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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304609

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304609

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mai et 2 juin 2023, M. D C, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer sans délai un titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de de travail dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 e) de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- méconnaît la circulaire " Valls " du 28 novembre 2012 ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juin 2023.

Par une décision du 11 avril 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant algérien né le 29 février 2004, déclare être entré en France le 26 décembre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour et s'y être maintenu continuellement depuis. Le 12 avril 2022, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement du 5° de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 8 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 8 février 2023 a été signé par M. A B, adjoint au chef du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n°13-2023-02-07-00006 du 7 février 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment les refus de séjour et les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise notamment les stipulations de l'accord franco-algérien et celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation personnelle du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et à l'obliger à quitter le territoire français. A cet égard, si M. C soutient que le préfet a omis à tort de motiver le rejet de sa demande de titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire ", il ne conteste pas utilement que, ainsi qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué, il a formé sa demande d'admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, si M. C soutient que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas mentionné qu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et qu'il a conclu un contrat d'apprentissage avec une boulangerie, il ne résulte ni des termes de l'arrêté ni des autres pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui comme il a été dit précédemment était saisi d'une demande de certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale, se serait abstenu de procéder à un examen complet de la situation de l'intéressé. Le préfet a notamment relevé que le requérant ne justifiait pas de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux dès lors que sa mère n'est pas titulaire d'un titre de séjour et qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside son père, motifs qui étaient de nature à fonder en tout état de cause la décision en litige. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la demande de l'intéressé doit ainsi être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C fait valoir qu'il est entré en France le 26 décembre 2019, qu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance entre novembre 2020 et juin 2022 et qu'il occupe un emploi de vendeur, en contrat à durée indéterminée, depuis le mois de février 2023. Toutefois, il est célibataire, sans enfant et ne démontre pas la réalité et l'intensité de ses attaches personnelles sur le territoire français, alors que le préfet soutient, sans être contredit, que sa mère, chez qui il est hébergé, se trouve en situation irrégulière en France. De plus, M. C n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où réside encore son père, ni davantage avoir rompu tout lien avec ce dernier. Enfin, si le requérant justifie s'être inscrit, entre septembre 2021 et mars 2022, en contrat d'apprentissage en vue de l'obtention d'un CAP de boulanger et occupe, depuis le mois de février 2023, un emploi de vendeur, ces seules circonstances ne suffisent pas à caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière sur le territoire français à la date du 8 février 2023 à laquelle a été pris l'arrêté en litige. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 6-1 5° de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le requérant n'établit pas que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. ".

8. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé régit d'une manière exclusive les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui a dix-huit ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifie suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, il incombe au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Si M. C, qui est entré en France le 26 décembre 2019, à l'âge de quinze ans, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance et a été scolarisé à Marseille à compter de septembre 2020, il ressort des pièces du dossier qu'il ne justifie pas de la poursuite de ses études après avoir mis fin à son contrat d'apprentissage en mars 2022. La seule présentation d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er février 2023 pour un poste de vendeur ne saurait davantage justifier du suivi d'une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet à ne pas avoir exercé son pouvoir de régularisation ne peuvent qu'être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes du e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens autorisés à exercer à titre temporaire, en application de la législation française, une activité salariée chez un employeur déterminé, reçoivent un certificat de résidence portant la mention " travailleur temporaire ", faisant référence à l'autorisation provisoire de travail dont ils bénéficient et de même durée de validité ; () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

11. En l'espèce, M. C qui, au demeurant, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", ne justifie pas en tout état de cause d'un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités ou d'une autorisation de travail, ni être titulaire d'un visa de long séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 7 e) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

12. En quatrième et dernier lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les énonciations ne constituent que des orientations générales adressées aux préfets pour la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 12 qu'aucun des moyens soulevés par M. C à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône rejetant sa demande de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 9, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par M. C à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que les conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Sylvain Carmier et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FelmyLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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