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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304785

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304785

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMANIQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2023, Mme C A épouse B, représentée par Me Maniquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes conditions de délai, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ou, à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale dès lors que le préfet n'a pas retenu l'existence d'un motif exceptionnel justifiant l'application de son pouvoir général de régularisation en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors que sa situation personnelle et familiale justifiait qu'un délai de départ supérieur lui soit accordé.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Par une ordonnance du 3 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 août 2023.

Par une décision du 28 avril 2023, Mme A épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A épouse B, ressortissante albanaise née le 1er janvier 1983, déclare être entrée en France en 2016 et s'y être maintenue continuellement depuis. Le 4 novembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme A épouse B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que celui-ci comporte, de façon circonstanciée et non stéréotypée, l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet des Bouches-du-Rhône a en particulier mentionné l'hébergement de Mme A épouse B par l'association La Caravelle et les motifs tirés de l'examen de la situation personnelle et familiale de l'intéressée en indiquant que celle-ci était séparée de son époux et en instance de divorce. La seule circonstance qu'il n'ait pas indiqué en outre expressément la situation de violences conjugales dont elle a fait état, alors qu'il n'était pas tenu de décrire l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, ne saurait par elle-même entacher l'arrêté du 1er mars 2023 d'un défaut de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Mme A épouse B fait valoir qu'elle réside en France depuis 2016, soit depuis près de sept années, et qu'elle justifie de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de son séjour en France avec ses trois enfants. Toutefois, l'intéressée, qui se déclare séparée de son époux de nationalité albanaise depuis 2022 et en instance de divorce, ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale en France, et n'établit pas être dépourvue de telles attaches en Albanie. Les circonstances qu'elle indique avoir été victime de violences conjugales et qu'elle soit hébergée par une association agissant en faveur des femmes victimes de telles violences demeurent sans influence sur ce point. Le fait que la requérante justifie avoir participé, entre 2018 et 2019, à des cours d'alphabétisation et que deux de ses enfants soient scolarisés en France ne saurait par ailleurs caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière de Mme A sur le territoire français. Enfin, si elle soutient occuper depuis le 16 mai 2023, un emploi d'agent de propreté dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, cette circonstance est en tout état de cause postérieure à l'arrêté en litige du 1er mars 2023 et ne saurait être utilement invoquée pour en contester la légalité. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour contestée n'a pas porté au droit de Mme A épouse B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, l'intéressée n'établit pas que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse B a déposé à l'encontre de son époux une assignation dans le cadre d'une procédure de divorce, une audience étant fixée sur ce point au18 septembre 2023. Si l'intéressée fait valoir qu'elle a été contrainte de quitter le domicile conjugal en raison de violences qui lui étaient infligées par son époux, les violences alléguées, qui n'ont donné lieu à aucun certificat médical ni aucune mesure juridictionnelle civile ou pénale, et le dépôt par l'intéressée d'une assignation en divorce ne suffisent pas à établir, dans les circonstances de l'espèce, l'existence de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires qui imposeraient au préfet des Bouches-du-Rhône d'exercer son pouvoir de régularisation en lui délivrant un titre de séjour. Par suite, Mme A épouse B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne retenant pas l'existence d'un motif exceptionnel justifiant l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par Mme A épouse B à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône rejetant sa demande de titre de séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle Mme A épouse B.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

10. Il résulte de ces dispositions que le délai de trente jours, accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français correspond au délai de droit commun. En l'espèce, l'arrêté contesté mentionne en son article 2 que la situation personnelle de Mme A épouse B ne justifie pas qu'à titre exceptionnel un délai supérieur lui soit accordé. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait demandé à bénéficier d'un délai de départ supérieur à trente jours. Par ailleurs, les seules circonstances invoquées par Mme A épouse B, tirées de sa situation personnelle et familiale et de la scolarisation en France de deux de ses enfants, ne constituent pas, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, des éléments de nature à justifier un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Dans ces conditions, Mme A épouse B n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet des Bouches-du-Rhône lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours serait insuffisamment motivée, ni davantage que le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché d'illégalité sa décision en ne lui accordant pas un délai supérieur à trente jours.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A épouse B doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B, à Me Angéla Maniquet et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Fabre, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FabreLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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