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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305004

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305004

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKARAMANI PELACUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2023, M. A C, retenu au centre de rétention du Canet à Marseille, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 572-1 du même code, dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait dû prendre à son égard un arrêté de remise aux autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision de refus de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour sur le territoire ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Niquet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 juin 2023, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Karamani Pelacuer pour M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et fait valoir que M. C craint des représailles en cas de retour dans son pays d'origine,

- et celles de M. C, assisté de Mme B, interprète en langue arabe,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 2003, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 mai 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier la mention de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi notamment que les circonstances que l'intéressé, né le 17 juin 2003 à Alger, a été condamné le 27 janvier 2021 par le tribunal correctionnel de Marseille pour des faits de vol. Le préfet des Bouches-du-Rhône a également examiné si M. C pouvait prétendre, sur le fondement de l'accord franco-algérien, à un certificat de résidence de plein droit. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu en particulier des termes circonstanciés de l'arrêté en litige, que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. C.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Selon l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen () ".

7. Les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises, mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article. En revanche, en application des dispositions de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, lorsqu'il a été définitivement statué sur sa demande, l'étranger peut faire l'objet soit d'une procédure de réadmission vers l'Etat qui a statué sur sa demande, soit d'une obligation de quitter le territoire français.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a jamais fait état au cours de son audition par les services de police le 26 mai 2023, de risques en cas de retour en Algérie, a répondu négativement à la question de savoir s'il avait effectué une demande d'asile dans un pays européen, et n'a pas pu expliquer, alors qu'il a indiqué dans son audition par les services de police et lors de l'audience, être arrivé en France via l'Espagne, comment et pour quelle raison une demande d'asile aurait été déposée en Allemagne. Dans ces conditions, eu égard d'une part à ses déclarations contradictoires quant à une demande d'asile formée en Allemagne qui n'avait pas été alléguée avant l'introduction de la requête, M. C ne pouvait être regardé, avec les éléments en possession de l'autorité administrative à la date de la décision attaquée, comme un demandeur d'asile. Il relevait dès lors des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, sans commettre d'erreur de droit, faire application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il ne ressort pas de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône, pour adopter la décision portant obligation de quitter le territoire français, se soit fondé sur la circonstance que le comportement de M. C représenterait une menace pour l'ordre public, mais seulement, en application de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Dans ces conditions, le moyen soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire :

10. L'arrêté en litige, qui vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les raisons pour lesquelles un délai de départ volontaire a été refusé à M. C, est suffisamment motivé et il ne résulte pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Les moyens soulevés doivent dès lors être écartés.

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

12. Si M. C fait valoir qu'il dispose d'un hébergement stable et effectif sur le territoire français, il ne l'établit pas par ses seules allégations. Par ailleurs, à l'appui de sa contestation, M. C soutient que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 27 janvier 2021 par le tribunal correctionnel de Marseille à une peine d'emprisonnement de six mois pour les faits de vol aggravé par deux circonstances, et qu'il a été interpelé le 26 mai 2023 pour des faits de vol à la tire dans un moyen collectif de transport de voyageurs. Dans ces conditions, et alors que le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement le 6 avril 2021 et n'a pas respecté une assignation à résidence du 5 novembre 2021, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décider de refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

13. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai qui lui a été opposée entache d'illégalité la mesure d'interdiction de retour sur le territoire prise sur son fondement.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit les décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires auraient pu justifier que l'autorité administrative ne prononçât pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Alors que le requérant se maintient irrégulièrement en France malgré une mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, qu'il ne se justifie d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français où il déclare être entré en 2019 ou en 2023 selon ses déclarations qui ont varié sur ce point et, eu égard à la durée de deux ans fixée par le préfet, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions précitées et ne présente pas un caractère disproportionné. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, n'a pas d'incidence sur la légalité de cette mesure.

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être éloigné d'office :

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".

17. Si M. C invoque le risque qu'il encourrait pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, ni de son audition par les services de police lors de laquelle il a déclaré être entré en France pour travailler pour aider sa mère restée en Algérie, que M. C serait menacé personnellement en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2023 qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Lu en audience publique le 2 juin 2023.

La magistrate désignée

Signé

A. Niquet

La greffière

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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