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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304941

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304941

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, Mme B C épouse A, représentée par Me Leonhardt, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté non daté par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an lui permettant de travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, révélant un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses attaches familiales en France en méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle entraîne sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A, ressortissante algérienne, a sollicité, le 12 mai 2022, son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté non daté, qui aurait été signé le 8 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté à destination du pays dont elle a la nationalité. Mme A en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces médicales, des pièces relatives aux enfants de la requérante et des autres pièces produites à l'instance, que Mme A justifie résider habituellement en France depuis son entrée déclarée le 29 janvier 2017 sous couvert d'un visa de trente jours, accompagnée de son époux et de trois de leurs enfants. Elle réside en France avec ces derniers, des jumeaux âgés de quatorze ans scolarisés depuis leur entrée en France à l'âge de neuf ans, et un de leur fils, jeune majeur âgé de vingt-deux ans à la date de la décision attaquée qui travaille comme vendeur depuis le mois d'août 2021 et qui est titulaire d'un certificat de résidence algérien en qualité de salarié depuis lors. Un autre fils majeur D réside en France, et avait demandé un titre de séjour à la date de la décision. Elle démontre également une certaine insertion sociale dès lors qu'elle a participé aux activités du Secours populaire durant plusieurs années et justifie de l'insertion professionnelle de son époux lequel travaille de manière habituelle en qualité de conducteur d'engins, emploi pour lequel il est qualifié depuis 2016. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, au regard de l'insertion sociale et professionnelle des membres de la famille et de l'intérêt des enfants mineurs à poursuivre leur scolarité en France au regard du temps déjà passé dans les cycles primaires et secondaires, le refus de séjour attaqué a porté au droit au respect de la vie privée et familiale D une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être annulé. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à Mme A. Il y a par suite lieu de l'y enjoindre dans un délai d'un mois, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocate peut, par suite, se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leonhardt, avocate D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 800 euros à Me Anaïs Leonhardt.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A et l'a obligée à quitter le territoire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Leonhardt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, celui-ci versera une somme de 800 euros à Me Anaïs Leonhardt, avocate D, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à Me Anaïs Leonhardt et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

É. DevictorLe président-rapporteur,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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