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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304013

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304013

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantARCHENOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 avril 2023, le 5 mai 2023, le 2 août 2023 et le 26 juin 2024, Mme B E D, représentée par Me Archenoul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'autoriser le regroupement familial sollicité ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer l'attestation préfectorale prévue par l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa demande ;

5°) de mettre à la charge du préfet des Bouches-du-Rhône le versement de la somme de 2 000 euros à Me Archenoul, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision attaquée était incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle indique que le regroupement familial a été sollicité pour son époux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les circonstances particulières de sa situation justifient de lui accorder le bénéfice du recoupement familial sur place ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant en ce qu'elle a pour conséquence de priver l'un de ses fils du bénéfice de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme E D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, ressortissante centrafricaine, titulaire en dernier lieu d'une carte pluriannuelle mention " vie privée et familiale " valable du 27 janvier 2022 au 26 janvier 2024, a présenté le 18 novembre 2022 une demande de regroupement familial sur place au bénéfice de ses deux premiers fils de nationalité camerounaise présents sur le territoire français depuis 2013. Par une décision du 27 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande. Mme E D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A C, directrice adjointe des migrations, de l'intégration et de la nationalité, titulaire d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment les refus de regroupement familial, consentie par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des termes de la décision en litige que celle-ci vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment celles de l'article L. 434-2 et L. 434-6 du code. La décision énonce par ailleurs qu'aucun motif exceptionnel ne justifie de déroger au principe de la présence hors du territoire français des membres de la famille au bénéfice desquels le regroupement familial est sollicité. Elle indique également le motif pour lequel il a été considéré que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, la circonstance selon laquelle la décision attaquée mentionne que la demande de regroupement familial a été faite au bénéfice des enfants de Mme E D et de son époux alors que celui-ci résidait déjà en France en situation régulière doit être regardée comme une erreur de plume et n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen sérieux de la situation de requérante.

6. En quatrième lieu, l'erreur de plume évoquée au point précédent n'a pas d'incidence sur l'appréciation portée par le préfet sur la demande de regroupement familial sur place faite par la requérante au bénéfice de ses deux premiers fils. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne saurait être utilement invoqué.

7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / () 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Si, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. L'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale subordonne, en principe, le bénéfice des prestations familiales, s'agissant des enfants qui ne sont pas nés en France, à la condition qu'il soit justifié de leur entrée régulière dans le cadre de la procédure de regroupement familial. Ces dispositions ayant pour objectif d'assurer le respect des règles relatives au regroupement familial, dans l'intérêt même de l'enfant pour lequel celui-ci est sollicité, la seule circonstance qu'un refus de regroupement, opposé en raison de la présence en France de l'enfant, fasse obstacle à la perception des prestations familiales, ne saurait, en principe, faire regarder cette décision comme méconnaissant le droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur ou l'intérêt supérieur de l'enfant. Il ne saurait en aller différemment, par exception, qu'en raison de circonstances très particulières tenant à la fois à la situation du demandeur et à celle de l'enfant, notamment à son état de santé, justifiant du caractère indispensable de l'ouverture du droit aux prestations familiales.

11. Mme E D allègue être entrée régulièrement en France en 2013 pour rendre visite à son époux, ressortissant camerounais résidant régulièrement sur le territoire, accompagnée de leurs deux fils de nationalité camerounaise nés en 2010 et 2012. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est titulaire, en dernier lieu, d'une carte pluriannuelle mention " vie privée et familiale " valable du 27 janvier 2022 au 26 janvier 2024. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de ses deux fils, ces derniers résidaient sur le territoire français et se trouvait donc au nombre des personnes susceptibles d'être exclues du bénéfice du regroupement familial en application du 3° de l'article L. 434-6 précité du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que la requérante remplirait par ailleurs les conditions de ressources et de logement exigées pour pouvoir en bénéficier.

12. En se bornant à soutenir que la décision attaquée a pour conséquence de priver son deuxième fils né en 2012 du bénéfice de l'allocation pour l'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) et l'empêche de percevoir toute prestation familiale pour ces deux enfants au bénéfice desquels elle a sollicité le regroupement familial, la requérante n'établit pas qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants. Si la requérante soutient que l'absence de versement de toute prestation sociale pour ces deux premiers fils la place dans une situation de précarité financière, aggravée par sa séparation d'avec son époux, dont elle serait sans nouvelle et qui ne contribuerait pas à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants, ces circonstances ne peuvent être regardées comme des circonstances très particulières justifiant du caractère indispensable de l'ouverture du droit aux prestations familiales. En outre, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les deux premiers fils de la requérante de leur mère ni de les maintenir séparés, ceux-ci étant déjà présents sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 27 février 2023 présentées par Mme E D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Delzangles

Le président,

Signé

P-Y. Gonneau

Le président,

P-Y. Gonneau

Le rapporteur,

B. DELZANGLES

Le président,

P-Y. Gonneau La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2304013

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