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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305229

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305229

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHAVRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n°2208529 du 9 décembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a donné acte du désistement de M. B A, représenté par Me Chavrier, de ses conclusions par lesquelles il demandait au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 juin 2022 par lequel le garde des sceaux, ministre de

la justice, a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de déplacement d'office ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de le réintégrer dans ses fonctions et de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1

du code de justice administrative.

Par un arrêt n°23MA00243 du 30 mai 2023 la cour administrative d'appel de Marseille a annulé ladite ordonnance et a renvoyé l'affaire devant le tribunal, qui l'a enregistrée le 1er juin 2023, sous le n° 2305229.

Par des mémoires, enregistrés le 16 juin 2023 et le 19 septembre 2023, M. A, représenté par Me Heulin, a maintenu sa requête et l'ensemble de ses conclusions.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis motivé du conseil de discipline ;

- elle méconnait l'article L. 532-2 du code de la fonction publique ;

- elle n'est pas fondée en droit ;

- elle est disproportionnée ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire, enregistré le 18 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 avril 2024, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 du code de justice administrative et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la fonction publique ;

- le code pénitentiaire ;

- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Heulin, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, capitaine, affecté au centre pénitentiaire de Béziers en qualité de surveillant depuis le 15 septembre 2014, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de déplacement d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 du décret du 25 octobre 1984 : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / A cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée, jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. / La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents doit être motivée et être transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Lorsque cette autorité prend une décision autre que celle proposée par le conseil, elle doit informer celui-ci des motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre sa proposition. / Dans l'hypothèse où aucune des propositions soumises au conseil de discipline, y compris celle consistant à ne pas prononcer de sanction, n'obtient l'accord de la majorité des membres présents, le conseil est considéré comme ayant été consulté et ne s'étant prononcé en faveur d'aucune de ces propositions. Son président informe alors de cette situation l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Si cette autorité prononce une sanction, elle doit informer le conseil des motifs qui l'ont conduite à prononcer celle-ci. ".

3. L'administration a produit à l'instance l'avis motivé du conseil de discipline du 4 mai 2022. Cet avis reprend les considérations de fait de manière suffisamment précises et étayées permettant à M. A de comprendre les motifs qui fondent la décision contestée. En outre, le conseil de discipline n'avait pas à transmettre le courrier informant l'autorité disciplinaire des motifs l'ayant conduit à choisir la sanction opposée dès lors que la proposition de déplacement d'office a recueilli un accord de la majorité des membres. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 532-2 du code de la fonction publique : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre du fonctionnaire avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. "

5. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a eu connaissance une première fois en mai 2018 des pratiques de pointage mises en place par M. A. A cette date, la supérieure de l'intéressé s'était inquiétée du comportement violent de ce dernier mais aussi de son utilisation du logiciel " Origine " s'étant aperçue que les jours de congé annuel étaient remplacés par des jours de congés maladie. En 2020 et 2021, deux audits du service des agents en cause réalisés par la DISP de Toulouse ont été menés à la demande du chef du centre pénitentiaire de Béziers pour vérifier ces doutes. Grâce à une analyse très précise des pointages, le rapport d'audit du 12 octobre 2021 a permis d'établir des oublis et des erreurs de pointage. Ainsi, à la date à laquelle le requérant a été sanctionné, il ne s'était pas écoulé trois ans depuis la connaissance des faits passibles de sanction. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les poursuites disciplinaires engagées à son encontre étaient prescrites à la date de la sanction contestée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 125-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public peut faire l'objet de poursuites disciplinaires et pénales à raison des actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions. Toutefois et sous réserve des dispositions du quatrième alinéa de l'article 121-3 du code pénal, l'agent public ne peut être condamné sur le fondement du troisième alinéa de ce même article pour des faits non intentionnels commis dans l'exercice de ses fonctions que s'il est établi qu'il n'a pas accompli les diligences normales que requièrent les compétences et les pouvoirs qui lui sont confiés par la loi ou les règlements, compte tenu des moyens dont il dispose et des difficultés propres à ses missions." Aux termes de l'article R. 122-1 du code pénitentiaire : " Le personnel de l'administration pénitentiaire est loyal envers les institutions républicaines. Il est intègre, impartial et probe. Il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance. ". Et aux termes de l'article R. 122-3 du même code : " Le personnel de l'administration pénitentiaire doit s'abstenir de tout acte, de tout propos ou de tout écrit qui serait de nature à porter atteinte à la sécurité et au bon ordre des établissements et services et doit remplir ses fonctions dans des conditions telles que celles-ci ne puissent préjudicier à la bonne exécution des missions dévolues au service public pénitentiaire. ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis et, dans l'affirmative, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et, enfin, si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. Il résulte du rapport d'audit du 12 octobre 2021, qui repose sur des éléments concordants et précis, sans être diffamatoires ou mensongers, que M. A a pointé 173 fois sur un poste informatique situé dans le local syndical à l'extérieur du centre pénitentiaire à l'occasion de ses pauses méridiennes entre décembre 2020 et 2021 avec récupération des heures supplémentaires ainsi générées. Entre juin et septembre 2021, il a ainsi généré 18 heures supplémentaires, toutes mises en paiement. Compte tenu des conclusions de cet audit et contrairement à ce que soutient M. A, l'administration atteste de la méconnaissance des règles relatives au temps de travail par l'intéressé. La circonstance qu'il aurait procédé à de tels agissements pour prendre en compte le temps passé pour répondre aux sollicitations des agents et aller à la cantine, à la supposée avérée, est sans incidence sur le caractère déloyal de ce comportement non plus que sur son manquement à son devoir d'exemplarité, qui constituent une faute au regard des articles L. 125-4 du code général de la fonction publique et R. 122-1 et R. 122-3 du code pénitentiaire. Si le dossier individuel de l'agent comporte des erreurs quant à l'existence d'un avertissement et d'une procédure disciplinaire qui serait en cours au moment des faits, celles-ci sont sans incidence sur la légalité de la sanction attaquée dès lors que ni ses motifs ni le rapport disciplinaire ne se fondent sur ces circonstances erronées. Ainsi, l'administration pouvait sans commettre d'erreur de droit prendre une sanction de déplacement d'office de l'intéressé.

9. En quatrième lieu, capitaine expérimenté, spécialiste du logiciel de temps de travail applicable au sein du centre pénitentiaire de Béziers, l'intéressé ne pouvait ignorer les conséquences en terme de responsabilité tant pour l'administration que pour lui-même de la mise en place d'un système dévoyé de gestion du temps de travail donnant lieu à paiement d'heures supplémentaires non effectuées. Cette attitude contrevient à ce qui est attendu par un planificateur. Par suite, M. A, qui ne démontre au demeurant pas les conséquences personnelles et familiales de ce déplacement d'office, n'est pas fondé à soutenir que la sanction qui lui a été infligée serait entachée de disproportion.

10. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu'il y aurait une " concomitance évidente " entre la plainte qu'il a déposée contre un collègue pour action diffamatoire, qui serait " manifestement couverte par la Direction ", et l'édiction de l'arrêté en litige, le requérant ne démontre pas que la décision serait entachée d'un détournement de pouvoir.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être également rejetées ainsi que les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la justice, Garde des sceaux.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGELa greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au ministre de la justice Garde des sceaux en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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