et sans charge de famille. S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire, il indique que le requérant, entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne présente pas de garanties de représentation en l'absence de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ne dispose pas d'une résidence effective et permanente, et a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. S'agissant de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, il précise que le requérant est de nationalité algérienne et qu'il ne justifie pas être exposé à des peines ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, il mentionne que le requérant est entré en France irrégulièrement à une date indéterminée, qu'il n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation, qu'il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement, qu'il est célibataire sans enfant et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public tout en indiquant qu'il a été condamné pour des faits de violence aggravée par trois circonstances. Ainsi, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions attaquées. Elles permettent à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, comme au juge d'en contrôler les motifs. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées manque en fait et doit par suite être écarté.

8. En troisième lieu, M. D fait valoir que depuis trois ans, il est en couple avec une ressortissante enceinte, qu'il est hébergé par sa belle-mère qui aurait transmis au service pénitentiaire d'insertion et de probation les justificatifs de son hébergement, et qu'il va être prochainement parent d'un enfant français, et qu'en indiquant dans l'arrêté en litige notamment qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il ne justifie pas d'une résidence dans la mesure où il ne communique pas une adresse complète, le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle. Cependant, alors que M. D ne verse au dossier aucun document corroborant ces dires, lesquels diffèrent sensiblement de ceux figurant dans la notice de renseignements versée au dossier par le préfet et établie le 30 mars 2023 au centre pénitentiaire de Draguignan où était alors détenu l'intéressé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, qui protègent d'une atteinte disproportionnée le droit au respect de la vie privée et familiale, l'étranger qui invoque la protection due à ce droit doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Comme il vient d'être dit au point 7, M. D n'établit aucun de ses dires relatifs à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ". Enfin aux termes de l'article L. 813-8 de ce code : " L'officier de police judiciaire ou, sous le contrôle de celui-ci, un agent de police judiciaire, procède aux auditions de l'étranger retenu. / Sous le contrôle de l'officier de police judiciaire, l'étranger est mis en mesure de fournir par tout moyen les pièces et documents requis. Il est procédé, s'il y a lieu, aux opérations de vérification nécessaires ".

12. Il est constant que M. D ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet a pu à bon droit, au regard des articles précités L. 612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que M. D, qui a, de plus, déclaré souhaiter rester en France, présentait un risque de se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement. Le requérant n'invoque pas utilement à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire les circonstances que son identité est connue de l'administration ou qu'en application de l'article L. 813-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration aurait pu vérifier son adresse. Par suite, les moyens tirés d'une erreur d'appréciation de sa situation ou d'une méconnaissance de l'article L. 612-2 doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans :

13. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () "

14. Il ressort des pièces du dossier qu'écroué le 19 septembre 2022, M. D a été condamné par le tribunal correctionnel de Marseille le 17 octobre 2022 à dix mois d'emprisonnement pour violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité supérieure à 8 jours. S'il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il est célibataire et sans enfant, et ne justifie pas de la durée de son séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors que M. D ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Var.

Délibéré le 28 avril 2023 et rendu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

H. C

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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