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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304292

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304292

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 27 juin 2022, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Colas au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 581-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est bénéficiaire de la protection temporaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite le rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision de refus attaquée n'existe pas ;

- l'allocation qui était due à Mme B lui a été versée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique,

- et les observations de Me Colas, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a demandé le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile, sur le fondement de l'article L. 581-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 25 novembre 2022. En l'absence de tout versement de l'allocation en cause, Mme B demande l'annulation de la décision implicite née le 25 janvier 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice de cette allocation.

2. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucune décision de refus de versement de l'allocation pour demandeur d'asile n'a été prise, et que l'absence de versement de cette allocation aurait été due aux difficultés administratives nées du changement de statut de Mme B, dès lors qu'elle avait auparavant demandé le statut de réfugié, il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B a demandé le versement de cette allocation le 25 novembre 2022, qu'une décision implicite de rejet de sa demande est intervenue le 25 janvier 2023 en l'absence de tout versement, et que les paiements ne sont intervenus que postérieurement à l'ordonnance n° 2304293 du 1er juin 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser l'allocation pour demandeur d'asile à Mme B. L'attestation de versement de l'allocation du 22 novembre 2023 indique d'ailleurs que Mme B bénéfice de cette allocation à compter du 5 juin 2023. Dans ces conditions la fin de non-recevoir soulevée par l'Office tirée de l'inexistence de la décision doit être écartée.

3. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Eu égard à son caractère provisoire, une telle décision peut être remise en cause par l'autorité administrative.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision du 5 juin 2023, intervenue en exécution de l'ordonnance précitée du juge des référés, par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a admis Mme B au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et les versements de l'allocation consécutifs revêtent un caractère provisoire et pourraient être remis en cause par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite il y a toujours lieu de statuer sur la requête de Mme B.

5. Aux termes de l'article L. 581-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants étrangers bénéficiaires de la protection temporaire peuvent bénéficier de l'allocation mentionnée à l'article L. 553-1 pendant une durée déterminée s'ils satisfont à des conditions d'âge et de ressources ". Aux termes de l'article D. 581-7 du même code : " Conformément à l'article L. 581-9, les ressortissants étrangers bénéficiaires de la protection temporaire bénéficient de l'allocation prévue à l'article L. 553-1 pendant la durée du bénéfice de la protection temporaire. Les dispositions prévues au chapitre III du titre V sont applicables aux ressortissants étrangers bénéficiaires de la protection temporaire. Le versement de l'allocation prend fin, sur demande de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la date où s'achève cette protection ou à la date du transfert du bénéficiaire vers un autre Etat de l'Union européenne ". Aux termes de l'article D. 553-3 du même code : " Pour bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article L. 553-1, le demandeur d'asile doit être âgé de dix-huit ans révolus et justifier de ressources mensuelles inférieures au montant du revenu de solidarité active. Les ressources prises en considération pour l'application du premier alinéa comprennent celles de l'intéressé et, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Le montant pris en compte est le douzième du total des ressources perçues pendant les douze mois précédant celui au cours duquel les ressources sont examinées ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, née en 1982, a été bénéficiaire de la protection temporaire du 27 juin 2022 au 4 juin 2023 et fait valoir qu'elle est sans ressources depuis le mois de septembre 2022, ce qui n'est pas contesté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite Mme B remplissait les conditions posées par les dispositions précitées à la date de la décision en litige qui doit, par suite, être annulée.

7. La présente décision implique que l'Office français de l'immigration et de l'intégration verse l'allocation pour demandeur d'asile à Mme B à compter du 27 juin 2022 jusqu'au 4 juin 2023 et au-delà de cette date, sous réserve du renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire valable jusqu'au 4 juin 2023. Il y a lieu par suite de l'y enjoindre, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte et sous réserve des versements déjà intervenus à la date du jugement.

8. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

9. En l'absence d'urgence il n'y a pas lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

10. L'État n'étant pas partie dans la présente instance, les conclusions présentées au titre des frais de l'instance doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile à Mme B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser l'allocation de demandeur d'asile à Mme B à compter du 27 juin 2022 jusqu'au 4 juin 2023 et au-delà de cette date, sous réserve du renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire valable jusqu'au 4 juin 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous réserve des versements déjà intervenus.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le président - rapporteur,

signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

signé

É. DevictorLa greffière,

signé

A. MartinezLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière ;

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