jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2304052 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PHINITH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2023, M. E A C, retenu au centre de rétention administrative de Marseille, représenté par Me Phinith, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a inscrit au fichier SIS ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé, révélant le défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français et son inscription nau fichier SIS méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Dyèvre pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dyèvre, rapporteur ;
- et les observations de Me Phinith représentant M. A C qui invoque à l'audience l'absence d'examen par le préfet de la possibilité de délivrer un titre de séjour " parent d'enfant français " au requérant et l'erreur manifeste d'appréciation quant à l'état de santé psychologique de M. A C ;
- les observations de M. A C qui indique s'être occupé de ses enfants mais avoir été privé de leur présence depuis 7 années et qu'il ne présente pas de menace à l'ordre public ;
- Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.
1. Par un arrêté du 24 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a fait obligation à M. A C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'arrêté attaqué du 24 avril 2023 a été signé pour le préfet des Bouches-du-Rhône par M. B D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Par un arrêté n° 13-2023-04-13-00006 du 13 avril 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 13-2023-089 de la préfecture des Bouches-du-Rhône, M. D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Bouches-du-Rhône tout arrêté ayant trait à une obligation de quitter le territoire et toutes décisions relatives au délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le préfet, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conditions de son maintien sur le territoire français et la circonstance qu'il est père de deux enfants français majeurs.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A C soutient qu'il réside en France depuis vingt-trois ans et que sa famille, notamment ses deux filles, résident en France et sont de nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A C, divorcé et père de deux enfants majeures, n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles il réside sur le territoire français depuis 2000, ni n'établit son intégration dans la société française. S'il indique à l'audience s'être occupé de ses filles lorsqu'elles étaient enfants, il précise également avoir été privé de leur présence depuis sept années et espère pouvoir renouer des liens avec elles, ces circonstances ne sont pas de nature à établir la stabilité de ses liens sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;() ".
9. M. A C soutient que les faits retenus par le préfet des Bouches-du-Rhône pour édicter à son encontre la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai ne constituent pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, bien qu'entré en France en 2000, est en situation irrégulière depuis 2020. En outre, il a été condamné à 25 reprises pour des faits qui ne sont pas isolés au regard de son comportement. Par suite, eu égard au comportement du requérant, qui ne peut utilement se prévaloir à l'audience du fait que le service Pôle emploi ne lui a jamais proposé d'emploi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre publique qu'il représente pour édicter la décision d'éloignement contestée.
10. Si à l'audience, le requérant soutient qu'il aurait pu prétendre à la délivrance d'un titre " parent d'enfant français ", il résulte toutefois des termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que ce titre n'est délivré qu'aux parents d'enfants mineurs. En l'espèce, il est constant que les enfants du requérant sont majeures. Par suite, il ne peut prétendre à l'octroi d'un tel titre et le moyen ne peut qu'être écarté.
11. Enfin, si à l'audience le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé, les documents produits à l'appui de ces allégations ne sont pas de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé.
12. Selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code prévoit : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
13. Pour refuser à M. A C un délai de départ volontaire, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis 2020, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, dès lors qu'il ne présente pas de passeport en cours de validité, ne justifie pas d'un lieu de résidence permanent, qu'il est défavorablement connu des services de police et qu'il n'a pas respecté les termes des assignations à résidence prononcées en 2021 et 2022 en exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français du 13 mai 2021 et qu'il déclare vouloir se maintenir sur le territoire français.
14. L'intéressé ne conteste pas sérieusement ces éléments en se bornant à soutenir sans en justifier qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et en se prévalant de la présence en France de membres de sa famille. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en prenant la décision portant refus de délai de départ volontaire, commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
16. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour prendre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A C, le préfet des Bouches-du-Rhône a tenu compte de la circonstance que l'intéressé ne démontre pas avoir habituellement résidé en France depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est divorcé d'une ressortissante française victime de violences intrafamiliales et père de deux enfants majeurs, qu'il n'a pas exécuté spontanément la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, qu'il a été condamné à 25 reprises entre 2003 et 2022. Dans ces conditions, le préfet des Bouches du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la mesure attaquée d'interdiction de retour sur le territoire français.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A C à fin d'annulation de l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023 et lu en audience publique le 4 mai 2023.
La magistrate désignée,
Signé
D. Dyèvre
Le greffier,
Signé
T. Marcon
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière en chef
Le greffier
N°230405
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026