Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B... contre l'arrêté du 21 avril 2023 de la préfète de police des Bouches-du-Rhône. Cet arrêté ordonnait le dessaisissement de ses armes, l'interdiction d'en acquérir ou détenir, son inscription au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et le retrait de la validation de son permis de chasser. Le tribunal a jugé que la décision était fondée sur les articles L. 312-3-1, L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, et que le comportement de M. B..., caractérisé par une condamnation pour violences avec usage d'une arme, justifiait une telle mesure pour des raisons d'ordre public et de sécurité des personnes. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des moyens soulevés, incluant l'incompétence, le défaut de motivation, l'erreur de fait et de droit, ainsi que l'atteinte disproportionnée aux droits.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2023, M. D... B..., représenté par Me Cabrillac, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 21 avril 2023 par lequel la préfète de police des Bouches-du-Rhône a ordonné le dessaisissement de ses armes, munitions et de leurs éléments de toute catégorie, lui a interdit d’acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie, l’a inscrit au fichier national des personnes interdites d’acquisition et de détention d’armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser ;
2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à la suppression de son inscription du FINIADA dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté litigieux est entaché d’incompétence ;
- il n’est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur de fait dès lors qu’il lui est demandé de se dessaisir d’un fusil Benelli alors qu’il n’est propriétaire que d’un fusil Aselkon ;
- il est entaché d’une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles L. 312-3-1, L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure ;
- il est entaché d’une « erreur manifeste d’appréciation » dès lors que lui est reprochée une unique et ancienne condamnation pour des violences commises avec une bombe lacrymogène et un marteau et non une arme à feu, qu’il n’a, au demeurant, pas utilisé ces armes, que cette condamnation n’a pas été inscrite au bulletin n°2 de son casier judiciaire et qu’il a pratiqué la chasse durant trente-trois ans sans aucun incident ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit de propriété et à sa liberté de chasser ;
- il est entaché d’un « abus de pouvoir », est discriminatoire et est contraire au principe d’égalité.
Vu la mise en demeure adressée le 19 juin 2025 au préfet des Bouches-du-Rhône.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Forest,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 avril 2023 pris sur le fondement de l’article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, la préfète de police des Bouches-du-Rhône a ordonné à M. B... de se dessaisir des armes en sa possession dans un délai de trois mois, lui a interdit d’acquérir ou détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie, l’a inscrit au fichier national des personnes interdites d’acquisition et de détention d’armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser. M. B... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté et qu’il soit enjoint sous astreinte au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à sa désinscription du FINIADA.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 13-2023-03-20-00004 du 17 mars 2023, publié le 20 mars 2023 au recueil des actes administratifs n° 13-2023-072 de la préfecture des Bouches-du-Rhône, la préfète de police des Bouches-du-Rhône a donné à M. A... C..., sous-préfet, directeur de cabinet, signataire de l’arrêté attaqué, délégation à l’effet de signer tous actes, arrêtés ou décisions dans les limites des attributions de la préfète de police des Bouches-du-Rhône, dont relève la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’arrêté en litige vise les textes qui en constituent le fondement, notamment les articles L. 312-3-1, L. 312-11, et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure et énonce avec précision les considérations de fait ayant conduit la préfète de police à ordonner à l’intéressé à se dessaisir de ses armes et à lui interdire d’acquérir ou de détenir des armes lesquelles consistent en une mise en cause pour des faits de violence avec usage ou menace d’une arme suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours le 10 juin 2012. Ainsi, cette décision contient l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et met l’intéressé à même d’en comprendre les motifs et de la contester utilement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : « L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui. ». Aux termes de l’article L. 312-11 du même code : « Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir (…) ». Et aux termes de l’article R. 312-67 du même code : « Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : (…) 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 (…) ».
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des éléments relevés au cours de la procédure contradictoire, que M. B... a été condamné le 11 juin 2013 par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, pour des faits de violence avec usage ou menace d’une arme suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours commis le 10 juin 2012, à une peine de huit mois d’emprisonnement avec sursis et au paiement d’une amende de 1 000 euros. Bien que relativement anciens et isolés, ces faits sont graves et de nature à révéler l’existence d’un comportement susceptible d’être dangereux pour la sécurité des personnes, incompatible avec la détention d’une arme. La circonstance que les violences reprochées n’ont pas été commises avec une arme à feu mais au moyen d’une bombe lacrymogène et un marteau ne leur ôte pas leur caractère de gravité. Si M. B... soutient qu’aucune mention de sa condamnation ne figurait au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l’arrêté en litige, lequel a le caractère d’une mesure de police et présente un but préventif. Par suite, et en dépit des attestations de proches et de connaissances, et d’un certificat médical du 13 avril 2023 faisant état de l’absence de signe d’affection cliniquement décelable qui contre-indiquerait le port d’arme, le moyen tiré de l’existence d’une erreur d’appréciation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions rappelées au point précédent doit également être écarté.
6. En quatrième lieu, la circonstance, à la supposer exacte, que M. B... ne serait pas propriétaire d’un fusil de marque « Berelli » est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui a pour objet de procéder au dessaisissement des armes qu’il a déclarées ou tout autre matériel en sa possession. Le moyen tiré de l’existence d’une erreur de fait doit par suite être écarté.
7. En cinquième lieu, eu égard à l’objectif poursuivi tendant à préserver la sécurité des personnes et des biens, l’administration n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de propriété de M. B... ni à sa liberté de chasser en prenant les mesures de dessaisissement et d’interdiction de détention d’armes en litige.
8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le détournement de pouvoir allégué n’est pas établi. En outre, les moyens liés à la mesure discriminatoire dont M. B... ferait l’objet et à la méconnaissance du principe d’égalité, au demeurant non assortis de précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé, doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Felmy, présidente,
Mme Lourtet, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.
La rapporteure,
Signé
H. Forest
La présidente,
Signé
E. Felmy
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.