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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304934

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304934

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 mai et 12 juillet 2023, Mme C D, représentée par Me Lestelle, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les préjudices qu'elle subit des suites d'une chute sur la voie publique dont elle expose avoir été victime, le 26 mai 2021, alors qu'elle circulait au niveau du 116 avenue du Prado à Marseille ;

2°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille Provence et de la CPAM des Bouches-du-Rhône, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que sa chute lui a occasionné une contusion du genou gauche, nécessitant la pose d'une attelle et d'une ITT de deux jours.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, la métropole Aix-Marseille Provence (MAMP), représentée par le cabinet d'avocats SCP Lesage Berguet Gouard-Robert, demande au juge des référés :

1°) de rejeter la demande d'expertise pour défaut d'utilité ;

2°) de mettre à la charge de Mme D la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas responsable de ce défaut d'entretien ;

- aucun pièce ne permet d'établir avec certitude les circonstances exactes de la chute ;

- sa chute provient d'une faute d'inattention de sa part.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas produit de mémoire.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mai 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, première vice-présidente pour statuer sur les demandes en référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2.Mme D demande au juge des référés d'ordonner une expertise portant sur les préjudices qu'elle subit des suites d'une chute sur la voie publique dont elle expose avoir été victime, le 26 mai 2021, alors qu'elle circulait au niveau du 116 avenue du Prado à Marseille. Pour s'opposer à l'expertise sollicitée, la métropole Aix-Marseille Provence invoque l'absence de matérialité des faits et l'absence de causalité entre les blessures de Mme D et l'excavation dans le trottoir. Toutefois il résulte de l'instruction que Mme D produit plusieurs certificats médicaux et une attestation d'intervention du bataillon de marins-pompiers de Marseille, pour une intervention à 11h33mn, 116avenue du Prado. Dans ces conditions, il ne résulte de l'instruction ni que la matérialité des faits ne serait pas manifestement établie, ni qu'il n'existerait manifestement pas de lien de causalité entre la chute de Mme D et l'excavation. Si la métropole Aix-Marseille Provence soutient qu'aucun défaut d'entretien normal ne peut être établi et que la victime a commis une faute, ces circonstances sont sans incidence sur l'utilité de la demande d'expertise, dès lors qu'il n'appartient pas au juge des référés expertise de se prononcer sur la responsabilité de la personne publique. Ainsi, la demande de Mme D qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les frais d'instance :

3.Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur E A, exerçant 7 place Mignard, Nouveau parc Sévigné, 13009 Marseille, est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) examiner Mme D et se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) décrire l'état de santé de Mme D, les lésions constatées, les modalités de traitement et leur évolution ; dire si chacune des lésions constatées est la conséquence de l'accident survenu le 26 mai 2021 ou d'un état antérieur ou postérieur ;

3°) évaluer les préjudices corporels de Mme D qui sont directement imputables au sinistre en cause en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total ;

4°) fixer la date de consolidation de son état physique ;

5°) indiquer le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de Mme D, l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ;

6°) donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par Mme D, en particulier les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures, évaluer le besoin de véhicule adapté ou d'assistance à tierce personne ;

7°) dire si l'état de Mme D est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration : dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lesquels il devra y être procédé ;

8°) d'une façon générale, fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3.

Article 4 : Les conclusions de Mme D et de la MAMP présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, à la métropole Aix-Marseille Provence, à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à l'expert.

Fait à Marseille, le 23 novembre 2023.

La juge des référés,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

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