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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304284

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304284

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOUEVI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 et 10 mai 2023, M. B A D, représenté par Me Kouevi, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de solliciter la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises par le préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an, et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

M. A D soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

-il est insuffisamment motivé et il est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

- elle porte atteinte à son droit d'être entendu, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux ressortissants communautaires, notamment l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant un an :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour exercer les pouvoirs attribués par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Kouevi, représentant M. A D, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les moyens ci-dessus énoncés.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D est un ressortissant espagnol né le 13 janvier 1993, retenu au centre de rétention administrative de Marseille. Par un arrêté du 6 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par cette requête, M. A D demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente (). ".

3. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A D, de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet des Bouches-du-Rhône, du dossier de M. A D :

4.Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5.L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A D détenu par l'administration. Les conclusions susvisées doivent par conséquent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

7. Aux termes de l'article L. 251-3 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ". Aux termes de l'article L. 251-4 de ce code : " L 'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

8. En vertu des dispositions, citées au point 6, de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

9. Pour obliger le requérant à quitter sans délai le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé a été interpellé les 5 septembre 2021, 26 janvier 2023 et 17 mars 2023, respectivement pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche de catégorie D, de rébellion, et de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité sur une personne dépositaire de l'autorité publique. Le préfet a estimé que ces faits sont constitutifs, par leur gravité, d'un comportement entrant dans le champ d'application de l'article L. 251-1 2° précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté par le préfet des Bouches-du-Rhône que ces faits n'ont donné lieu à aucune condamnation, ni même aucune poursuite. D'autre part, ces seuls faits, sans toutefois les minimiser, ne sont pas de nature à établir que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituerait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui déclare vivre en France depuis 2010 chez ses parents en situation régulière, a lui-même bénéficié de titres de séjour en qualité de citoyen de l'Union Européenne entre 2013 et 2020. Il ressort également des pièces du dossier que ses deux frères vivent également en France, en situation régulière. Enfin, il ressort des pièces médicales versées au dossier que le requérant a été pris en charge pour des problèmes de santé. Notamment, s'agissant des faits pour lesquels il a été interpellé le 17 mars 2023, ceux-ci sont intervenus, aux termes d'un certificat médical établi le 9 mai 2023 par un médecin du centre hospitalier Edouard Toulouse, dans un contexte de troubles du comportement sur la voie publique liés à une décompensation d'un trouble psychotique, occasionnant son hospitalisation du 18 mars au 5 mai 2023.

10. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux attaches familiales en France du requérant et à son état de santé, au titre duquel il a déclaré à la barre être pris en charge, tel que cela ressort d'ailleurs d'un certificat médical indiquant qu'un rendez-vous de suivi est prévu le 23 mai 2023, il n'est pas établi que la présence de M. A D serait de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 251-1 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant son éloignement du territoire français.

11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A D est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 mai 2023 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est accordé à titre provisoire à M. A D.

Article 2 : L'arrêté du 6 mai 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. A D à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an, et a fixé le pays de destination de son éloignement, est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 12 mai 2023 et lu en audience publique le même jour.

La magistrate désignée,

Signé

M. C La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef

La greffière

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