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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305135

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305135

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er et 23 juin 2023, la commune de Marseille, représentée par Me Laridan, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à la société SAS SC et à son représentant légal, de libérer le local situé parc Balnéaire du Prado (2ème tranche) qu'elle exploite sous l'enseigne " Mama Beach " ainsi que les équipements qui y sont installés, à sa charge financière, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la présente ordonnance ou, si elle est plus précoce, à la date à laquelle la commune aura fait signifier l'ordonnance à intervenir, par voie d'huissier, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) d'autoriser la ville de Marseille à procéder d'office à l'expulsion de la société SAS SC, de son représentant légal et de tous occupants de leur chef, y compris le mobilier, avec le concours de la force publique, si nécessaire, aux frais et risques de la société ;

3°) de mettre à la charge de la société SAS SC la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que la convention d'occupation accordée à la société SC a été résiliée ;

- aucun des moyens invoqués par la société SC à l'encontre de cette résiliation ne peut être retenu pour permettre la reprise des relations contractuelles ;

- -la condition d'urgence est remplie au regard des travaux de valorisation du parc balnéaire du Prado à entreprendre et de l'imminence des travaux de démolition de la buvette ;

Par un mémoire, enregistré le 26 juin 2023, la société SAS SC conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- la mesure sollicitée ne présente pas d'utilité en l'absence de projet précis pour l'occupation de l'emplacement de la buvette ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse : la décision de résiliation a été prise par une autorité incompétente, n'a pas respecté le délai de préavis, n'est pas motivée et n'a pas été précédée par une mise en demeure, ces vices permettent d'enjoindre à la commune de reprendre les relations contractuelles avec elle.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- -le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue, le 26 juin 2023 à 14h30mn en présence de Mme Saint-Etienne, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- Me Laridan, représentant la commune de Marseille, en présence de Mme D, du service juridique de la commune, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur la condition d'urgence compte tenu notamment : du déroulement des épreuves de Sky surf qui doivent avoir lieu, à proximité, pendant les jeux olympiques 2024, qui impliquent de libérer de l'espace pour les usagers des plages publiques, du délai pour réaliser les différents diagnostics avant de procéder à la démolition de la buvette et permettre la conclusion de nouvelles concessions. Me Laridan indique également que le motif d'intérêt général tiré de la valorisation du site balnéaire du Prado ne fait aucun doute et que les manquements relevés à l'encontre de la procédure de résiliation, à supposer avérés certains d'entre eux, ne fait pas obligation à la commune de Marseille de reprendre les relations contractuelles avec la SAS SC.

- Me Piquet, substituant Me Grimaldi, représentant la SAS SC, qui reprend ses écritures en défense, en insistant sur le défaut d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée, compte tenu notamment du caractère très limité de la démolition envisagée et de l'absence de projet précis ;

La clôture de l'instruction a été fixé à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par convention d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public conclue le 16 avril 2021, la commune de Marseille a autorisé la société SAS SC a exploité, pour une durée de trois ans, une buvette nommée " Mama Beach " située sur la plage du Prado à Marseille (13008). Cette convention a fait l'objet d'avenants la renouvelant, en dernier lieu, jusqu'au 1er mai 2024. Par courrier du 15 novembre 2022, la commune de Marseille a notifié à M. C B, en qualité de directeur général de la société SAS SC, la fin anticipée de la convention au 2 décembre 2022 avec un délai, pour libérer les lieux, jusqu'au 28 décembre 2022. Par un courrier du 27 mars 2023, la commune de Marseille a mis en demeure M. B de libérer les lieux au plus tard le 7 avril 2023, en vain. La commune de Marseille demande au juge des référés, saisit sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre la société SAS SC et à son représentant légal, de libérer le local situé parc Balnéaire du Prado, ainsi que les équipements qui y sont installé et à défaut d'exécution par la société occupante, de l'autoriser à y procéder d'office, avec le concours, si nécessaire de la force publique.

2.Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

3. Pour justifier de l'urgence, la commune fait valoir que le préfet des Bouches-du-Rhône, par courrier du 22 février 2022, et selon l'extrait joint au dossier, lui a indiqué que " sous l'empire de la nouvelle concession entre 2023 et 2026, la ville doit s'attacher à bâtir un projet plus conforme à la qualité du domaine public maritime naturel de cet espace en ne permettant sur les espaces plages que des constructions démontables, la démolition des constructions en dur existantes.. ". Elle indique également qu'à la suite de ce courrier, le conseil municipal de la commune a approuvé, par une délibération du 29 juin 2022, l'opération " Parc Balnéaire du Prado - Investigations techniques et travaux de confort d'usage et de démolition-Etudes et travaux " pour la réalisation des études et travaux préalables dédiées à la définition à venir du projet de valorisation du parc balnéaire du Prado, au renouvellement des titres d'occupation et de gestion du domaine public balnéaire du Prado, sa sécurisation ainsi que l'amélioration des conditions d'accueil, pour tout public, du territoire balnéaire. Elle précise également que dans l'attente de la définition et de la mise en œuvre de ce projet de valorisation, il s'agit de donner suite aux engagements de ville de Marseille auprès de l'Etat, dans le cadre du renouvellement des titres d'occupation et de gestion, qui consistent notamment à la démolition de quatre buvettes de plage construites en dur, en que ces permis de démolir ont été obtenus, dont celui de la buvette exploitée par la société SAS SC.

4. Toutefois, la commune de Marseille, qui ne produit aucun projet précis de valorisation du domaine public maritime du parc balnéaire du Prado, ni aucun calendrier de travaux, ni à fortiori aucune date prévisionnelle de début des travaux, ne justifie pas de l'imminence du commencement des travaux de valorisation du parc balnéaire du Prado, lesquels ne sauraient se déduire de la seule obtention des permis pour démolir la buvette exploitée par la société SAS SC, ainsi que trois autres buvettes, dont la société fait valoir, sans être contredite, que les conventions d'occupation étaient venues à échéance. Si au cours de l'audience, la commune a aussi indiqué que le déroulement des épreuves de jeux olympiques à Marseille et notamment celle des épreuves de sky surf impliquait la nécessité de libérer et de valoriser la partie du domaine public maritime du Prado, elle n'a pas d'avantage produit de documents précis et notamment de plans ou d'échéanciers à l'appui de cette allégation. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution du permis de démolir la buvette exploitée par la société SAS SC devrait intervenir de manière imminente, en l'absence toute indication sur le début de travaux de valorisation dont il a été fait état et d'exigence de l'Etat subordonnant le renouvellement de la concession du domaine public maritime naturel du Parc Balnéaire du Prado à la démolition préalable de l'ensemble des buvettes exploitées sur ce domaine public.

5. Ainsi, en l'état de l'instruction, la commune de Marseille n'établit pas, comme elle en a la charge, qu'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 justifierait que soit ordonnée l'expulsion demandée. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées par la commune de Marseille le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de la société SAS SC présentées sur le même fondement.

O R D O N N E :

Article 1erer r : La requête de la commune de Marseille est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société SAS SC tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Marseille et à la société SAS SC.

Copie en sera adressé au préfet des Bouches-du Rhône.

Fait à Marseille, le 28 juin 2023.

La juge des référés,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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