Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté le recours en excès de pouvoir d'une attachée territoriale visant l'annulation du refus de mobiliser son compte personnel de formation (CPF) pour suivre une formation de sexothérapeute. La juridiction a jugé que l'administration n'était tenue d'accorder la demande que si la formation relevait du socle de connaissances et compétences défini aux articles L. 6121-2 et D. 6113-29 et suivants du code du travail, ce qui n'était pas le cas. Elle a estimé que le motif du refus, fondé sur l'inadéquation entre le projet professionnel de l'agent et le contenu de la formation, n'était pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mai 2023, Mme B... A... demande au tribunal d’annuler la décision du 29 mars 2023 par laquelle la cheffe du service de la formation du département des Bouches-du-Rhône a refusé sa demande d’utilisation de son compte personnel de formation.
Elle soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2024, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le moyen soulevé n’est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2017-928 du 6 mai 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc, rapporteure,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., attachée territoriale employée par le département des Bouches-du-Rhône depuis 2003, exerce les fonctions de cheffe de projets stratégiques à la direction de la culture. Le 29 novembre 2022, elle a présenté une demande de mobilisation de son compte personnel de formation (CPF) afin de suivre une formation de « Sexothérapeute/coach en sexualité ». Par une décision du 29 mars 2023, la cheffe du service de la formation du département des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande au motif que le programme de la formation envisagée ne répondait pas de façon approfondie à la problématique des violences faites aux femmes, alors que le projet de l’intéressée avait pour motivation principale d’intervenir auprès de ces publics. Mme A... demande l’annulation de cette décision.
Aux termes de l’article L. 422-8 du code général de la fonction publique : « Le compte personnel de formation permet à l'agent public d'accéder à une qualification ou de développer ses compétences dans le cadre d'un projet d'évolution professionnelle ». Aux termes de l’article L. 422-9 du même code : « L'agent public utilise, à son initiative et sous réserve de l'accord de son administration, les heures qu'il a acquises sur son compte personnel de formation en vue de suivre des actions de formation qui ont lieu, en priorité, pendant son temps de travail ». Selon l’article L. 422-12 de ce code : « L'administration ne peut s'opposer à une demande d'utilisation du compte personnel de formation permettant de suivre une formation relevant du socle de connaissances et compétences mentionné à l'article L. 6121-2 du code du travail ». Aux termes de l’article L. 422-17 du même code : « Les frais de formation liés à l'utilisation du compte personnel de formation sont pris en charge par l'employeur public (…) ». Le socle de connaissances et compétences visé à l’article L. 422-12 précité est défini aux articles D. 6113-29 et D. 6113-30 du code du travail, et vise notamment à lutter contre l’illettrisme.
Il ne résulte ni des dispositions précitées, ni d’aucune autre disposition ou principe applicable que l’autorité administrative serait tenue de faire droit à une demande de mobilisation du compte personnel de formation présentée par un agent dès lors que celui-ci a acquis un nombre d’heures suffisant, l’autorité administrative ne se trouvant dans une telle situation de compétence liée que lorsque la formation demandée correspond au socle de connaissances et de compétences défini par les articles L. 6121-2 et D. 6113-29 et suivants du code du travail. Pour l’ensemble des autres formations, il appartient seulement à l’autorité administrative, dans les limites de ses ressources budgétaires, de départager les demandes dont elle est saisie au vu de critères de priorité éventuellement préalablement définis et de l’intérêt des projets des différents candidats. En outre, le juge de l’excès de pouvoir n’exerce qu’un contrôle restreint sur la décision par laquelle l’autorité administrative refuse la demande d’un agent tendant à la mobilisation de son compte personnel de formation.
En l’espèce, la formation en sexologie et thérapie sexuelle ne vise pas à l’acquisition du socle de connaissances et de compétences défini par les articles D. 6113-29 et suivants du code du travail. L’administration ne se trouvait, dès lors, pas en situation de compétence liée pour faire droit à la demande de Mme A....
La décision de refus en litige a été prise au motif du manque de cohérence entre le projet professionnel présenté par l’intéressée et le contenu de la formation, dès lors que la formation sollicitée d’une durée de cent heures ne consacre qu’un volet aux violences faites aux femmes sur les quarante-cinq heures de son programme, alors que cette thématique s’avère prioritaire dans le projet de reconversion de la requérante. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce motif, qui est de nature à légalement fonder le refus en cause dès lors qu’il se rattache à l’intérêt du projet de Mme A..., serait entaché d’une erreur manifeste d’appréciation, nonobstant la circonstance, invoquée par l’intéressée, qu’il n’existerait pas de formation de sexothérapeute dont le programme comporterait un contenu plus important consacré aux violences sexuelles perpétrées contre les femmes.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision de la cheffe du service de la formation du département des Bouches-du-Rhône du 29 mars 2023 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
E. Felmy
La greffière
Signé
S. Gonzales
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,